27.01.2009
Gobelet à dés
Je suis assis à la première rangée du petit amphi et vois un classeur qui se casse la gueule à deux pas. Dans les quinze secondes qui suivent, personne ne semble vouloir se bouger pour le ramasser. Et en l'occurrence, ça commence à sérieusement polluer mon espace vital, que je tente au maximum de préserver ces derniers temps. Alors je me lève et ramasse ce foutu bordel, qui dégueule de feuilles de cours. Je suppose que c'est ce qu'on appelle le zèle et l'organisation, alors que je n'ai besoin que d'un bloc de correspondance et d'une plume. Je le tends à l'idiote qui vient de se lever. Il est clair que son cerveau agit à retardement et je ne lui jette même pas un regard.
En un sens, je ne sais pas si savoir combien de temps dure l'attente est vraiment bénéfique, mais ne pas avoir de montre sous les yeux peut se révéler tout aussi angoissant. Une fois que le premier mec nous libère, je file vers la sortie m'en griller une, plus rapide que le vent. Ou presque. De retour à ma place (je penserai un jour à y inscrire mon numéro de matricule social, pour la postérité), je tente de me préparer mentalement à la prochaine heure et demie de cours. Enfin quoi, un peu de tranquillité dans cette connerie d'espace-temps qui me désespère toujours plus, et voilà que cette connasse vient me remercier pour un acte héroïque terminé depuis belle lurette. Génial, création d'un fan-club et tout le tralala, et il faudrait lui annoncer que je n'en ai strictement rien à carrer qu'elle vienne me remercier ou non. Alors je me contente de murmurer un "pas de quoi" et voilà qu'elle se met dans l'idée de passer entre la table et le mur pour rejoindre sa place. Ce qui est, même pour la reine des anorexiques, physiquement impossible. Si j'arrive à mettre les gens aussi mal à l'aise, ou au moins à les troubler, c'est déjà une maigre victoire.
N'empêche, ça se termine comme partout: tu fermes ta gueule et tu es poli, en attendant que ça se passe.
La place que j'ai choisie est purement stratégique, d'autant que je suis le seul con à être à la première rangée. Grande nouvelle, je me range au côté des petits soldats de plastique fondu, et ce simple fait suffirait à me faire sortir les cotillons et à aller poser des bombes dans les maternités. Le second mec nous libère, je pose les armes et me fait la belle. A l'extérieur, je tire à pile ou face pour savoir si j'irai au dernier cours de l'après-midi. Face, perdu. De toutes manières, je n'ai pas le choix, je n'ai plus de clopes. Et je n'ai même pas besoin de chercher pour savoir qu'il n'y a pas de buraliste avant au moins quatre-cents mètres, soit à l'extérieur du site universitaire.
Voilà, je ris toujours le dernier.
Bien que me venger sur la clope pour combler le manque me file l'intestin au bord des lèvres.
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Lance-flammes
Et aller jusqu'à crever d'impuissance face à soi-même en essayant d'étouffer le bruit des os qui craquent sous les draps défaits. Il faut que tout parte en flammes, et je me vois encore hier matin, en cours, à me demander ce que je pouvais bien foutre là. La semaine précédente, je regrettais le shoot de codéine trop important de la nuit passée. Et les temps s'envolent comme des migrations sans retour.
Avoir pu gérer quelques différentes situations m'amènent à croire que je puis avoir un contrôle parfait sur mon quotidien. L'organisation distinctive du jour n'est qu'une question d'ennui. Je ne me sens vivant que dans les excès en tous genres, et il semble que cela ne soit guère plus qu'une tradition familiale. Alors je déteste les yeux des rôdeurs du bus et préfère ricaner en voyant le chauffeur insulter les autres automobilistes. Voilà du vrai, de l'explosif, du sensationnel. Quelque chose de remarquable et qui ne manquerait pas d'être oublié aussitôt vu. Il est tout aussi facile de bousiller les écrans à coups de pompes, comme les anciens coups de poing dans les murs. Que tout crève ou implose de l'intérieur, une détonation sur la tempe qui revêt l'uniforme des morts-nés.
Alors que je cherche le sommeil et m'ennuie profondément, me vient l'hypothèse que les excès et dépendances auxquels je n'échappe jamais bien longtemps ne sont que prétextes à une prise de contrôle illusoire et éphémère.
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25.01.2009
Consentement
Quelque part
Des étrons de chiens
Arpentent les rues.
Il faut une gigantesque
Bombe H
Pour bouleverser les ordres.
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22.01.2009
Bail
Dans le bus une femme enceinte enclenche le frein d'une poussette dans laquelle dort un nourrisson. Une femme passe et en cogne les poignées avec son sac à main. L'autre lui jette un regard furieux, et frustré. Il n'est pas difficile d'imaginer son avenir dans deux ou trois ans, lorsque le mari en aura ras le dos que bobonne ne soit plus baisable depuis sa deuxième grossesse (s'il n'y en a pas eu d'autres depuis), et qu'il aura chaque jour à se demander de quoi elle pourra se plaindre le soir lorsqu'il rentrera du travail. A un rythme effréné, aucun type ne peut supporter ça pendant des siècles et des siècles. Amen.
Eloigner de moi ces dépendances, dans lesquelles je ne veux certainement pas plonger totalement, me paraît chose plus aisée qu'il n'y paraissait. Et j'ai hérité d'une paire d'épaule à toutes épreuves, ainsi que de doigts qui s'agrippent très bien à la dernière clope que je crève en la jetant sur le sol froid du parking, juste devant chez moi. Dans mon esprit, j'ai commis un meurtre involontaire peu de temps après ma naissance. Le crime primordial, celui-là même qui permet de doubler ses capacités en cas de besoin. De même, il existera toujours deux extrêmes opposés.
Je vois des plumes froissées et des explosions bleues et blanches derrière les fenêtres alors que les sabliers boitent comme si leur sable s'écoulait trop vite. Les colosses quant à eux rouillent sur place sans s'en rendre compte.
01:41 Publié dans Histoire de... | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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17.01.2009
Pronostic
Vos enfants
Sont la permission
Et l'avenir
D'une guerre nucléaire.
00:52 Publié dans Vers masqués | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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16.01.2009
Chargeur unique
Oeil avide
De mains
Petites poussières.
Lithium-orgasme:
Mes batteries se déchargent
Plus vite
Qu'elles ne récupèrent.
22:30 Publié dans Vers masqués | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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15.01.2009
Proposition
Des photos qui ne sont pas les miennes défilent sur les pages qui se déchargent de tout magnétisme. Ils boivent de la bière et ne savourent pas l'instant déjà enfui, pelliculé en tant que souvenir sanguin. Maigre consolation. Vraiment, je suis sûr qu'ils sont persuadés que le Numéro 7 est le meilleur whisky qui soit. Il se laisse boire, et je ne lèverai mon verre pour rien au monde. S'il y avait lieu, je proposerai un toast à la bombe H qui me débarrasserait de pas mal de monde. Bien sûr, ce whisky n'est certainement pas le meilleur, mais c'est un cadeau de Maman, alors ça ne se refuse pas. C'est ça, j'ai besoin qu'on m'encourage, pour voie de faits.
Ce soir j'évite le shoot à la codéine. C'est pourtant un merveilleux promontoire aux rêves immobiliers. Ils se veulent bizarres, distordus et révélateurs d'angoisses, embryons de la souche principale qui m'empêche de dormir depuis des années. Le médecin me dit "Fais gaffe, on en prend vite l'habitude". Je réponds par un soupir moqueur et le regarde remplir l'ordonnance. Mon énergie vitale se régénère à chaque orgasme, et les touches du clavier souffrent. En échange, je boude mon paquet de tabac brun qui sèche trop vite et gratte affreusement la gorge. Je me roule une clope et ouvre à nouveau la fenêtre en pensant à celles et ceux qui baisent gratos en se prenant pour de véritables machines à séduire, quitte à tromper l'énormité de leurs sentiments réels. Dans les grandes lignes des petites lèvres, ils ne valent pas mieux que des putes et n'ont qu'un orgasme mécanique en guise de paiement. Ils n'offrent rien d'autres que leur corps et l'on perdra d'eux jusqu'à leur prénom. Dans le meilleur des cas, l'on gardera leur numéro en même temps que le souvenir d'un coup fabuleux. J'espère qu'ils en sont malheureux parce que je me suis privé de ces occasions en chair depuis toutes ces années de gaspillage, consacrées à ma petite souffrance, à la chérir et la développer. Je ne regrette pas, je constate.
Je balance mon mégot par la fenêtre comme un bâton de dynamite. Après cela, je songe à la maladie, aux petits rhumes et aux cancers désertés, au temps qui nous est immanquablement compté. Alors j'oublie que demain est encore là, pour escroquer chaque seconde.
The Doors "Celebration Of The Lizard"
"I am the Lizard King
I can do anything
I can make the earth stop in its tracks
I made the blue cars go away
For seven years I dwelt
In the loose palace of exile
Playing strange games
With the girls of the island
Now I have come again
To the land of the fair, and the strong, and the wise
Brothers and sisters of the pale forest
O Children of Night
Who among you will run with the hunt?
Now Night arrives with her purple legion
Retire now to your tents and to your dreams
Tomorrow we enter the town of my birth
I want to be ready'"
02:18 Publié dans Histoire de... | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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11.01.2009
Sélection naturelle
A notre mariage
Il y aura à l'entrée
Un panneau disant:
"Vous n'êtes pas les bienvenus ici."
20:42 Publié dans Vers masqués | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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10.01.2009
Le papillon unique
Nos corps sont une toile
Sur laquelle je jette tout
Fluide-monochrome.
14:34 Publié dans Vers masqués | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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08.01.2009
Cocktail
Dans la rue
J'ai secoué mes rêves
Pour oublier
Tu vois?
22:38 Publié dans Vers masqués | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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