Paperblog : Les meilleurs actualités issues des blogs

28.01.2012

Stock

Désolé pour toi
Nous n'avons pas d'âme
En stock.

Il paraît que vous reprenez
Ce dont on ne veux plus
Hypersensibilité
Excès
Tout ce qui va de travers
Moi?

Il faut que ce soit
En parfait état de marche

Il m'arrive de boiter

Alors tant pis

Quand arriverait mon âme
Ou même une soeur nuit?

Un produit en fin de vie

Je repasserai

Au trépas?

Sûr.

27.01.2012

A l'écoute

Il m'arrivait plus ou moins de me demander des fois si j'avais bel et bien une sensibilité. Je n'essayais certes plus de me reconnaître dans un miroir et j'avais pour moi la même indifférence qu'envers la plupart des gens.

Ils cherchaient quelqu'un du regard, moi je sortais tout juste des toilettes où je m'étais préparé une chique de tabac à mâcher: une espèce de pâte noire et légèrement grasse dans une épaisseur de mouchoir en papier. Je me suis dirigé vers eux, ai dégainé mon plus beau sourire, devenu plutôt un outil de travail qu'une démonstration de contentement, et leurs ai demandé ce qu'ils souhaitaient. Ils me cherchaient, je les avais renseignés peut-être deux ou trois semaines auparavant. On me rapproche parfois de passer trop de temps à conseiller et renseigner sans achat immédiat, mais cela finit tôt ou tard par payer. J'avais déjà présenté le produit, évoqué le service, il suffisait juste de prendre son temps. Je suis à l'écoute, je reformule les besoins du client comme on me l'a conseillé quelques jours auparavant. Récupérer les données de votre iPhone? Voilà. Récupérer des fichiers de votre ordinateur actuel? Pas de problèmes.
L'homme a l'air plutôt de subir l'achat de sa femme. Il écoute, semble difficilement convaincu lorsque je lui propose de lui vendre plutôt l'iMac en première configuration plutôt qu'en une légèrement plus performante mais plus chère. Je m'adresse surtout à la femme. Elle a confiance en moi et le lien s'établit facilement. D. vient à notre rencontre, plaisante au bout de quelques secondes seulement avec la dame. Sincèrement, il dit de ne pas être vendeur et être en priorité à l'écoute du client. Subtilement, il évoque la possibilité de prendre une assurance sur le produit plutôt que d'en acheter un dont ils n'utiliseraient pas toutes les performances. Je revient en jeu, demande à la dame si elle est convaincue, argumente quant au service d'échange à neuf. L'ensemble de l'échange aura pris une vingtaine de minutes. Je les invite à me suivre à l'un des postes. Le mari prend la parole au moment de décider quant au service. Par principe, il est contre les assurances et extensions de garantie, parle même du regret quant à une assurance supplémentaire pour sa voiture. Argument de non-sens mais efficace: impossible de rétorquer à ça. La dame hésite cependant. Je discute d'autant plus des avantages du service avec son mari. Elle écoute attentivement et très vite je vois sur son visage que ça va être à elle de convaincre son mari.
Il s'agissait de prendre son temps. Ne pas insister, être subtil, sûr de soi et convaincant. Le plus important? Rester inexpressif, garder le sourire et ne montrer aucun signe de tension.

"Je comprends très bien Monsieur. Après si vous êtes joueur, on reste ainsi. C'est simplement un service que je vous propose. Comme je vous l'ai expliqué, en cas de problème dans les trois années à venir, on prend tout en charge, dans les meilleurs délais. Et ce n'est pas de la réparation, mais de l'échange à neuf. Illimité pendant trois ans.
-Non non, je ne veux pas. Et puis, Apple ne tombe pas en panne.
-Le système d'exploitation est effectivement le plus stable et le plus sûr. Mais sinon, cela reste du matériel. Un médecin tombe bien malade, pas vrai?
-Non merci.
-Très bien Monsieur."


La femme n'était définitivement plus hésitante, mais convaincue. Je reste détendu, du moins je ne montre aucune émotion contradictoire. Le masque parfait. Prendre son temps pour faire la facture, se rapprocher encore des clients en leur montrant ligne par ligne leurs achats. Je leur signale la remise à laquelle ils ont droit en devenant adhérents. La dame rebondit sur l'offre avec le service. Le mari reste têtu. Je continue de prendre mon temps, ne valide pas la facture, demande à la dame de remplir le formulaire d'adhésion, lui propose de s'installer convenablement pour le remplir. Tout va se jouer dans les deux ou trois minutes à venir. Je renseigne rapidement deux personnes qui cherchent des clefs USB. Je perçois la discussion à voix basse entre le mari et sa femme. Je me retourne et d'une voix nette, sans détour:

"Voilà, Messieurs dame, j'imprime la facture et je vous accompagnerai chez ma collègue pour le financement. Pardonnez-moi de l'attente."

Je sors une facture, dégaine mon stylo. Maintenant c'est quitte ou double. Au moment où j'allais insérer la feuille dans l'imprimante.

"Attendez Monsieur, on la prend finalement.
-Ah, très bien. Je recommence la facture alors."


Encore une fois, ne montrer aucune émotion, garder un visage souriant, qui ne trahisse surtout pas la satisfaction du combat mené à bien. Ne pas trop accélérer le rythme, non pas pour laisser le temps aux clients de changer d'avis mais pour affirmer encore plus le lien avec eux, garder en tête qu'un client bien conseillé, avec qui le lien s'établit est un client qui revient. La vente est à la fois un combat, une maîtrise de soi, et un excellent jeu de séduction. Les hommes aimeront qu'on aille dans leur sens, qu'on soit d'accord avec eux. Il faut souvent les conseiller sans froisser leur ego, parfois plaisanter, parfois prendre un ton parfaitement professionnel, d'assurance démesurée. C'est beaucoup plus simple avec les femmes. Être à leur écoute, répondre à leurs besoins, les rassurer. Rester naturel et ne pas en faire inutilement trop. On s'approche là beaucoup plus de la séduction, voire des bases d'une relation. Etonnamment, j'étais incapable d'adopter cette attitude lors de mes précédentes relations. Maintenant cela est tout à fait naturel et je me permets même quelques plaisanteries, ayant la semaine passée poussé l'audace jusqu'à retenir le nom d'une demoiselle pour la contacter par la suite.

J'accompagne la dame à l'accueil, l'invite à s'installer, lui propose un thé ou un café. Rester aux petits soins jusqu'au bout et, sincèrement, lui assurer que si elle a des questions sur le produit ou son utilisation, elle n'aura pas à hésiter à revenir me demander conseil. Le mari est parti chercher la voiture, il n'y a plus de marche arrière possible.

Le tout aura pris à peu près une quarantaine de minutes et cette vente m'aura demandé une énergie considérable. Il est temps de prendre ma pause. Je souhaite une excellente soirée à la dame, fais signe à mon responsable que je pars en pause. Il fait déjà nuit, la cigarette est savoureuse. Je suis épuisé mais ça en valait la peine. L'adrénaline que j'avais perdue ces dernières semaines est revenue. C'est comme un fix, presque aussi bien qu'un orgasme: la montée, la quintessence, le relâchement de soi.

25.01.2012

Caprice

On m'a demandé
Si j'étais dingue
"Mais trois tranxènes ?!
Qu'est-ce qui cloche chez toi?"

Je pourrai passer le cap
l'autre côté
les étoiles de mer qui traversent
sur les clous
les constellations dans ma poche
je n'ai peur de rien.

Un chaton ronge un pneu la nuit
C'est un peu le même principe.

22.01.2012

Et caetera

Le soir dans le vestiaire, D. disait avec le sourire "Là les gars, je vais rentrer, un bisous de mon fils et de ma femme et j'oublie toute la journée de boulot." Moi mes jambes me faisaient mal et je n'osais même plus espérer du réconfort d'une manière ou d'une autre. J'étais comme ça depuis le matin: pas malheureux, pas désespéré, mais complètement mort de l'intérieur. Des mois et des mois que je n'avais plus senti le poids plume d'une tête sur ma poitrine, que je me battais contre moi-même, mais pour rien.
Et puis même, les cicatrices de mes jambes me feraient maintenant avoir honte si je devais avoir à me déshabiller devant une fille. Le matin de ce vendredi, gardant en tête que cette hypothèse est encore loin, je taillai précisément dans la chair.

De toutes manières, ça devait s'arrêter maintenant. Tout était prêt, à nouveau, et j'avais tout ce qu'il me fallait. L'après-midi de travail avait été éprouvante et, en fermant la porte de mon vestiaire, je terminais a cinquième boîte de codéine.

La pluie tombait sur les rues messines. Une fois sortis du centre commercial, il téléphonait et commençait toujours par ces mots: "Oui Madame". C'est à chaque fois troublant de tendresse. Pendant ce temps, la pluie commençait de dégouliner dans mes cheveux et j'hésitai à l'accompagner jusqu'au campus, où il se garait chaque jour. Ses yeux étaient rieurs et il avait le sourire en parlant à sa femme. Moi, j'étais plutôt gêné de ne pas le laisser dans ce qu'il me semblait être une sorte d'intimité habituelle, néanmoins magique, et j'essayais de savourer ma clope. Je jetai mon mégot au moment où il raccrochait, et ça m'est apparu: je crevai d'ennui d'une part, et je rêvais aussi d'un foyer où rentrer le soir. Retrouver quelqu'un. Me sentir vivant dans ses bras et sentir un autre coeur battre contre ma poitrine. Peut-être regarder un film en mangeant des saloperies et en s'embrassant quelques fois. Se plaindre chacun de sa journée et pester contre les collègues ou la famille. Peut-être faire l'amour ou baiser tout simplement, s'endormir et se réveiller le matin avec l'odeur du café et le soleil du sourire.

L'un dans l'autre, j'avais eu tout cela, et l'avais rejeté en bloc. Je ne comprenais pas vraiment. De toutes manières, ma décision était prise et cela n'était guère plus qu'une contradiction de plus chez moi. Il était temps que tout ça s'arrête. Hors de question de s'épuiser encore à se battre contre moi-même, et pour moi-même. Le sens que je cherchais à toute cette merde était simplement évident: la présence de l'autre, fonder un foyer, peut-être même une famille.

Après l'avoir quitté, j'ai continué de marcher sous la pluie battante. Ainsi, mes larmes ne se voyait pas. C'était digne d'une comédie dramatique pour adolescentes. Je laissais la pluie couler et tirais sur ma clope en me disant que le soir-même tout serait fini. Que je n'aurai plus à continuer de payer encore et encore, avec les intérêts.

Tout était en place. J'ai attendu 23h et ai avalé d'une traite les réserves que j'avais faites durant la semaine. Ce n'était pas tant la solitude qui me rongeait, c'était surtout le fait de ne pas trouver de sens, d'intérêt, au quotidien, et de finalement s'apercevoir qu'il était là où je l'avais laissé, malmené, sans m'en rendre compte. J'ai avalé mon gramme de morphine et me suis couché, sûr de mon coup.

Finalement je me suis encore une fois réveillé. J'avais merdé, encore. Et je n'étais même pas aux urgences, simplement dans mon lit, complètement vaseux et avec un mal de crâne phénoménal. Le réveil sonnait au même moment. Je n'avais pas à me retourner dans mon lit une place. Je me suis levé, appuyé sur le bouton de la cafetière, laissé couler le café le temps d'une première cigarette. Une heure après, j'étais dans le bus, à oublier le fait que j'étais peut-être malgré tout condamné à vivre dans ces conditions, dans la douleur et la certitude du non-sens. Tant pis. Une journée de plus à traverser au plus vite. Et caetera. Et caetera.

20.01.2012

Tisonnier

Plus d'énergie de feu
Ou d'envie de combattre.
Comme toujours
Je ne sais pas quoi devenir
Examens ratés
Au fond ça ne m'étonne plus
Et mon ratio est au plus bas
Et ma jambe me fait mal
Je ne cherche plus à comprendre
Glisser lentement
Comme une pénétration
Vers le fond.

Je l'ai bien senti
C'était dans le bus
D'un coup mes yeux se sont fermés
Et plus rien n'avait de goût.

Avant j'attendais un déclic
Celui-si se faisait en fait
A chacun de ses regards

Je n'attends
Heureusement
Plus rien
Ni personnes.

Je les ai perdus papillons de fumée
Et de le distributeur de la bibliothèque
Me crache toujours la monnaie à la gueule
Ce doit être un signe
Le dicton d'indécence
A passer le samedi soir dans l'ennui
Chaque nuit glisser un peu plus vers le fond.

19.01.2012

Au réveil

Un trou noir de plusieurs heures. Ce n'était finalement pas plus terrible que de dormir. J'ai brièvement ouvert les yeux. Eclat de lumière blanche, vue brouillée.

"Monsieur, respirez un bon coup, vous avez une sonde urinaire, je vais l'enlever.
-Allez-y je m'en fous, j'ai l'habitude."


Après ça, nouveau trou noir. Je me réveille, ignore où je suis. Un lit, une chambre d'hôpital. Apparemment, je ne suis ni mort ni au paradis. J'ai un mal de crâne abominable, plus douloureux encore que la pire gueule de bois de ma vie. Trois personnes sont devant moi. Un couple et ce qui semble être un médecin. Je suis incapable de me souvenir de l'échange que nous avons eu. J'ai vaguement entendu "Il faudrait le laisser maintenant, il est encore épuisé." et des sanglots étouffés. J'ai replongé dans le sommeil qui, cette fois-ci, n'avait plus rien de douillet mais se voulait surtout automatique.
Je me réveille à nouveau, incapable de déterminer le jour ou l'heure. Néanmoins, je suis à peu près capable de réfléchir brièvement. Une voix qui m'est familière.

"Mike, tu me reconnais?
-Oui, vous êtes mes parents...
-Ce matin quand le docteur t'a demandé, tu as dit que j'étais la dame chez qui t'habitais et qui te nourrissais depuis 23 ans...
-Je ne m'en souviens pas.
-On m'a demandé de t'interner, de force. Il n'y a que moi qui peux signer, je ne sais pas quoi faire.
-Je ne sais pas, fais ce que tu veux.
-On attend demain de voir l'avis du psychiatre."


Il y a peut-être eu d'autres paroles. Je me suis rendormi. Et j'ai ouvert les yeux à nouveau. Plusieurs heures s'étaient écoulées. Apparemment, j'avais un voisin de chambre qui signalait sa présence par des ronflements. J'étais nu en-dessous de ma blouse d'hôpital, avec une dizaine d'électrodes sur le torse et le ventre. Instinctivement, j'ai enfilé mon jean et suis sorti de la chambre. Un infirmier barbu me regarde à travers sa vitre:

"Bonsoir, dites, y'a possibilité d'aller fumer?
-Oui, juste la porte là.
-Merci. Et par hasard, vous n'auriez pas un Dicodin? Pas que je crève de douleur mais bon.
-Non.
-Très bien."


J'ai regardé l'heure sur mon iPhone. 1h30. On était le mercredi 14 décembre. Deux messages, l'un sans trop d'importance, l'autre de D., mon collègue d'Apple, qui est rapidement devenu un ami sincère. Deux jours sans nouvelles et il me demandait "Ça va toi???". Alors, à sa manière, j'ai simplement répondu "Je suis dans la merde."

Sans faire attention à l'heure, j'ai appelé mon père pour savoir où étaient mes cigarettes. Il me sermonne rapidement, je raccroche. J'enfile le 501 noir que je portais lorsqu'on m'a emmené et garde ma blouse d'hôpital. La nuit est fraîche et je reprends un peu plus mes esprits, sans m'inquiéter du lendemain: être là, au service d'urgences psychiatriques, m'apparaît comme presque normal, comme si ça allait tout simplement de soi et que cela aurait même dû arriver depuis longtemps.
La première bouffée de ma cigarette me fait violemment tourner la tête. Je m'accroche au mur pour ne pas tomber. M'allume une seconde clope sous la nuit messine. Retourne me coucher. M'endors comme si je n'avais pas assez dormi.

Je suis réveillé par l'infirmière qui apporte le petit-déjeuner. Je ne demande qu'un café noir. Elle pose un gobelet en plastique avec un liquide orange.

"C'est quoi ça?
-Du Valium, pour le sevrage alcoolique.
-Je ne suis pas alcoolique, enfin plus maintenant. Fait un bail que je ne tète plus ma vodka tous les soirs.
-Mais...
-Non mais laissez, pas grave, vous faites votre boulot. Par contre, je veux bien du Dicodin.
-On n'en a pas ici.
-Ok."


Mon voisin de chambre émerge difficilement. Je ne sais pas ce qu'ils lui ont filé mais ça cogne. Je le salue, stricte politesse. Demander un autre café. Laisser le Valium de côté et examiner la chambre. Porte vitrée, et une caméra pile en face des deux lits. Parfait mélange entre 1984 et Vol au-dessus d'un nid de coucou.

"Tu es là pour quoi?
-J'ai merdé avec des médicaments."


On se croirait dans une mauvaise série policière où cette question est le passe-partout pour que les tôlards fassent connaissance. N'ayant aucune idée de ce qui m'attend, faire preuve de sociabilité polie et me renseigner pourrait m'être utile.

"Et toi?
-Je ne sais pas exactement, je crois que je me suis encore trop énervé.
-D'accord.
-Tu sais où tu vas après?
-Non, pas du tout. Je vois la psy après, mais je ne sais pas comment ça se passe. Et toi?
-Je reste trois jours ici et après ils voient où ils vont me mettre.
-Ah ok. Je suppose que ça ne sert à rien de s'énerver ici.
-Non, mais tu verras, la psy est super cool.
-Super. Apparemment soit je sors aujourd'hui soit on va pousser ma mère à signer un internement.
-De force?
-Ouais, je crois.
-Ah merde.
-Quoi?"


A sa mimique je me rends compte qu'il vaut peut-être mieux que j'évite l'internement, et que je me tienne à carreaux.

"C'est horrible l'internement de force. Tu es dans une pièce de 3 mètres carrés. Le lit est scellé au sol et tu as juste un seau pour les besoins.
-Ah. Viens on va fumer."


Je reprends vite mes esprits malgré les restes de poison. J'avale finalement mon Valium lorsque l'infirmière passe, histoire de montrer ma coopération. Dehors, des grilles, une vue sur le marchands de sapin de Noël que je regarde habituellement à travers la vitre du bus. Mon voisin de chambre s'en va, sort une jeune fille. Joli cul, beau visage pour l'essentiel malgré les cernes. Mais je ne suis pas là pour ça et garde mon masque d'indifférence.

"On peut parler deux minutes?
-Tu sais, ce n'est pas parce que je suis ici que je suis pour autant un psychopathe qui va te sauter dessus."


Sourire timide. Je lève la tête et recrache la fumée de ma cigarette.

"Tu es là pour quoi?
-Décidément, c'est la question à la mode ici?
-...
-Disons que j'ai pris un médicament ou deux de trop. Et toi?
-J'ai pété un plomb juste avant de passer un examen important.
-Examen de?
-Dernier examen pour devenir avocate.
-Ah."


Je me rends compte que l'incompréhension vis-à-vis de soi-même, de l'entourage voire le passage sous silence de difficultés personnelles peut amener aisément à foutre sa vie en l'air, sans vraiment le vouloir. Elle s'en va, il était inutile ne serait-ce que de lui demander son prénom. D. me téléphone pour prendre des nouvelles, me promet que s'il faut il est prêt à témoigner en ma faveur, disant que je fais du bon boulot et que, malgré mon passé qu'il connait, je fais tout pour m'en sortir.

"Merci jeune homme. T'inquiète pas, je vais tout faire pour que ça se tasse au plus vite, et je compte reprendre le boulot directement vendredi."

Je retrouve mon voisin de chambre et commence déjà à ranger mes affaires.

"On va prendre un café à la cafétéria?
-Ça dépend. Comme j'avais pas vraiment prévu d'être ici, je n'ai pas mon portefeuille. Tu pourrais m'en payer un?
-Avec plaisir."


On retourne à notre chambre, l'air de rien. Je savoure mon café en silence, beaucoup moins fade que celui de l'hôpital. Ce qui s'avère être la psychiatre vient me chercher pour l'entretien.

"Je peux prendre mon café avec?
-Ce n'est pas vraiment de circonstance.
-Très bien."


Je le termine d'un trait, manque de me brûler la gorge et la suit.

"Alors Monsieur B., comment vous sentez-vous?
-J'ai un trou noir d'à peu près une trentaine d'heures, mais à part ça, au poil.
-Vous êtes tombé dans un coma de stade 1, c'est normal.
-J'ai souvenir qu'on m'a enlevé une sonde urinaire, je sais pas si c'était une hallucination ou non."


L'infirmière présente à l'entretien acquiesce.

"Par contre la prise de sang ne nous a pas permis d'identifier ce que vous avez pris.
-Un tube de Lexomil, une boîte de Dicodin, un demi flacon de Théralène.
-Vous vouliez mourir?
-Je ne sais pas. Pour être honnête, si telle avait été ma volonté, j'aurai attendu 23h pour me faire ce cocktail et j'aurai balancé quelques Tranxènes par-dessus. J'aurai été tranquille.
-Votre vie ne vous satisfait pas? Vous vous ennuyez?
-Je croyais que vous aviez appelé mon psychiatre ainsi que celui que j'ai vu au centre anti-douleur.
-En effet, et mon diagnostique correspond au leur.
-Et bien parfait, pas la peine de tergiverser une heure.
-Vous le connaissez?
-Oui.
-Qu'en est-il alors?
-Troubles de la personnalité limite, essentiellement caractérisée par de l'impulsivité, difficultés d'appréhension de l'objet externe, tendances aux excès et aux dépendances, ennui, mélancolie, auto-agressivité. Entre autres.
-C'est bien ça.
-Suis fort hein.
-Nous ne sommes pas ici pour plaisanter, Monsieur B.
-Très bien. Alors? La suite des évènements? Paraît que vous avez demander à ma mère de signer un internement chez les givrés.
-Oui, qu'en pensez-vous?
-Hors de question. J'ai des études à terminer, un boulot qui me plaît.
-Des amis?
-Aussi.
-Une petite-amie?
-Plus depuis un moment.
-Cela ne vous manque pas?
-Surtout le cul qui me manque si vous voulez tout savoir, et c'est pas avec les infirmières qu'il y a ici..."


Je m'interromps devant le regard noir de la psychiatre. Tout ça me paraît être encore pire qu'un entretien d'embauche et j'ai plutôt l'impression de jouer mon avenir, tout au moins les mois à venir, dans ce minuscule bureau.

"La tendresse me manque énormément. Savoir qu'il y a quelqu'un. Être là pour cette personne. Enfin tout ça. Mais ce n'est vraiment pas ça qui m'a fait déconner lundi.
-Très bien. Pour vous ce n'était qu'une déconnade?
-J'ai pris un cachet ou deux de trop, voilà tout.
-Vous...
-Si je me rends compte de ce que j'ai fait? Oui. Je le regrette? Non. Est-ce que j'ai eu peur d'avoir dansé avec la Faucheuse? Non.
-Très bien. Bon, pour moi vous êtes sortant.
-Ok. En espérant ne jamais vous revoir. Passez une bonne journée."


Une heure après je rentrais chez moi. Pendant deux semaines je savourais le fait d'être encore en vie. Et puis l'ennui a repris le dessus. La douleur physique. Le besoin de sensations fortes, de l'orgasme instantané. Et puis, et puis, et puis.

18.01.2012

Ecorné

Mains sur tes hanches
Ton dos de
Marbre
comme unique table de loi
Proue décemment tendue vers le ciel :
cris étouffés dans l'oreiller
promesses d'avenir
j'étais sûr que ce serait éternel 
Que le feu d'artifice à ce nouvel an
Était un signe
Qui ne trompe pas

Je revis encore ton corps
Derrière mes paupières.

17.01.2012

Perdre au change

Dans le fond rien en change
Légende énergétique
Des plates-formes mouvantes.

Argent ou non je reste
Dans l'ennui de moi-même
Labyrinthe abscond
Penser à ne pas
Oublier reprendre décrocher.

Le sang de mes jambes
Garde la même couleur
Au contraire ce qui a changé
Est que
Plus rien ne me comble
Plus de main à prendre dans la mienne
Ni sourire auquel répondre.

Je suis dans mon ennui prêt à sauter
Pas d'adrénaline
Pas le plaisir
De tes orgasmes
Et larmes à sécher sur ma chemise
Les départementales qui défilent
Au dimanche soleil.

Je reste sans espoir et dans l'attente
Surtout ça qui n'a pas changé
Avant ou après toi.

13.01.2012

Astuce

Quelles promesses
J'avais tenues
Depuis ces six derniers mois?

Arrêté de boire
Sauf rares exceptions
Décrédibilisent

Trouver un travail
Je n'aurai pu imaginer
Plonger dans le système

M'en sortir / être heureux
Je ne crois pas
Que mon suicide foiré
En soit la preuve.

J'ai songé à tout ça mercredi soir
En passant le Pont des Morts
J'étais de nouveau une enflure
Un bâtard et mon boss
M'avait pris pour de la merde
Sans trop
Avoir tord finalement.

C'est peut-être aussi plus fort que moi
Catalyser les gouffres
Et si je croyais au destin
Je m'inquièterai pas plus.

Qu'est-ce que j'avais gagné au change?
De l'argent. Bof.
L'adrénaline de la vente. Ça n'a duré qu'un temps.
L'étrange certitude qu'on ne peut rester seul. Me déstabilise.

Et je chiale une nuit sur deux
Ce visage m'appartient peut-être
Mais il ne reflète apparemment rien.

Derrière moi il y avait le clochard
Qui vend de la morphine
Cinq euros les 200 mgs
J'ai hésité
Et ai finalement pris mon bus.

Il doit bien y avoir une autre solution

12.01.2012

Genèse

Lignée de chiens
Le géniteur et ses petits bâtards
Je suis né en portant un numéro

[Je n'aurai strictement aucune identité
Je le jure]

Je suis le vice de procédure
Et la grâce du sacrifice

Je ne suis qu'un bâtard
l'expérience hasardeuse
d'une étoile fécondée
par le charbon.

Bâtard borgne!
Aucun salut
Dans le meurtre originel

Juste un bâtard incapable
De faire pencher la balance
Oblige la mère à vivre
Découpe la partie inondée de ton cerveau

Massacre dans le miroir
Epilepsie égocentrique.

Dialogue

Mâchoires d'acier des alligators urbains
Tu ne peux pas
Continuer de ramper
Ni mentir dans le noir dans les larmes la nuit blanche
Tu peux surtout te taire
Quitter la ville ou ton corps
Et apprendre ce que tu mérites.

Overdose lacérations
Je ne faisais que chercher un foyer
Je ne voulais de mal
A personne
Mon nom est absence
Le silence
Je voulais juste un peu de paix
Et fuir la douleur.

Tu crois?
Tu n'es plus humain
Depuis trop de temps.

Je ne sais
Pas

Rejoue et on verra
Cache-cache dans le coma
Et du reste cause toujours.