dimanche, 27 avril 2008

Des apothéoses

Connectez-vous et liez votre matière grise à des câbles électriques. Voilà, jonglez entre les différents univers en sautant d'une fenêtre à l'autre, espaçant bien les pieds au-dessus du vide. Les claviers sont devenus des armes meurtrières à maigre échelle, juste de quoi attirer nos doigts et les engluer. Nos ongles se détachent et tombent entre les touches. La poussière s'insinue dans nos oreilles et les cheveux qui poussent sont électriques. Certains sentiments ne sont plus que des ondes qui transpercent les baignoires. Le rideau s'ouvre lorsque les écrans s'émeuvent des spectacles inconnus.

Avez-vous peur lorsque vous vous masturbez, recroquevillés sur vous-même, enterrés au fond de draps moites? Est-ce que les images nues et colorées que vous créez derrière vos pupilles vous plaisent? A la concentration des différents mondes parallèles l'on peut recréer les soupirs de l'univers. A la différence qu'il se désintégrera comme un avion en feu traversant les nuages. Est-ce que la trouille vous étrangle comme un ami-assassin que l'on aurait invité avec plaisir? Maintenant rappelez-vous vos cauchemars d'enfance, et leur récurrence se fera mensongère, bien que révélatrice des larmes que l'on refoule à tout va.

Se cachent les froissements de la honte comme des feuilles de papier. Connaissez-vous l'intimité, toutes ces fois où l'on aurait du mourir en pleurant dans les coins obscurs de cartons entassés,retournés, le dos à l'instant, magique. Les codes d'accès sont devenus l'essentiel. Les distributeurs d'argent ne réagissent pas à la pupille des yeux fixes, reflétant encore la lumière des opérations bancaires. Tout va bien, nous sommes sécurisés jusqu'au cercueil. Tout va bien, les sensations s'épongent dans le voyeurisme des toiles réseautiques.

J'ouvre la fenêtre pour laisser s'envoler des papillons d'argile. Leurs ailes sont restées à terre, se consumant encore comme des cigarettes mal écrasées. Au dehors, rien n'est réel. Il n'existe rien. Mon obsession de la fin me pousse à me fracasser contre les secondes.

Leurs aiguilles plantées dans les mains me tiennent éveillé.

vendredi, 18 avril 2008

Mort en différée

Les vertiges envahissent la tête tourne tourne sur elle-même et les jambes ne sont plus très sûres d'elles au moment de se lever. J'aurai pu voir la table basse s'avancer dangereusement au coin des systèmes nerveux. Le risque syncopal s'accroît au volant lorsque j'amène les virages à reculons. A l'aller, une grosse bagnole pleine d'ordures propres me double à la sortie du tunnel. Par fierté et parce qu'il faut parfois savoir remettre les prétentieux à leur place, j'enclenche la vitesse inférieure pour accélérer de façon plus franche. En tournant la tête, je remarque que la femme blonde qui riait bien quelques instants plus tôt s'en trouve tout de même un peu vexée.

sous la douche chaude, alors que je frottai mes cheveux délicatement et sans en oublier un seul, m'est revenue la pensée d'une mort soudaine, presque prévisible. Je ricanai en songeant que cela ne m'arriverait jamais. Pas maintenant, mais plus tard, forcément. Une douleur dans la poitrine me ramène à la réalité tandis que j'étouffe de cheveux et de mousse shampouineuse.

Quant à la pièce, elle est toujours incapable de se décider.

lundi, 07 avril 2008

Cloches d'instants

Ecraser vos parents sur le bord d'un trottoir dentelé par des roues de camion. Il suffit de très peu: une accélération au plancher tremblant et un coup de volant brusque, net pour les bavures des aérosols mielleux durant le vol plané des autorités. Vos parents, vos professeurs, l'éclat des ordre, la démêlée des chaînes symbiotiques, tout cela peut voler en éclat dans l'imagination. Sans même recourir à la force l'on peut s'éloigner des billets de pointeuse perdus entre les égouts de cendriers pleins.

La neige s'écrase en faisant un bruit sourd sur le pare-brise balayé à intervalles réguliers par les essuies-glace fondant. L'odeur de caoutchouc qui s'ensuit est aussi nocif que le sang et la sueur de nourrissons fraîchement avortés. Le cirque aura fermé les portes de son musée des horreurs et l'aura remplacé par celui des merveilles et des doux moments. Voilà ce que les gens veulent, ces choses simples qu'ils ont perdues une fois les menottes passées. Visions d'amputation cérébrales à l'entrée des institutions.

Et lors des étreintes qui durent jusqu'à l'aube des fleurs pousseront entre nos doigts emmêlés. L'instant et les halètements se répercuteront contre les murs où flottent la fumée de cigarettes. Explosions de vie.

samedi, 29 mars 2008

Foire fadette

Ne photographiez pas les animaux au cirque. Ils sont identiques aux purgatoires humains. Des chaînes électriques les empêchent de se mouvoir selon des volontés disparues. Nous cherchons à fuir une fin qui nous a déjà trouvés, traqués dans les recoins d'une cage. La porte est ouverte. La porte est entrouverte!

Les affres de la peine capitale qui s'éteint dans le temps où les feux tricolores reculent devant le devoir de régir les courses folles. Il n'y a plus de temps, les nuits ont disparu sous la pluie battante. Le clown s'est fait la malle tranché pour de bon lors d'un dernier spectacle. Il respirera encore, haletant, en sueur, le garrot gonflant toujours la veine de l'héroïne.

Torturez-vous monstres de pauvretés. L'incandescence s'étale dans les verres d'alcool. Le haschich paralyse plutôt que d'éclater l'inconscient. Vision du dernier cirque dont le premier numéro sera le jugement des inexistants. Continuez de rire et de parler il sera bientôt temps de partir. Pour les passagers inconvenants, la ceinture de sécurité sera délicatement enroulée autour du cou.

vendredi, 28 mars 2008

Ânerie

Jeffrey n'est guère plus qu'un âne en peluche, douce et tendre, qui attend sagement que je rentre. Il est d'une clairvoyance sans limites, et sa spontanéité en laisserait plus d'un pantois. Imaginez lui une voix légèrement grave, façon marionnette de cirque urbain.

"C'est pas une heure pour rentrer, Mike.
-Je sais. D'ailleurs, je vais rouler un petit pétard, ça te tente?
-Non merci, paie-toi un bon voyage surtout.
-T'inquiète pas Bobby, on tiendra bon."


Et dire que ce n'est qu'une peluche. Je vous parlerai de son jumeau, qui se trouve dans la voiture et sert de parfait copilote. Mais un autre, demain. Enfin, tout à l'heure. Ou demain. Bref.

samedi, 08 mars 2008

Digitaline

Et les dents qui voudraient tant cisailler les ongles jusqu'au sang, jusqu'à la perte de conscience instantanée. Les oiseaux minaudent dans la nuit sans fin, comme si leurs chants étaient désespérés au point de vouloir transmettre les solitudes aux fêtards qui, eux, parviennent à dormir. Il pleut lentement, le temps s'est arrêté et les immeubles se meuvent d'une inconstance pâle. Il pleut et il n'est plus d'appels possibles. La Lune s'est placardée planquée dans les recoins hors-cadre.

Dans une autre vie les perdants seront définitivement morts. La trouille nous saisira jusqu'à nous forcer à avancer vers l'inconnu. Les amphithéâtres pleins et clos d'inutile seront la perpétuité de la perte du libre-arbitre. Il y aura les grillades de bétail encore vivant sur les parkings enterrés.

J'ai croisé ses yeux, et le silence à répondu.
Pour cause du manque de circonstances, la lâcheté et l'incroyable énergie déployée à l'auto-destruction pour la création, il faudra vivre jusqu'à nouvel ordre. L'état s'insinuera jusque dans les pensées les plus profondes, avant de les dilapider à coups de lasers à l'image de pièces de monnaies. Groggy j'aurai perdu le sens de la parole et mettrai fin aux injections du chant des oiseaux pleurnichards. La Lune maligne se planque dans le noir, dans le puits dont le fond sans cesse réclame.

L'impasse sera détruite à la dynamite lorsque je serai capable de demander, en guise d'abandon ultime "Aide-moi, je n'en peux plus, j'ai besoin d'aide." J'attends que la déchirure se fasse par les griffes de la nuit les griefs du hasard la solitude des jours atroces. Mon coeur respire la digitaline. Je lui apporte la consomption de l'être, des malentendus les plus drôles. Au soleil conduire jusqu'à l'inavouable néant.

vendredi, 07 mars 2008

Créance

Ma main tremble lorsque je craque une allumette. Ma cigarette allumée, je laisse la flamme filer sur le bois avant de l'éteindre d'un souffle et de l'envoyer vers le vide. Ayant abandonné l'idée de m'endormir tôt cette nuit, j'ai réouvert fenêtre et volet, sceaux des angoisses incertaines et de l'insomnie. Trop épuisé pour trouver le sommeil, frère de la mort selon les Antiques. La question est de savoir si j'échapperai éternellement aux deux. Il est bien évident que non. J'avale deux cachets effervescents de codéine et deux gélules de paracétamol pour calmer la douleur de mes yeux, tant intense que la moindre lumière artificielle en devenait insupportable. D'un coup le corps se détend et redevient à l'entière disposition de l'esprit. L'infini de la page du traitement de texte patiente. Mes carnets sont éparpillés sur le lit, où se trouve aussi, grand ouvert, un cahier d'écolier grand format dans lequel je travaille un recueil entièrement revu, avec acharnement. Il manque quelque chose à ma poésie, et je ne parviens à mettre le doigt dessus. Peut-être manque-t-il de l'alcool et de l'extrême. Ou tout bonnement une certaine régularité, et un équilibre relatif.
J'ai le sentiment de flotter en accompagnant la fumée de ma cigarette roulée à la main. Déjà la deuxième depuis le premier mot. Je ne vais plus en cours, réduit ma vie extérieure au strict minimum. En journée, je ne sors que pour aller au bureau de tabac et à la médiathèque, m'y ravitailler en lectures et en cinéma. (Une ou deux minutes à peine que j'ai écrasée la cigarette que déjà un manque, très certainement psychologique, se fait ressentir. La seule solution est d'en allumer une autre) Alors, j'en profite pour aiguiser mes observations, remplir un autre carnet dans lequel je réunis des notes en vue d'un projet de roman. Projet étant daté d'avril 2006. Et ne verra certainement jamais le jour. Comme pour tous les autres. Si encore je parvenais à ne me concentrer que sur l'un d'entre eux. Si encore j'avais un don indéniable. Même pas. Il m'arrive parfois de lire l'ensemble de cet espace virtuel, ainsi que l'énorme quantité de papier déjà rempli que je trimballe constamment dans ma sacoche. A quelques exceptions près, tout cela me décourage et souvent me vient l'envie de tout effacer, de tout brûler et réduire ces trois dernières années à une simple poignée de cendres. Je ne peux cependant m'y résoudre, comme si tous ces mots étaient la seule preuve de mon existence récente. Au même titre qu'un appartement acheté à crédit, que les déclarations et les preuves d'amour de deux êtres complices et liés l'un à l'autre dans une pureté inébranlable, que toutes les femmes conquises par un célibataire chevronné. Il me semble qu'en détruisant tout cela, il me faudrait recommencer à zéro. Sentiment de ne rien être en dehors de tous ces mots.
Il est indéniable que cette fille me plaît. Je me surprends même à envisager de ne plus rester replié dans l'espace infini d'une prison sans portes. Cela paraît possible. Peut-être suis-je malade et en profonde dépression depuis plusieurs semaines. Ou plusieurs mois. Si c'était le cas, je l'aurai su il y a déjà bien longtemps. La quatrième cigarette me rend nauséeux. Me revient une citation de Capote, sur lequel je travaille en ce moment à titre personnel: "Il est absolument nécessaire de se rendre solitaire si l'on veut devenir écrivain, si l'on veut se donner sans réserve à ce métier." Et dire qu'il y a de fortes chances pour que, comme le reste, tout ça ne soit qu'un monstrueux ramassis de conneries. Lorsque j'en aurai terminé (mais quoi donc?! quelle insensée poursuite chimérique!), je ne serai plus qu'à ramasser à la petite cuillère, et personne ne sera assez stupide pour s'aventurer à m'approcher. Il reste de rares amis. Et dire que je ne leur ai jamais signifié leur importance. Ni même remerciés. Quel lamentable pathos. Pourquoi tant de pression, sans doutes pour échapper à certaines peurs, et combler ce satané vide commun à chacun. Je perds le fil. Oublions tout. J'y retourne.

mardi, 12 février 2008

Dédain des dalles

Un jour je les remercierai de faire naître, lorsque je sens le délassement trop soudain, cette rage d'exister qui me procurerait de l'énergie jusqu'à l'épuisement fatal.

samedi, 09 février 2008

Brèches

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(Le buveur d'absinthe, Jean-Daniel Ihly, 1902.)

Inexplicable, il semble que cette nuit va être longue. Il me faudrait quelques verres et de l'herbe pour parvenir à trouver le sommeil, ou au moins à m'échapper quelques heures d'ici. Volontairement isolé, je ressens la métamorphose qui s'est produite bien malgré moi. Je n'ai plus que le minimum de la notion du temps et ma mémoire me fait régulièrement défaut. J'enchaîne à nouveau les cigarettes à un rythme infernal et souffre dans ma chemise, au beau milieu de la fumée. J'étais pourtant parvenu à trouver un certain repos. Il me faudrait brûler tous ces papiers, pour enfin commencer mon propre deuil. De nouveau ces voltes-face, entre l'impression de contrôler parfaitement la situation, et celle de perdre pied, encore un peu plus.

Brièvement le besoin d'une présence se fait ressentir, parfois. Et puis je m'y refuse. Cela me paraît trop facile, il ne faudrait pas ressembler à ceux-là. Ou alors est-ce tout bonnement de la paresse, et de la peur. Je réalise l'intensité de cette histoire, sans que cela fasse mal. Ne plus savoir, ne plus rien vouloir savoir, et se contenter de rester muet. Attendre, car voilà ce que je sais faire le mieux, et qu'il me tarde de mettre ma patience à l'épreuve. Après tout, rien n'est grave. Que ferai-je sans cette souffrance qui me fait librement adorer chacun de ces instants. Mettons que ces mots ne sont que du tabac froid, sans aucune saveur, aucune consistance, aucune réelle justification. Il faudrait dormir toute une vie pour se sentir enfin reposé.

Ciel étoilé, allumer une autre cigarette.

vendredi, 01 février 2008

Martingale

Tous les écrans ne mériteraient que l'implosion pour avoir pulvérisé toutes ces innocences. Il faut les étrangler avec leurs propres câbles jusqu'à ce qu'ils sanglotent quelques pardons mauvais. Ne les croyons pas, car nous y sommes enchaînés. La technologie est parfois source de hasards bienveillants lorsqu'elle n'englue pas ses possesseurs dans les miasmes de caoutchouc et de plastique.

Il faudrait laisser la maladie étreindre peu à peu le corps, qu'elle émane de chaque pore de la peau comme le foyer rouge et brumeux d'une cigarette. L'ennui ne voile pas le temps, il en offre à défaut de s'occuper de se maintenir en santé conditionnelle. Viendra le jour où les générations futures naîtront dans des emballages pressurisés. La vie lyophilisée s'empruntera dans un sachet de papier. Ajoutez-y les ingrédients qui vous inspirent le plus, pourquoi pas un peu de tabac et d'alcool. Amsterdamer Original est un mélange de tabacs blonds sélectionnés parmi les meilleurs crus cultivés. Pour votre bon plaisir il suffira de passer le tout au micro-ondes quelques minutes durant, en évitant soigneusement d'y mêler tout objet métallique. La date de péremption se suffira à elle-même et ces êtres de boue, votre propre création, bien personnelle et qu'il serait interdit de juger futile, fondra comme neige au soleil. Il suffira de recommencer.

La nostalgie de ces quelques mois de transcendance pure. Il n'y avait rien d'important, car tout m'était agréable. L'ivresse de l'instant reste la même et l'état de solitude n'a lieu que lorsque l'on le mentionne. De ce fait il n'y a plus rien à redire et j'arrache les papiers de leurs intercalaires édulcorés. Ce n'est plus la même chose que hier. Il suffit de se dire cela chaque matin pour que le sel prenne un tout autre goût, celui de la rapidité et de la brûlure, formidable explosion dans le ciel. Voilà qui est peut-être à plusieurs centaines de kilomètres d'ici, là où l'inconnu surpasse le réel. Et si tout ceci n'était qu'une gigantesque illusion permanente, le dernier coup de pute des dieux qui se fendent bien la poire en nous regardant nous tortiller comme l'on écraserait une fourmilière. En ce cas la moindre importance à accorder serait de se précipiter sur des perles-secondes, celles-là mêmes que l'on jugerait insaisissables une fois qu'elles sont terminées, loin derrière et floues dans les rétroviseurs. Je propose en remède pour les os douloureux des coups de marteau, bien secs et destructeurs. Cela servirait d'apprentissage forcé de la vie, à la dure sans main de bois mais avec un dos de cuillère en fonte. Comprendre que tout peut changer le lendemain, que le statique n'est que le proxénète des mirobolants. Vivre et laisser vivre, en souffrant de liberté. Et des poisons indéfinis.

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