vendredi, 05 janvier 2007

Semblables: les enfants étudiants

Il s'agit, après l'obtention facile du baccalauréat, de choisir quelles études entreprendre. Elle choisit sa fac par affinité intellectuelle, pense-t-elle, et puis ceci a toujours été sa matière, elle est née pour cela.

Elle amasse ses cours dans un classeur impéccablement rangé. Attentive aux discours rébarbatifs du professeur, elle ose ensuite se plaindre négligemment de la qualité des cours. Cela fait mauvais genre, après tout, il ne faudrait pas avouer que les cours sont toute sa vie. Les recoins de la bibliothèque Universitaire n'ont plus de secrets pour elle. Elle y passe ses entre-midis, ses couchers et levers, en rêves lettrés.

L'autre étend son rôle d'étudiante jusqu'à la vie du campus. Il s'agit de se faire un nombre considérable de nouveaux amis. Mais ce n'est qu'une poire pour la soif, histoire d'engranger de côté des imbéciles avec lesquelles passer les longues soirées d'ennui, profiter de fêtes données n'importe comment, de moments de futilité et d'éphémères oisifs et vaseux. Elle profite de son permis de conduite pour "partir à l'aventure", là où il n'ya rien à faire, parce qu'elle se pense dans un roman des 60'.

Chaque soir, elle prend peur de rentrer seul jusqu'au foyer pour étudiants où elle loge, près de la gare. Ne voulant en rien apprendre les bases d'une vie adulte, elle foutra un plat surgelé dans le micro-onde, et mangera cela devant Questions pour un champion ou alors une série à l'eau-de-rose. Elle travaillera jusque très tard le soir. Après tout, c'est l'avenir qui est en jeu, et puis l'honneur de la famille ne doit pas être souillé. Elle demeure à l'heure à chaque interclasse, et prend sagemment ses notes. Brave petite qui gâche sa vie.

Après avoir fait, toute la semaine durant, exactement ce que l'on attendait d'elle, elle profite du week-end pour faire la fête. La semaine s'organise en deux parties distinctement ennuyeuses: labeur-bon temps. L'on profite de la belle vie, dit-on, car après, tout cela prend fin, et l'on doit se résigner à la routine. Et la voiture est un élément essentiel. Bien ancrée dans le moule, elle se refuse cependant à l'admettre. N'importe quoi. Elle demande aux autres ce qu'ils ont douc bien pu foutre en l'occasion de la nouvelle année. Cela la regarde odieusement, après tout. Mais cela permet, de façon plus ou moins subtile, d'introduire sa fabuleuse soirée d'ennui à Luxembourg, ville-morte, qui se terminera sur une aire d'autoroute à faire péter le champagne. Wahou, splendide, réellement.

Elle passe ses week-ends et ses vacances à travailler d'arrache-pied. Il n'y a que cela de vrai, et puis, elle rêve déjà de son prince charmant, qui lui permettra d'avoir un but dans la vie: arrêter de travailler pour s'occuper du foyer, des marmots et du mari. Wahou, splendide, réellement.

La vie étudiante se voit pour la plupart exactement identique à la vie lycéenne, des abus de liberté supplémentaires. Au final, cela n'est que mieux reculer pour sauter plus pronfondément encore dans le moule.

samedi, 01 juillet 2006

Semblables: les maîtres d'école

Sur mon balcon, tendrement affalé dans la chaise longue, à fumer ma cigarette, première du jour, je les entends. L'école primaire, en face de chez moi, a illuminé son hall principal. Sur le trottoir, entre le bâtiment et le petit terrain de jeu, les instituteurs et leurs homologues féminins fêtent la fin de l'année.

Les chaises sont installées de façon à former un cercle, chacun peut se voir et se sourire. Les rires sont tonitruants, mes anciennes maîtresses seraient-elles pompettes? Ils parlent forts et se racontent les anecdotes de l'année écoulée, leurs petits élèves qui ont eu des fuites urinaires ou bien ceux qui tremblaient de trouille, chaque matin. L'austérité bénigne n'est plus d'actualité, une coupe de champagne tombe et tinte dans la nuit. Mon ancien maître se lève, sert des pinces et fait des bises, prend la route dans son vieux fourgon rouge, toujours le même, après toutes ces années, tandis que ses collègues continuent de fêter dignement cette fin d'année.

Les souvenirs ressurgissent, de mes tendres années, de sucre mais surtout de coton fardé, de l'époque où l'école me terrorisait, malgré les meilleurs résultats, aux petites évaluations trop fréquentes à mon goût, déjà en ce temps là. Quelques souvenirs d'études mielleuses et révolues, entre le bac à sable et les premières cigarettes du collège. Des souvenirs, alors que l'université se profile dans mes rêves d'hypothétique bâchelier. Années de lycées, une foutue dieu page qui se tourne, un chapitre foutu, en fin de compte.

samedi, 24 juin 2006

Semblables: l'enfant lycéenne

Elles gravissent d'un pas léger et malin les marches du grand escalier central. La deuxième sonnerie vient de retentir, il leur faut se dépêcher et aller s'asseoir dans la salle de classe.

Dans son blue jean serré, elle va prendre place au troisième rang, dépose son sac sur la table en formica, rattache ses cheveux, par des gestes bien précis, cheveux châtains qui virevoltent dans ses mains, puis cloués par des épingles comme une toile posé sur un piedestal d'or. Sa nuque est à croquer, un petit duvet transparent s'y étale finement. Son haut noir laisse paraître des bribes du bas de son dos orangé et, d'un autre point de vue, ses hanches douces et fraîches.
L'autre s'assied en croisant les jamabes de façons à ce que l'on ne voie ses cuisses fermes qu'elle offre aux affamés, qui laisseraient tomber un stylo pour jeter un coup d'oeil, que dis-je, pour jetter leur langue, entre les cuisses de la fillette qui se croit femme. L'intellect importe tant pour elle qu'elle feuillette, studieuse collégienne à l'uniforme nippon, un magazine de cosmétiques. Et puis, les professeurs jettent des coups d'oeil agacés à la demoiselle qui parle fort, fait preuve de bêtise spontanée. A l'interclasse ne sort-elle pas le nécessaire à maquillage, se recoiffe et ravale sa facade qu'elle pense celle d'Aphrodite. J'appellerai ça, une putain banalisée, sans langue de bois et sans morfler, de remords quant à sa naïveté.

Les yeux perdus dans le bleu vitré des fenêtres de bois, elle rêve de l'ailleurs, nager avec les nuages et respirer la liberté. Ou peut-être à un homme, qui saurait la soulager du poids d'un monde, si peu rose lui semble-t-il. Comme une enfant, elle brouillonne le haut de ses pages de leçons, de quelques dessins, phrases scandées en des nuances de gris, petit coeur rouge baffé par la turpitude, y griffone le nom de l'amant rêvé, tristesse absoude et bue.
Inhalée la brume du tableaux d'ardoise. Inhalées la fumée de cigarette, du poète malicieux, au fond de la classe, affalé, malicieux et l'âme d'un cavalier bânni, sur son destrier peureux et fougueux. Mots, notes et bienveillance, à observer, du fond de la classe, affalé, les enfants, quel bonheur!
L'autre joue du clavier numérique et correspond sottement, de mèche avec ses compagnes nonnes vainement éduquées. Elle joue de l'image miraude que l'on aurait d'elle et de son cul énorme, bordé par la dentelle de sous-vêtements lubrifiés, qu'elle offre, à la vue des veaux, pots-de-vin aguicheurs. Du n'importe quoi, certainement pas femme-objet, au n'importe qui, pourvus que l'on l'observe, et que sa toilette du matin, comme l'étiquette du roi soleil, n'eût pas fait l'objet de quelconque griefs.

Elles courent rejoindre leurs amies dans la cour de l'école. Le soleil fouette les feuilles de l'arbre mort, les voix chantonnent à tous les coins. Les rumeurs cavalent le long des cigarettes. Les mains agrippent les gobelets de plastiques, chocolats chauds ou café déjà refroidis pour les plus hardis. Ah, les enfant lycéennes, qu'ont crées les dieux malsains, offertes à Bacchus, sur l'autel chrétien. Mais il y a aussi: les premières de la classe/la dépressive déguisées de noir dont j'ai usé pour tuer l'ennui, les pucelles qui ne s'assument pas, les romantiques accrochés à leur homme comme pour la vie, la poétesse colorée qui lit sur un banc.

Je lis ces libellés sur des murs qui s'effritent. Le vent ébourriffe les couleurs chaudes dans leur toison crânienne. Ah, les enfants lycéennes!