22.06.2009

Carnet de notes intuitives #1

Jusqu'à maintenant mes considérations sur la poésie m'ont amené à travailler exclusivement sur son caractère intimiste, en agissant sur les sentiments que les mots seraient capables, dans l'idéal, de faire naître au plus profond du lecteur. Dans cet optique, il ne doit pas seulement s'agir, dans l'acte poétique, d'un simple dialogue mais d'un échange à caractère brutal, d'une confrontation directe entre la pensée du poète, traduite dans un langage approximatif, et la sensibilité de ce que l'on peut appeler cible voire victime. Comme cela l'a été évoqué dans mes notes sur l'écriture, le Créateur se doit d'être en mesure d'agir sur la sensation, de la modeler et de la rendre la plus tactile possible.

Néanmoins, ce que l'on pourrait appeler puissance poétique ne trouverait alors son content que dans le contexte de la lecture individuelle.

Il s'agit dès lors de travailler la poésie sur des formats plus importants. Outre les intéressantes possibilités qu'offre la poésie sonore, en particulier les performances devant public, il serait intéressant de parvenir un format d'écriture plus important, en particulier au niveau de la gestion de l'espace, et renforcer ainsi les effets du mot sur un public, et non plus sur une entité individuelle seulement.

15.06.2009

Présomption

Le goût du whisky vomi sur un trottoir étranger
Et toute énergie vitale qui quitte le corps
Avec le clignotant à force d'attendre par delà les fenêtres.

Maître du silence gratuit de bon augure.

08.06.2009

Au petit théâtre des cruautés (5): Avoir le dernier mot

"Tu voudrais pas plutôt te taire et venir me sucer?
-Oh pas ce soir, je ne suis pas d'humeur.
-Question d'habitude.
-Qu'est-ce que ça veut dire?
-Rien. Tais-toi maintenant."


Il sort de la pièce, passe dans la salle-de-bain et se dirige vers la cuisine. On n'entend aucun pas, aucune porte qui s'ouvre. Il revient dans la pièce principale, semble chercher quelque chose des yeux, s'assoit finalement.

"Encore un verre, c'est le combientième ce coup-ci?
-J'en sais rien, sixième peut-être. T'as pas un boulier pour que je les compte?
-C'est ça. tu crois que j'ai envie de traîner un alcoolique?
-Tu peux toujours parler, je ne pense pas encore être un poids pour toi. Et comme tu n'es d'humeur pour rien, je m'en jette un autre, par pure distraction.
-Boire seul, tu parles d'un amusement.
-Ca n'en reste pas moins "boire". Si tu préfère, je te laisse une seconde chance.
-Comment ça?
-Et bien viens, à genoux, et je t'appuierai sur la tête, d'avant en arrière, je suis sûr que ça t'excitera.
-Non merci, on me l'a déjà fait, ça ne me plaît pas du tout. Tu vois, c'est bon, tu comprends?
-Ouais ça ira.
-Tu comprends donc?
-Ah tu prends ton pied là, à me foutre encore une fois dans la gueule tes belles expériences de jeunesse.
-tu n'avais qu'à en profiter tant que tu en avais l'occasion. Mais bon, quand on voit tes exs.
-Ouais je sais, moches et connes. Je l'ai déjà assez entendu."


Il se relève, tâte ses poches à la recherche de son briquet et empoigne la bouteille, boit au goulot et se sert un autre verre.

"Tu ne dis plus rien. Je t'ai vexé peut-être?
-Va chier.
-Oh, tu t'en ressers un? C'est que je t'ai vexé.
-...
-Tu ne veux pas aller au bar du coin de la rue? Je crois que les poivrots t'ont réservé une place.
-Et toi, tu voudrais pas inviter tous les mecs avec qui tu as couché, ou que tu as juste sucés, et on fera un barbecue comme ça.
-T'aurais aucune invitation à envoyer, je voudrai pas te faire ça.
-Allez, promis, j'essaierai de ne pas être le premier à rouler sous la table. On papotera un peu, chacun se racontera ses petites expériences, je leur dirai quels veinards c'étaient, et à quel point j'en ai à souper de tes problèmes. Si tu veux, je vous regarderai même vous amuser tous ensemble.
-Tu n'es qu'un ivrogne doublé d'une méchanceté vraiment dégueulasse.
-Content de l'apprendre. Dans ce cas, tu n'auras qu'à en parler à l'un de tes exs, ou un autre mec avec qui tu aurais eu l'immense joie de sortir, ou un de ceux qui t'a payé le restaurant dans l'espoir de te baiser.
-Oui, exactement.
-Et lorsque l'un ou l'autre te parlera de ses problèmes de couple, tu pourras évoquer le tien, à savoir quel alcoolique sans ambition je fais.
-Bonne idée.
-Et tu ne parleras certainement pas de ce que j'ai à subir grâce à toi, jusqu'au moment où l'un ou l'autre se rappellera au bon souvenir d'une fantastique relation.
-Si c'était à refaire, je n'hésiterai pas.
-Tu m'étonnes, c'est ce qu'il y a de bien avec les lycéennes et les jeunes étudiantes: elles sont prêtes à brader chaque partie de leur corps, leurs cuisses sont fermes et elles ne se laissent pas envahir par les problèmes des brillants et responsables adultes en devenir que nous sommes. Vraiment un bon plan, la lycéenne en chaleur.
-Genre, tu en sais quelque chose.
-Tu marques un point.
-Et fin de la discussion."


A nouveau il change de place, et glisse en quelques pas près de la fenêtre ouverte en battant.

"Fais-donc la vaisselle, ça me distraira un peu."

Un partout.

(L'intrigue entière constitue le contexte parfait d'un dialogue. Dans un cadre bien défini, ce dialogue totalement fictif serait en quelque sorte un point de non-retour narratif. Il s'agit de se placer dans un système où les rapports de force sont, quoiqu'il advienne, les plus équitables possibles. Les mots doivent se suffire à eux-mêmes, à la fois pour le réalisme et l'aspect direct qu'offre le dialogue.)

03.06.2009

Discours pessimiste

Les glaçons qui se battent et le plancher qui grince. En un sens, ce serait exactement comme attendre sur le bas-côté d'une autoroute lancée à pleine allure. Poiroter peinard avant que la Grande Faucheuse ne vienne relever les compteurs. Un verre à la main, je suis mon propre confident à distance. Silence radio, je n'ai rien à dire pour ma défense. Je ne tiens même pas à envisager la possibilité de me tromper. Pourtant en un sens, ma jeunesse a en grande partie foutu le camp.
J'ai beau être présentement plein d'une vigueur éblouissante, je sais déjà que je me lèverai demain matin toujours dans ce même lit, que j'attendrai l'heure du repas en fumant mes trois clopes et en m'envoyant une cafetière de café, que j'irai accomplir mon boulot stupide. Et ainsi va la vie, crevez jeunesses La routine que j'ai tant pris soin à fuir durant tant d'année ne va pas tarder à me plaquer au sol pour me foutre les menottes. Et moi j'attends béatement, dans une gêne presque religieuse. Je ne peux parler à personne, car il n'y a que moi qui puisse régler bon nombre de conflits intérieurs.

Il y a sur mon étagère quelques figures de légende, de ceux qui ont su s'absoudre de tant de règles, de tant d'horaires à la noix qu'ils sont parvenus à laisser leur empreinte sur l'Histoire. Et ce tout bonnement parce qu'il leurs a fallu à un moment ou un autre se délester des poids communs à tout à chacun.

J'aimerai savoir le nombre de personnes qui se lèvent le matin en ayant qu'une seule envie: foutre le feu à leur maison et à leur identité tout entière, et ainsi pouvoir envisager autre chose que le paiement des amendes forfaitaires et la baise du vendredi soir. Au fond de moi, j'aspire encore à ce que cela ne soit que foutaises, qu'il y ait un déclic possible ne se soustrayant qu'à une attente encore peu probable. Qu'on se plaigne de moi, je cohabite encore parfaitement avec mes démons.

Discours succinct

Nous contre Je.

Discours réaliste

En allant récupérer la voiture après le travail, un vers trottait dans ma tête et me harcelait. "Aux enfants / qui ont rencontré l'injustice / au milieu d'un puzzle en plein soleil." A chaque pas cela s'intensifiait et cela devenait déterminant de m'en débarrasser d'une manière ou d'une autre, comme d'une faute d'orthographe, une erreur que l'on tente de ne plus reproduire.
L'opportunité de me retourner était insaisissable. Être au bord du gouffre, constamment à deux doigts de tout perdre, et toujours s'en tirer de justesse, il n'y a rien de meilleur. Vous vous sentez ainsi d'une liberté inébranlable, les possibilités se dégagent soudainement et vous ne pourrez rien laisser pour vous ralentir. Les obstacles sont à détruire ou à laisser derrière soi.

J'aime les défis, ils sont comme une course avec un inconnu dans la nuit messine. Il y a une semaine à peine, je me souviens de cet enfoiré qui me dépassait sur l'artère principale, devant piler net à chaque feu rouge. D'un coup tout s'affole et, dans la mesure du possible, je l'avais eu. Cette fois-ci, j'avais eu plus de couilles qu'un autre.
Être prêt à se sacrifier entièrement nourrit d'une manière considérable la sensibilité. Sans m'y attendre, je nettoie mon cerveau à coups d'alcool, jusqu'à m'élancer au plus profond de chaque son, de chaque couleur. De chaque seconde. "Au défi, alors, tu peux en avaler un de plus?"

02.06.2009

Discours effectif


podcast

Discours conceptuel

Un pied-de-nez
A moi-même
Et aux sales habitudes:

J'aligne les clopes
Comme des secondes perdues
Trop rapidement;

Et j'ai bu en deux jours
L'équivalent d'une semaine
Ou pas loin.

Comme quoi
Tout est si facile
Et je colle mon avenir
A coups d'enveloppes.

La possibilité de basculer à chaque instant en bas du trottoir
De perdre femme, chat, argent et sens de l'humour
Et bomber les doigts en inscrivant des lignes
Sur notre propre livre sacré.

Les projecteurs seront fades
Face à l'écriture du vide et des néons
Je ne suis pas encore fini et les murs ne sont
Que de la pâte à modeler
Avoir le tranchant de perdre tout, en un seul instant
Et se battre pour rester entre pile ou face

Je te le dis
C'est ça qui est bon.



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