23.12.2009

Rimbaud

Lettre à Paul Demeny, 15 mai 1871, extrait.

Je dis qu'il faut être voyant, se faire voyant.
Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d'amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n'en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, -et le suprême Savant!- Car il arrive à l'inconnu! Puisqu'il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu'aucun! Il arrive à l'inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l'intelligence de ses visions, il les a vues! Qu'il crève dans son bondissement par les choses inou et innommables: viendront d'autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l'autre s'est affaissé!

Colonies lunaires

Enfants sur une luge dans la neige
Futur chiens de traîneau de l'état.

Le monde a des métastases
La table ronde prévoit
Quelques degrés en désaccord.

L'homme de la terre
Ira essouffler le soleil
Se brûler les ailes:
fusées colonisatrices implosent
Casques lunaires étoiles-filantes
La gravité de la situation

(notre poids est multiplié par X facteurs)

Nous pourrons applaudir
En voie d'extinction.

18.12.2009

Passe-clinquant

Pour ma dernière nuit sur terre
J'aurai été enfant acteur et mourant
Je voudrai le grésillement de la codéine
Dans le ciel plein d'étoiles
Et les enseignes de bar les néons des vitrines
A côté d'un distributeur d'argent

Notre fin a cette perfection de l'automatisme
Sans demie-Lune
Inféconde permanence.

17.12.2009

Cloaque-éveil

Je ne fais qu'attendre un attentat de faits
Sans circonstances irrépréhensibles
Insensiblement intransmissibles.

Yeux de bougies éteintes ailleurs
Nous irons nous reposer à la réouverture du tombeau.

16.12.2009

Couperet-bas

Voie céleste
Nous épargnerons la Terre
Lorsqu'il n'en restera plus rien.

Flash d'humanité:
pluie d'essence et d'argent.

07.12.2009

Chirurgie explosive

A l'instant même c'est une énergie presque démentielle qui m'habite. J'observe le monde autour de moi et le voit au ralenti, jusqu'à ce qu'il s'éteigne dans un dernier souffle, imperceptible et fugace, sans que quoi que ce soit ne s'en voit bouleversé. Le transcendant n'existe plus, la poussière allonge son bras d'aluminium, lentement et sûrement, autour de la gorge de Dieu.

Le froid se refuse à Décembre et l'addition sera salée. En pensant à certaines choses, je me suis rappelé une citation:

"Vivre vite, mourir jeune, et faire un beau cadavre." (James Dean)

06.12.2009

Peau-crépière

En fait, je ne comprenais pas. Le mec était devant moi en train de gueuler à nouveau. Je me taisais, en plaçais une à la première occasion, lui expliquant que si je devais prendre cette photo, c'était pour mon boulot. Lui s'énervait d'autant plus, alors qu'elle était là à me regarder, se demandant peut-être comment j'allais réagir. Ou alors elle était tout bonnement atterrée par des réactions aussi démesurées, colériques et empreintes d'une bêtise parfaitement humaine.

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01.12.2009

Enchères

J'espère que mon âme
Se revendra bien
De quoi échanger des cigarettes
Et mordre les contes.

30.11.2009

Auto-déraillement

L'instant d'avant je me sentais empli d'une puissance presque surnaturelle, invincible, et surtout infaillible. Après ces dernières années passées à régler mécaniquement mes échecs, je songe parfois à la possibilité de régler la balance, et de découper barreau par barreau cette échelle infinie. Si je croise un jour une ancienne connaissance, et qu'elle me demande "Alors, que deviens-tu, qu'est-ce que tu fais maintenant?, je pourrai répondre, au choix: je suis en train de rater ma vie ; je réussis. Dans les deux cas, il ne peut y avoir aucun étonnement et je serai parfaitement à ma place.

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26.11.2009

≠7. Prisme-miroir

Alors juste en rentrant j'ai balancé trois Efferalgans dans une tasse avec un minimum d'eau. J'ai allumé une clope et la lumière du salon, vidé mes poches sur le bureau, comme d'habitude. Après je suis allé dans la salle à manger, me suis envoyé directement dans le gosier la mignonnette de cognac qui traînait. J'ai enlevé mon caban, ma chemise, commencé à tourner en rond en tirant sur ma cigarette sans l'apprécier vraiment. J'ai ouvert le bahut, sorti un verre à liqueur, y ai versé de la mirabelle maison. Un, deux, puis un troisième.

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