25.11.2006

Série inhospitalière: partie V

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Ainsi, je rentrai chez moi, épuisé suite à cette épreuve que l'on pourrait juger relativement éprouvante. Il me fallut un peu moins d'une bonne dizaine de minutes pour monter quatre malheureux étages, j'étais bienheureux de pouvoir retrouver mon confort et me plaisais déjà à m'imaginer en train de lire, affalé dans le canapé. Il n'en fut rien, je demeurai assis, droit comme un piquet, prenant garde à mes mouvements, d'ailleurs bien limités par le corset de maintien. Tous mes membres avaient morflé de ce séjour touristique, je tremblais pour un rien et avait sans cesse besoin de repos. A peine avais-je pris le temps de souffler un petit peu, que je devais aller chez le kiné, à deux entrées de chez moi, pour y prendre de nouvelles séances, cela faisait déjà deux ans et demi que j'y allais régulièrement, par intermittence, en périodes plus ou moins longues.
"Et bien, ca faisait un petit moment, comment ça va, de nouveau des douleurs dans le dos?
-Bah, je sors de l'hôpital, je viens de me faire opérer, il me faudrait de la réeducation.
-Okay, pas de problème, tu verras ça va aller mieux très vite."


Après ce retour en demeure, je pouvais encore profiter de deux semaines de "vacances", ne reprenant exceptionnellement les cours que début octobre, convalescence oblige. C'était une nouvelle vie qui commençait, en quelques sortes. Il me fallait réapprendre tous les gestes de la vie quotidienne. Je demeurais en angle droit parfait chaque fois que je m'asseyais. Il me fallu deux semaines pour pouvoir mettre des chaussettes sans aides, trois pour les chaussures. La première semaine qui a suivi ma sortie de l'hôpital, il fallait que mon père m'aide à me laver. J'arrivais, en usant d'une gymnastique tordue, à m'habiller comme un grand, mais mon humiliation n'avait donc pas pris fin.
Début octobre, je tentai de reprendre le train en marche. J'avais récupéré tous les cours, tout était réglé au niveau de l'administration du lycée. J'étais dispensé de sport pour toute l'année, d'ailleurs cela faisait déjà bien deux ans que je n'en avais pas fait à l'école, si ce n'est une moitié de trismestre en debut de seconde, tout cela grâce à ce dos mal foutu.
Et puis, jours et semaines passèrent, et je retrouvai peu à peu une liberté de mouvement, quoique bien restreinte. Les séances de kiné, trois fois par semaine, m'aidaient à remuscler mon dos, et mes bras. Laissez vos muscles totalement inactifs deux semaines durant et vous obtiendrez un vieillard. J'avais aussi droit à des massages, afin de rendre ma cicatrice la plus belle possible. Il fallait aussi que je prenne garde à ne pas grossir si je ne voulais pas retourner à l'hôpital refaire un moulage de mon gilet pare-balles. J'avais perdu six kilos à l'hôpital, et ne les ai jamais repris, cela tombe bien, j'en avais quelque peu besoin. En cours, deux amis s'amusaient parfois à faire un duo de batteries sur le corset. Un jour, le prof avait même cru que l'on avait frappé à la porte. Ce fut de bons moments, il fallait bien en rire, de toutes façons. Je pouvais enlever cette prison de plastique très dur début février.
A la mi-janvier, je décidai un matin de ne pas le mettre. Je marchais ainsi tout chancelant jusqu'à l'arrêt de bus, mais je respirai. Il n'y avait plus qu'à reprendre l'habitude d'être "à nu" et tout irait pour le mieux.

Ce fut une affaire de six mois, opération et convalescence comprise. Tout cela ne laisse pas forcément de bons souvenirs, mais qu'importe, je suis vivant, et sur mes deux jambes, cela n'a pas de prix. Je porte encore de minces stigmates de cette période. L'on me verra très rarement courir, quoique cela est plutôt dû aux poumons de fumeur, ou effectuer quoique ce soit de trop téméraire. Je suis à peu près libre de mes mouvements, mais il est pas mal de choses que je ne peux faire, sans risquer des douleurs lancinantes. Rester plusieurs heures assis à mon bureau y suffit déjà amplement. Lorsque je fais tomber un objet par terre, l'on me verra toujours plier les genoux pour le ramasser. Un jour, il n'y a pas si longtemps que cela d'ailleurs, l'on m'a demandé avec humour et sérieux, si ces foutues barres en titanes pourraient gêner lors de certaines rapports physiques. J'avais répondu que je n'en savais rien du tout, la crémaillaire n'ayant pas été faite, mais que cela était néanmoins une légère appréhension, tout de même.

Deux ans plus tard, il me faut toujours un bon quart d'heure pour trouver une position à peu près agréable dans laquelle m'endormir, mais l'on s'habitue à tout cela. L'on me demandera peut-être à raison pourquoi j'ai voulu retracer ici cette formidable aventure. Je ne cacherai pas que c'était tout d'abord à profit personnel. Cela m'a permis de revisiter cette période, de me rappeler ce par quoi je suis passé, bien que ce ne soit pas non plus phénoménal, et surtout, ce que j'ai évité. De façon indirecte, j'aurai pu tout aussi bien parler de ceux qui jouent aux cons avec leur santé et s'en plaignent après, sans en assumer les conséquences, ou qui sont tout simplement inconscient, quémandent plaintes et attention pour une petite visite à l'hôpital. Je m'en contrefous, ce n'est pas mon problème. Avec du recul, je puis dire que c'est à Nancy, à l'hôpital central, que j'ai appris que du moment que l'on se levait sur ses deux jambes, chaque matin, alors, tout était possible. Bien sûr j'ai aussi eu une période où je pensais être un martyr, et m'occrtroyais pas mal de liberté sous prétexte que. Mais voilà un an que je suis bel et bien vivant. Je vis souvent dans l'excès, mais en assume les conséquences, toujours.
Dans mon Eden messin, je rencontre souvent un homme, peut-être la quarantaine, en fauteuil roulant électrique. Alors, je lui demande sincèrement comment il va, et discute avec lui. Je suis en mesure de comprendre, en maigre partie cependant, ce qu'il endure. Peut-être le voit-il dans mes yeux. Je n'éprouve aucune pitié pour lui, mais énormément de sympathie. Il habite à deux rues d chez moi, et cela m'arrive de le croiser lorsque j'attends le bus, alors l'on discute un peu ensemble, jusqu'à ce que mon bus arrive, et l'on se dit "à tout à l'heure, au shanon". Lorsque je lui demande comment il va, toujours il me répond:
"Oh, ca va, il faut bien non?". A ces moments-là, j'appercois un instantané de vie dans toute sa splendeur, dans toute sa pureté. En entendant de simples connaissances se plaindre de menus problèmes dont ils sont responsables, j'ai parfois du mal à contenir un cynisme gratuit. Et puis, après tout, peut-être apprendront-ils un jour qu'être vivant est à la base de tout.

Je souris en terminant ces lignes. En soi, cela aura exorcisé quelque chose, que je n'avais raconté qu'à une seule personne jusqu'à maintenant. Je vais monter le son de la musique, me préparer un café et fumer une cigarette, en regardant par la fenêtre toutes les myriades de possibilités, toute la vie qui se trouve dans le nuage le plus gris.

"I'm the Lizard King. I can do anything."(Jim Morrison)

23.11.2006

Série inhospitalière: partie IV

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Et commença alors un long séjour dans cette chambre d'hôpital. La douleur n'était plus présente, mais il n'en restait pas moins que je ne pouvais faire quasiment aucun mouvement. L'on décida de me foutre la paix les premiers jours, qui s'écoulèrent très lentement, tous identiques.
Le matin, j'étais réveillé par l'infirmière chargée de m'apporter mon petit-déjeuner, composé d'un subtil plateau-repas, comprenant un chocolat chaud, un jus de fruit, du pain et des petites portions de confiture et de beurre. Je décidai de faire remplacer le chocolat par un café noir, bien chaud, et qui m'aiderait déjà à commencer la journée avec plus d'entrain. Du reste de ces repas matinaux, je fis comprendre qu'il n'était pas nécessaire de m'apporter quoique ce soi d'autre qu'un grand bol de café chaud, lequel j'épprouvais déjà bien des difficultés à avaler. Il était en effet posé sur l'une de ces tables à roulettes qui feraient le bonheur des jeunes couples. Il me fallait régler mon lit électrique en hauteur, afin d'être légèrement plus haut que la tablette en question, puis, par une incroyable gymnastique déjà décrite, me mettre sur le flanc gauche, en évitant au maximum les faux mouvements qui parvenaient toujours à m'arracher un ou deux gémissements. Je tentais ensuite d'attraper mon bol, de deux mains tremblantes, et de m'arranger pour le porter à mes lèvres sans en foutre partout sur les draps. Venait ensuite l'heure de la toilette. Sur cette même tablette étaient déposées mes affaires de toilette et une bassine d'eau chaude. Là encore, de quelle dextérité il m'a fallu faire preuve pour au final me débarbouiller grossièrement, comme un chat. Le reste de la matinée s'évaporait au rythme des émissions de télé, des visites de la kinésithérapeutes, qui me faisait faire des exercices peu douloureux mais néanmoins éprouvants, afin de retrouver le contrôle de mes jambes. Le repas de midi était apporté. Encore une fois, un vrai calvaire de galérien, devant tenir en équilibre sur mon flanc, et devant tenter de découper la viande et d'utiliser les couverts, avec des bras faibles dont je n'avais pas l'entier contrôle. Les après-midis, je recevais mes parents en mon humble demeure. Il n'y avait rien à se dire, simplement, cela me faisait une compagnie jusqu'en début de soirée, vers 18h, alors que le repas du soir était distribué et que ma mère se portait volontaire pour couper ma viande et me donner la becquée. Je ne finissais jamais mes assiettes, et comprendrais par la suite mon erreur. C'est à cette époque que j'ai appris à apprécier l'émission de Ruquier "On a tout essayé" sur France 2. La soirée se passait de façon larvatique, devant la télévision, mes parents étant partis dès lors que le chirurgien était passé faire sa visite de routine. Vers onze heures du soir, un infirmier passait voir si tout allait bien, et me faire une piqûre dans la cuisse, afin de faciliter la circulation sanguine dans mes jambes, demeurant désuètes. J'avais même le choix de la cuisse "Oh, pas la droite ce soir, elle en a une de plus que la gauche, elle est jalouse". A la fin de mes vacances, je me retrouvais avec six bleus sur chaque cuisse.
Le plus dérangeant durant ces journées, outre le fait que j'étais constamment allongé, était de devoir sonner l'infirmière à chaque fois que je ressentais le besoin d'aller aux toilettes. Pensez-vous qu'elle me conduisait patiemment jusqu'au trône et m'y laissait? Du tout, cela aurait été irréaliste, cela faisait plusieurs jours que je demeurais en position allongée, sans même me mettre assis. Ainsi, je me retrouvais avec un urinal, bouteille en verre d'une forme bizarre, dans laquelle il me fallait pisser. C'est humiliant mais l'on s'y habitue. Une fois la petite commission terminée, je posais le jus sur la table de nuit, et attendait qu'une infirmière vienne m'en donner un propre. Et puis, cela a commencé de changer peu à peu.
Lors de la deuxième ou troisième nuit passée dans cette chambre, je me réveillai en sueurs froides d'un rêve fiévreux. Je me souviens avoir eu un cathéter posé sur le torse, au dessus du coeur, et qui aurait pu servir au cas où il aurait fallu m'administrer des médicaments d'urgence, et ainsi éviter d'autres boucheries lors de prises de sang. N'avais-je pas trouver moyen d'arracher les bandes de ruban adhésif stérilisé, d'arracher le cathéter, d'extraire le très fin fil passé dans la veine, servant à diffuser les liquides. Je l'avais tiré avec précaution entre deux doigts, pour l'extraire hors de cette fichu veine. Tout cela dans le noir, et sans m'en rendre compte. Et puis une douleur aigüe m'avait réveillé: un point de suture servait à fixer l'embout de plastique, j'avais tenté de le forcer, en vain. J'allumai la lumière et découvrai du sang sur ma poitrine, l'adhésif arraché, ma peau irritée, et le fil récalcitrant, solidement relié au reste de la peau. J'appelai l'infirmière de nuit.
"Oui, que se passe-t-il? Oh, mon dieu mais qu'est-ce que t'as fait, on t'avait dis qu'on t'enlèverait ça demain matin.
-Désolé, je m'en suis pas rendu compte, j'ai fait ça pendant mon sommeil.
-Et bien, on va finir ça, c'est presque du beau travail que tu nous a fait."

Un matin, l'on vînt dans ma chambre pour m'emmener faire le moule de ce qui serait mon corset de maintien. L'on m'aida à me mettre assis, je blêmi d'un coup sec et eu de sacrés vertiges. Au bout d'une demi-heure, trimballé en brancard dans les couloirs de l'hosto, l'on me fouta la paix, après m'avoir enduit de bands de plâtres chaud, d'abord dans le dos, puis sur le devant.
Les jours passaient, je n'avais pas encore réellement commencé ma rééducation, mais était devenu maître dans l'art de me mettre assis dans les règles de l'art. Et vînt aussi le moment de la libération de mes intestins: la première chiée depuis une dizaine de jours, allongé, et étant parvenu à installer un haricot en aluminium spécialement adapté. Humiliant, encore une fois. Mes intestins en avaient pris une baffe dans la gueule, mais cela allait mieux, tout d'un coup. Il fallu ouvrir grand les fenêtres, et donner le paquet-cadeau à l'infirmière.
Petit à petit, je réapprenais à me mettre debout, ne serait-ce que quelques secondes. Puis je trottinais par petits pas saccadés à travers ma chambre, tenu par la kinésithérapeute. Dès lors que la réeducation fut entamée, l'autre évènement fondamental de ce séjour, en déhors de cette chiée mémorable, fut les expéditions aux bains-douches. L'opération consistait à me sortir de mon lit pour me mettre sur un brancard recouvert de toile bleue. L'on me trimballait une nouvelles fois dans le service enfant, nu et recouvert bien évidemment d'un drap, afin de me mner dans une pièce d'eau, où l'on me plaçait en dessous d'un pommeau de douche, que je pouvais activer à souhait à l'aide d'une commande et ainsi, tous les deux jours, m'offrir le luxe d'une douche et d'un shampoing dans les normes. Jamais je n'avais ressenti autant de bonheur à pouvoir me laver d'eau chaude et de gel douche. Enfermé dans l'air fétide de ma chambre, ces escapades étaient toujours un réel plaisir, chaque fois je passais plusieurs minutes à me savonner, me rincer, me couvrir d'eau chaude des pieds à la tête, à malaxer ma chevelure, à l'époque en toute jeune pousse.
Les jours continuèrent de passer et, chaque soir, j'attendais impatiemment la visite du professeur, chargé de dire si je pouvais ou non sortir d'ici. Il était toujours accompagné de sa petite troupe d'étudiants, qui me donnait l'impresison d'être un animal que l'on vient oberver en prenant des notes. Le verdict était logique, il me fallait pouvoir marcher de façon autonome avant de sortir. Alors, à chaque séance avec la kiné, je me battais, afin de sortir d'ici au plus vite. L'affaire fut vite réglée, le médecin me prenant d'ailleurs en exemple face à un autre garçon qui avait subi le même genre d'opérations, mais qui lui semblait se omplaire à rester enfermé dans sa chambre, dans le noir et devant la télé, sans faire aucun effort en matière de réeducation. D'ailleurs ma combativité en a étonné plus d'un, moi en premier lieu. Avec beaucoup d'efforts, je me suis remis à marcher, bien que lentement et toujours sur des distances très courtes, en beaucoup moins de temps que prévu. Les matins, seul dans ma chambre, je tentais quelques pas. Il m'arrivait de trébucher ou de ressentir de lourds vertiges mais je m'accrochais, et tenais bon. Il me fallait sortir de cette tôle, et il n'y avait pas d'autres solutions. Puis j'eus mon corset à essayer, et réessayer, devant être découpé par endroit. Il fallait que sa présence ne m'incommode qu'un minimum avant ma sortie de l'hôpital. Le médecin passait toujours les soirs et il s'avéra que j'avais trop maigri et était trop faible pour sortir. Dès lors, j'avalais chacun de mes repas, petit-déjeuner compris, et comptais chaque demi-journée qui passait. Nerveusement, c'était épprouvant, je gaspillais le peu d'énergie que j'avais à ruminer cela et à pester contre ces foutus médecins. A présent, j'étais autonome, le minimum syndical, du moins.
Et puis, un soir, cela fut décidé, mes parents pourraient venir me chercher le lendemain après-midi. Il faillit y avoir du grabuge avec la chef du service rééducation, non pas la kiné sympathique qui m'avait aidé à me remettre d'aplomb, mais une vieille conne qui s'était mis Martel en tête de me coller dans le centre spécialisé, celui-là même où fut décidée mon opération, afin d'y mener ma convalescence. Ma mère fut catégorique, je rentrerai à la maison, il n'était pas question que j'aille là-bas. Je ne crois pas n'avoir jamais vraiment remercié mes parents d'être venu chaque après-midi et de s'être ainsi occupé de l'handicapé de la famille. Ils avaient été mes seules visites, hormis un peu de famille. Bien sûr j'avais le téléphone, et appelais un ou deux soirs différentes connaissances, ainsi que mon meilleur ami, surpris de m'entendre, encore vivant, et qui vivait bien sa vie, là-bas, tandis que j'endurais le premier chemin de croix de mon existence.
J'avais déjà remballé toutes mes affaires lorsque mes parents arrivèrent. Ils m'aidèrent à m'habiller, j'enfilais une chemise et ma veste en cuir. Après tant de temps, il était plaisant de se sentir soi-même, au niveau de l'apparence. J'allai remercier toutes les infirmières, toutes réellement étonnées de me voir "remis" si vite, et m'ayant à peine reconnu, une fois que j'étais sorti de cette blouse blanche. A mon rythme, je trottai jusqu'à l'ascenseur, mon père portant le sac de voyage. J'avais refusé le fauteuil roulant proposé, ayant déjà eu droit à une promenade dans les alentours de l'hôpital, poussé par ma mère.

Car c'était bel et bien vivant et sur mes deux pieds que j'avais décidé de sortir d'ici.
J'ouvrai la portière. Il em fallu bien deux minutes pour entrer dans la voiture. En tout, j'avais passé un peu plus de deux semaines à l'hôpital, mais voilà, c'était terminé, et rien ne valait le fait d'exister, sur mes deux jambes, alors que tant n'avaient pas eu cette chance et demeureraient handicapés à vie.

22.11.2006

Série inhospitalière: partie III

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Mes bras et ma tête n'étaient plus que du coton imbibé d'eau tiède. Mes jambes et mon tronc, quant à eux, n'étaient plus rien, si ce n'est des poids morts. J'ouvre les yeux après un long voyage dont je n'ai gardé aucun souvenir. A mes côtés, j'entends des machines qui ronronnent. Au-dessus de mon visage, le joli minois d'une jeune infirmière empêche les néons vifs de pulvériser mes yeux. L'on m'informe que je me trouve en soins intensifs, l'opération s'est bien passée, semble-t-il. Alors que mon index droit est encore relié à ce foutu détecteur dont la diode rouge rend mon ongle fluorescent, mon pouce gauche est quant à lui placé sur le bouton de la pompe à morphine. A la moindre douleur, il ne faut pas que j'hésite à appuyer, de toutes façons, je ne risque rien, cette machine est réglementée afin de ne provoquer une overdose.
Quelques secondes plus tard, une lame transperce ma colonne vertébrale, au niveau du milieu du dos. Elle ressort, retransperce de plus belle. C'est à ce moment que je commence peu à peu de reprendre mes esprits. J'appuie sur le bouton magique, effectivement la douleur se voit vite calmée. Jamais je n'avais connue pareil terrassement. Douleur, douleur, une seule, qui se situait en un ou plusieurs points précis, et qui allait jusqu'à me faire tourner la tête. Il n'est même pas de métaphore possible pour la décrire. En quelques minutes, je dresse un tableau plus clair de la situation.
Je suis allongé sur le dos, au centre d'une grande pièce qui me semble ronde. Des appareils font leur boucan autour de moi et bien en face, se trouve un poste de télévision, à une distance que je trouve éxagérée pour pouvoir suivre quoique ce soit. Effectivement, la pièce devait être grande. A part mes bras, et ma tête, j'éprouve d''énormes difficultés à me mouvoir. L'infirmière me demande de bouger mes orteils, pour vérifier que la mœlle n'a pas été touchée, que le jus passe bien dans tout le circuit nerveux. Au pris de maints efforts, j'y parviens. Tout mon corps est à l'arrêt, je ne peux pas bouger.
Quelques minutes, ou peut-être quelques heures plus tard, il m'est impossible de le préciser, la morphine m'ayant complètement abruti l'esprit, je vois mes parents qui entrent dans ma chambre, en costume de cérémonie pour entrer dans les soins intensifs. Le visage de ma mère montre qu'elle a pleuré de soulagement. Mon père semble un peu pommé, voire carrément à côté de la plaque. Qui aurait cru que des choses pareilles allaient se produire? Le professeur arrive, à son tour me demande de bouger mes orteils. J'obtempère pour le plaisir de tous. D'ailleurs si cela continue, je demanderai une commission à chaque fois que je devrais faire le chien de cirque. Et puis, sur la vitre lumineuse, il applique deux garndes feuilles de plastiques sombres: les radios de mon dos après l'opération. Génial, un vrai mutant. Effectivement, on le voit bien, le fameux montage, de chaque côté du pont d'os, et ses vis qui passent on ne sait trop où. Le vieux docteur aussi, était bien content que l'opération soit terminée. N'a pas été de la tarte, avoua-t-il, le contrôle électrique ne pouvant être effectué (ah oui, donc pour cela que mon gros orteil ne bougeait jamais lors de l'examen). Apparament, il avait un sacré matos pour me rafistoler: ses Meccanos en titane, un petit marteau et une râpe, pour faire mumuse avec le tout.
Je ne prends pas garde à la sonde urinaire que l'on m'a posée pendant que je dormais encore. J'évite simplement de le toucher, ce tuyau en plastique dur, comme une appendice à mon sexe, et qui me paraît comme le viol de mon intimité. D'ailleurs, j'aurais été forcé d'apprendre, dès ce premier jour en soins intensifs, qu'il vaut mieux laisser la pudeur au placard. J'apparaît dans un état des plus lamentables, constamment allongé, ne pouvant bouger, ne pouvant que fermer les yeux et serrer les dents lorsque les infirmières me donnent la becquée ou me lavent des pieds à la tête. L'un de mes premiers efforts physiques, il me semble en fin d'après-midi de ce jeudi, fut de m'apprendre à me mettre sur le côté, afin de faciliter le travail des braves dames lorsqu'il leur fallait refaire mon lit. Il fallait y aller par mouvements lents et précis, en commançant tout d'abord par une rotation de la hanche, afin de placer les genoux en parallèle, et fléchis, puis placer la paume droite en dessous de la tête, et laisser l'autre bras balloter dans le vide.
Malgré tous mes efforts, je ne garde aucun souvenir précis de la nuit, ainsi que du vendredi, journée passée à m'auto-filer de la morphine autant que faire se peut, l'esprit totalement abruti, ne m'appercevant que quelques minutes de la présence de mes parents à mon chevet, puis du professeur, et des infirmières, de temps à autres. La télévision m'était insupportable et me donnait le tournis à n'en plus finir. Le vendredi soir, l'on vînt me dire que l'on m'enlevait la pompe à paradis instantané, et qu'on la remplaçait par un autre traitement, moins puissant, mais tout aussi efficace.
La nuit du vendredi au samedi matin fut un calvaire de longue haleine. Ce dont je me souviens? D'hallucinations sans doutes causées par la morphine et la douleur, croyant me trouver dans un long et sombre couloir, bondé de gens, dont certains que je connaissais. Je peux encore ressentir l'angoisse de cette nuit-là, la gorge nouée comme plus jamais elle ne le fut, les yeux irrités par les larmes, l'esprit totalement perdu. Le lendemain, dans la matinée, les infirmières m'ont fait savoir que je n'avais pas arrêter de les sonner durant la nuit (en ce cas, il ne fallait pas me donner une sonnette, non mais), et que je leur racontais n'importe quoi.
D'ailleurs, le réveil de ce samedi 4 septembre fut atroce, l'érection du matin ne supportant vraiment pas la sonde urinaire. ll me semble qu'il vaut mieux passer sur les détails, non pas qu'ils soient trop sordides, mais que l'on peut difficilement se représenter. De ce fait, j'appris que l'on m'avait supprimé la morphine la veille justement dans le but de m'extraire ce foutu tube. Là encore, toute pudeur devait être écartée. Une infirmière vînt laver et désinfecter l'organe, puis me dit "A trois, tu inspire un grand coup et serre les dents." Sage conseil. Je n'étais psychologiquement pas préparé à une telle douleur, pensant que la sonde urinaire ne consistait qu'en un très mince tuyau que l'on passait dans l'urêtre. Que nini, c'était carrément un ballonnet de plastique que l'on y insère, et que l'on gonfle une fois qu'il est parvenu dans la vessie, ballonnet ensuite relié à une poche, dont le tuyau dur fait la jonction. Je crois bien que c'est cette petite baudruche en question qui a provoqué ce bruit de succion violente, pire que lorsque l'on débouche un conduit avec une ventouse. La douleur, brève mais terriblement aïgue, n'a jamais été égalée jusque maintenant.
J'étais encore plus mauvais que la peste lorsque mes parents arrivèrent en début d'après-midi, d'humeur massacrante d'avoir eu à subir une nuit et une matinée pareilles, et cela, le jour où j'aurais dû fêter mes seize ans et savourer le début du week-end, après la reprise des cours. Cet anniversaire restera néanmoins mémorable. Mes esprits étaient beaucoup plus clairs que les deux jours précédents, la douleur toujours présente par intermittence, mais je sentais un peu plus de vie et d'énergie dans l'ensemble de mon corps. Quelle ne fut ma surprise lorsque l'équipe médicale des soins intensifs m'apporta un gâteau garni de bougies, à la mousse de fruits et aux amandes, si mes souvenirs sont bons, ainsi qu'une carte d'anniversaire géante, sur laquelle chacun y avait mis un mot. Ce jour-là, l'esprit mauvais et dans une faiblesse physique désoppilante, j'avais trouvé tout cela ridicule et m'étais retenu de donner libre cours à mon courroux. Mais maintenant, je me dis que c'était là une intention réellement touchante, gratuite et pleine de gentillesse. Voilà l'un des bons souvenirs de ce séjour, et la carte géante demeure toujours dans ma chambre, bien en vue, au-dessus de l'armoire.
Je n'ai pas eu l'occasion de remercier chalaureusement les infirmières des soins intensifs. Peu de temps après ces festivités inattendues, l'on me sortait de là pour m'emmener dans ma chambre.

21.11.2006

Série inhospitalière: partie II

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Il falllu quitter l'appartement le mercredi en fin d'après-midi. Maigre déchirement, je ne savais encore pas ce que j'allais traverser les deux semaines qui suivraient. Le trajet jusqu'au CHU de Nancy était long et angoissant. Dans la voiture, je tentais en vain de ne pas y penser. Après tout, j'allais manquer la rentrée des classes et m'offrir un bon mois de vacances supplémentaire.
Une fois arrivé, l'on m'emmena rapidement à ma chambre, dans le service enfant. J'étais même quelque peu dégoûté de me retrouver avec des marmots, j'allais avoir seize ans, j'allais être un grand maintenant, merde. C'était comme à l'hôtel. La télévision était installée en hauteur, sur un support articulé, dans un coin de la chambre blanche, près des grande baies vitrifiées, qui donnaient plus l'air de cage de vivarium que de fenêtres. Le lit était confortable, télécommandable à volonté. Le repas du soir était à peu près digne d'une cantine scolaire, mais enfin, je n'allais pas manger les jours suivants, alors il n'y avait pas à jouer les fins gourmets. Durant la soirée, je m'occupais l'esprit en regardant la télévision et en grignotant des bonbons. Je pouvais même recevoir des appels téléphoniques, la classe trois étoiles, cet hosto. Aux alentours de 23h, l'infirmière de nuit est passée me donner un petit quelque chose afin de m'aider à dormir, ainsi que les consignes du lendemain matin. Je regardais un reportage sur la grève des chirurgiens qui sévissait à l'époque.
"Et bien, tu voudrais pas regarder quelque chose de plus gai? Tu te fais opérer demain et tu regardes ce genre de truc, c'est pas super. Tiens, tu vas prendre ce petit cachet, cela va t'aider à dormir."
Je regarde le bonbon blanc et m'apperçois qu'il ne s'agit que d'une moitié d'Atarax. Décidément, ils ne se foulent pas, ici. Je lui aurais bien dit que j'étais déjà habitué à ce genre de merde depuis un bout de temps déjà, qu'il m'en fallait au moins un entier pour que je fasse gros dodo, mais après tout, ils savent ce qu'ils font, normalement.
Le lendemain, comme prévu, l'on vient me réveiller aux alentours de cinq heures du matin. L'on me donne un gant de toilette, une blouse et un flacon de produit antiseptique. Pieds nus, je traverse les couloirs tristes et froids jusqu'à la salle d'eau. Seule la salle de l'infirmière de garde émet une lumière blanche. Tout le service est silencieux. Même le petit enfant que j'entendais hurler de pleurs et de douleurs, la veille, a finalement trouver le repos. L'eau est glacée et il se passe plusieurs dizaines de secondes avant que je puisse enfin avoir de l'eau à température convenable, tiède, plus ou moins. Je me lave par deux fois, suivant les consignes, en m'enduisant tout le corps de cet affreux produit rouge, qui ne mousse pas et laisse sur la peau une odeur de désinfectant au chlore. Encore plus frigorifié qu'à l'aller, je retourne dans ma chambre, ne mouffetant pas, prêt à une longue attente. Peu de temps après, une infirmière rentre dans ma chambre, me demande de m'allonger sur le ventre, et ouvre ma blouse dans le dos.
"Oh, bah pourquoi est-ce qu'elles t'ont levé si tôt, l'on pensait devoir te raser le dos, mais y'a juste un petit duvet, là-dessus, si elles avaient regardé avant, tu n'aurais pas à poiroter si longtemps."
C'est bien ma veine, évidemment. Elle m'applique le même genre de produit que celui-ci que j'ai utilisé pour me laver, et me demande de ne pas me remettre sur le dos. Elle me pose des questions, j'y réponds, par petits couinements, ayant peu envie d'engager la conversation, l'attente commençant de se faire longue. Oui, mes "petits camarades" seront bientôt en cours, dans une ou deux heures, oui, super, je m'offre des vacances rallongées, ahah, ahah.
Et puis, un jeune infirmier vient me chercher, me demande de m'allonger sur un brancard. L'on m'explique une dernière fois l'opération: il s'agira d'ouvrir le dos sur une hauteur d'environ trente centimètres, et de greffer à la colonne un montage de titane fait de deux tiges, de chaque côté, l'une droite, et l'autre courbée, afin de redresser la scoliose.
Dans la salle d'opération, cela pue le désinfectant. La lumière est aveuglante. La pièce n'est pas très grande, et une douzaine de personnes s'agitent autour de moi. Un autre infirmier me colle un masque à oxygène sur le nez, l'odeur, mêlant celle d'une espèce de gaz et celui du caoutchouc, est infecte. A ma gauche, l'anesthésiste s'acharne sur mon coude pour y planter une aiguille. Essai infructueux, bien évidemment. Je lui conseille alors diretement de s'attaquer à ma main. Elle y pose un cathéter, afin d'éviter d'autres tourments pour mes veines roulantes, pour la suite des évènements. Le personnel continue de s'agiter, l'on introduit mon index droit dans un détecteur digital, et pose des électrodes sur mon torse. L'anesthésiste me promet, d'ici quelques secondes, le temps de compter jusqu'à dix, un sommeil profond et sans rêves. L'anesthésie doit durer une douzaine d'heures, il est donc impossible que je me réveille pendant que l'on me revisse. Dans ma tête, le chiffre 4 apparaît, et mes yeux clignent déjà, lentement, mollement. Ma vue se brouille tandis que j'entends le jeune infirmier murmurer une dernière fois: "Tout va bien se passer, ne t'inquiète pas mon grand."

20.11.2006

Série inhospitalière: partie I

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La nouvelle était tombée comme un cheveux sur la soupe. Depuis ma toute petite enfance je devais aller dans ce centre spécialisé près de Nancy, une ou deux fois par an, pour un simple contrôle, afin de vérifier si ma scoliose était stable. J'avais en horreur chacune de ces visites: le trajet était long, l'attente l'était encore plus. Chaque fois, je me demandais pourquoi il me fallait venir, alors que tout allait bien, que je ne rencontrais aucun problème, alors que je voyais tous ces enfants, souvent de mon âge, lourdement handicapés. Eux étaient constamment soignés, vivaient et allaient à l'école dans ce centre. Chaque soir, lorsque je repartais en voiture, confortablement installé sur la banquette arrière, je jetais un coup d'oeil par la vitre, juste avant de sortir du parking. C'était toujours un soulagement, que rien ne ce soit passé. Et les autres enfants restaient là, dans leurs fauteuilles ou sur leurs béquilles, accompagnés d'infirmières. Jamsi je n'aurais voulu être à la place. Mais le plus beau était qu'ils étaient parfaitement heureux, certains n'avaient pas conscience de leur handicap mais l'on pouvait être sûr que qu'elle que soit la salle d'attente dans laquelle l'on se trouvait, l'on pourrait y entendre des éclats de rires, d'enfants et de réeducateurs qui se chamaillaient gentillement ensemble, près du distributeur de confiseries et de barres chocolatées.
Et puis une année, la nouvelle nous trancha comme une guillotine. J'étais en seconde, et cela faisait maintenant deux ans que mes douleurs dorsales étaient devenues insupportables. Elle surgissaient par intermittence, et lorsqu'elles se trouvaient à leur summum, je ne pouvais pas même bouger l'avant-bras sans recevoir un bon milliers d'aiguilles brûlantes dans le dos, une réelle décharge de douleur qui faisait se crisper tous mon corps et se serrer mes mâchoires. Cette année donc, la décision fut prise au moins de juillet, comme cela, sans avoir le temps de se retourner. Je me souviens encore des paroles du professeur qui nous avaient examinés, mes radios et moi:
"Je suis désolé Madame, mais la déviation devient vraiment importante, elle est à 46° et une vertèbre commence à appuyer sur la mœlle épinière, il va falloir opérer très vite, ou votre fils sera en fauteuil roulant d'ici ses vingts ans."

Jamais nous n'avions envisagé une opération d'une telle envergure. S'ensuivit une liste d'examens interminable, des prises de sang barbares où les vieilles infirmières se voyaient obligées de me piquer sur le dessus de la main pour réussir leur piqûre. Je devais aussi pomper avec ma main pour que le sang coule un minimum. Cela me laissait toujours d'affreux hématomes sur les bras, preuves concrètes des ratages de deux ou trois infirmières, qui se plaignaient toujours de la mauvaise qualité des mes veines qui roulaient sous l'aiguille au moindre contact.
La date de l'opération n'était pas encore fixée. Les examens s'enchaînaient. Je m'en souviens d'ailleurs d'un qui m'avait paru particulièrement amusant. Il s'agissait de me collait des électrodes sur les tempes et le torse, et de foutre sur le talon un émetteur de décharges électriques, s'il n'y avait pas de couille dans le potage, le gros orteil devait réagir et bouger tout seul. Bien évidemment, j'ai subi cet examen trois heure durant, en vain, dès lors que la mœlle était déjà quelque peu touchée, comme l'on l'appris plus tard.

Tout était fini, il ne manquait plus que la date fatidique. Nous avions eu une maigre nouvelle qui était simplement le fait que j'avais un très bon sang, et qu'il n'y aurait donc pas besoin de me transfuser durant l'opération. Ouai, c'était déjà cela, sortons les cotillons.
Ne restait plus qu'à vivre dans l'attente, angoissante à souhaits et pourtant obligatoire, de l'évènement qui allait provoquer en moi deux ou trois changements. L'on appela à la maison un début d'après-midi: les festivités commenceraient le 2 septembre 2004, jour de la rentrée des lycées.

24.04.2006

Nouvelle: Chien d'Aveugle.

Trop flémard pour tenter de la publier dans une revue weblittéraire, à l'occasion peut-être, si j'ai du temps et si je sais dans quelle direction me tourner.

"Chien d'Aveugle"

20.02.2006

Bulle échappée

Si j'ai bien un seul regret sur cette chienne de Terre, c'est que ma tête ne soit pas directement capable de retranscrire ma pensée. Pour cela il faut une plume, du papier, ou bien un clavier et un écran, XXI° oblige.

Ca pourrait faire un bon film tout cela. Tu sors du bus, évites ces gens que tu ne veux pas forcément croiser aujourd'hui. Tu te sens léger, tout seul et content de l'être. Pantalon et veste de velour noir,chemise blanche. Tu vis en noir et blanc, mieux que le deuil constant. Tu sembles suivre la caméra. On voit ton petit sourire léger. Tiens que fais-tu, à diriger ta main vers la poche arrière droite de ton pantalon. Tu sembles en sortir quelque chose, argenté, assez large. Ah, je comprends, c'est l'heure de la cigarette. Brave petit va, cigarettes, sommeil, alcools, continue ainsi, ca finira par te crever un jour.

Qui ca intéresse de toutes façons?

Ouai tu n'as pas tort. Tu sors une cigarette. Il y a un peu de vent aujourd'hui, quelques sacrées bourrasques même. Le nombre de figurants est impressionnant. Bienvenue dans le monde réel. Pourquoi lèves-tu la tête? Ah oui, effectivement, il y a beaucoup de nuages noirs et lourds, si ca te tombe sur la gueule, tu n'as même pas ton parapluie.

Continue de marcher, évite les passants, fuis ton passé. Avance vers la lumière.

Des gouttes ricochent sur tes lunettes. Devant toi, parapluie et capuches couvrent les chefs. Ce ne sont que des gouttes, tu continues de marcher, tu as appris à rester stoïque face à ce genre d'évènements, non? Mais si rappelles-toi tu me l'a dis un jour:

"Je ne ressens pas le froid, ni la douleur, ni le sommeil. Emotionnellement parlant, je suis insensible, rien ne peut m'atteindre, je n'aime rien."

Ce sont tes paroles, alors continue, ce n'est qu'un peu de pluie. Les vieillards s'activent, luttant contre le vent, aggripant maladroitement leur parapluie. Apparemment Dame Nature décide de déchaîner les éléments ce jour d'hui. Tu continues de fumer ta cigarette, la tête bien droite, regardant vers l'avant, les cheveux dans toutes les directions. Voilà bien une bonne chose que tu as apprise, lorsque tu vivais encore au milieu de tes délires égocentriques. Tu as eu tant de fois à te combattre que maintenant, tu ne baisses plus la tête facilement.
**Poc** Merde, elle fait mal cette pluie tu ne trouves pas? Ah, c'est de la grêle. Tiens, ton pas devient hésitant, tu reviens un peu en arrière. Tu fais quelques zigzags sur la place d'armes. Allez, l'entrée de la cathédrâle est juste ici, c'est un bon refuge. Tu hésites, moi, je souris en te voyant, tu me fais un peu de peine, à hésiter devant tes petites convictions chéries.

"J'ai peur. Tout ca, c'était avant. Maintenant je recule, et j'ai peur. Je marche seul, et je meurs de trouille."

Tu sais ce que tu viens d'avouer là? Que tu as besoin d'eux. Effrayant n'est-il pas. Tu te diriges vers le parvis de la cathédrâle, jettes ton mégot, rentres dans le monstre de pierre.
Image: tu passes devant le bénitier sans cracher dedans. Evidemment, tu n'as jamais vraiment osé le faire, c'est comme tout, non? Tu n'étais qu'une illusion ambulante, j'espère que tu en es fier.
Comme au Moyen-Age, la population demande asile en ce lieu sacré, contre les colères de Dieu. La grêle martèle les pavés, la pluie dégouline dans les cheveux, les pas se pressent et s'interrompent. Tu ressors de ton abri temporaire, la sécurité ne dure en général que peu de temps. D'habitude il n'y avait qu'en situation de danger que tu te sentais bien, voilà que cela a changé, tu te mets à l'abri, maintenant, de temps en temps.

Allez maintenant sors un peu de ta bulle de pierre, tu as un but, tu y vas. Je ne veux rien savoir tu obéïs. Des abris-bus, de l'eau qui tombe par seau. Lève voir la tête je te prie. Envoyées des Dieux, les gargouilles dégueulent l'eau de pluie. Tes torrents de larmes sont aussi passés à travers ces gueules de pierre. Sois en sûr. Les petits monstres te regardent, même eux ne veulent pas de toi, ils préfèrent te réveiller à coups d'eau glacée.

Et puis ta journée reprend le ton de la banalité. Tu fuis entre les gens, à la médiathèque, virevoltes entre les étalages de livres, ô amis précieux. Tu te dis que tu te perds moins au milieu du papier qu'auparavant. Mais dis moi tu fais des efforts. Il le fallait bien dis-tu? Tu as raison. Une femme te bousule d'un coup de sac à main, tu sais ce genre de sac, énorme et en cuir, dont les coins vous rentrent dans le bras et avec la fragilité que l'on te connaît, provoque en général un bleu pour une semaine. "Pardon" dit sur un ton nonchalant. Et tu réponds?! "Ce n'est rien, madame" avec un sourire. Foutre Dieu, où sont donc passés les grognements et les regards mauvais? Les réflexions dégueulasses et le rictus méchant?
Tu me déçois, ce n'est même plus drôle.

"J'ai vécu quelques temps chez les Etoiles. J'y suis j'y reste. Je leur ai emprunté leur éclat pour resplendir sur Terre."

Arrête-voir ces conneries, Mike, ce n'est pas toi. Toi, tu es une enflure, un connard de première. Bordel tu te souviens pas? Toi t'es un dur un vrai, tu craches sur tout car rien ne te plaît, tu n'as aucune morale, tu n'aimes rien, car aimer, c'est pour les faibles. Et j'en passe. Merde tu me fais quoi là?

"Ces mains ont levé le voile. Ces doigts ont délivré mon regard, de l'illusion qui m'aveuglait."

Allez va retourne chez toi, je t'attends ce soir.
23h. Tu es en avance. Tu ne vas pas à la cave ce soir? Ah, préfères-tu t'adosser au mur derrière chez toi, fumer ta cigarette en écoutant de la musique et en guettant le ciel étoilé. C'est un bon plan-déprime ca dis-moi. Tu descends les escaliers, en sors. Tu souris? Bordel efface moi ca de ton visage. Bon, après tout, demain tu seras calmé. Ca dure jamais chez toi ce genre de conneries.

"Enchanterresse de mes nuits, midi tapageur. Terrasses de café, cigarettes d'un instant, profiteroles chocolatées envahissent les bouches et les regards. Alcools d'antan, parcours mes veines, étourdit ma sensation."

Voilà que tu te reprends pour un poète. Arrête voir, tu n'arriveras jamais à rien dans la vie. Tu penses peut-être que tu arrives à peu près à écrire un soupçon de choses bien? Illusion supplémentaire, pour te dire que tu sais faire au moins une chose.

"Ferme-la. Je n'ai jamais eu cette prétention. C'est ce qu'il me plaît de faire, je ne vis que pour les Mots, et eux ,ces chers, chairs chéries, dont j'aime l'éclat et la chaleur. Braves gens qui ont dompté la bête. J'ai 17ans, et je veux devenir quelqu'un."

Eh bien soit. Allume ta clope. Qu'écoutes-tu? Anorexia Nervosa. Je m'en doutais, tu vois que tu n'as pas changé. Instinctivement. "Solitude". Ah oui, elle t'en rappelles des moments cette chanson dis-moi. Tu te souviens, tous ces instants où tu attendais que ton portable sonne. Tous ces moments à attendre une bouée de sauvetage dans la noirceur d'un océan déchaîné. Tu t'en souviens? Et tu crois que ca a changé? Que fais-tu, une autre chanson? Laisse moi tendre l'oreille un instant.

"Take me down to the Paradise City. Where the grass is green and the girls are pretty.

Plutôt crever que de voir que tu changes à ce point. J'te laisse là pour ce soir, tu me fais gerber. Tu décides d'opter pour une nouvelle illusion. Tu finiras par crever, comme tous les autres, de tes illusions. Arrête de sourire, c'est moche. Reviens avec moi, au-dessus d'eux tous, sans eux, là, dans les fins fonds de la misère, à les répugner. Tu ne veux pas? Pour ta famille, pour eux deux, pour d'autres personnes que tu pourraient apprécier. Ca ne fait que quelques personnes ca. Mais elles sont suffisantes dis-tu. Tu me dis que tu as besoin d'elles. Mais tu es toujours aussi sombre, mélancolique, l'amertume a toujours belle prise sur toi. Que comptes-tu faire? Elles te fuiront comme elles l'ont déjà fait.

"Une lumière brillait dans les ténèbres. Et les ténèbres, ne peuvent s'en emparer."



C'est l'histoire de cette petite voix qui m'accompagne sans cesse. Celle que j'écoutais auparavant, toujours. Le passé montre qu'elle s'est toujours trompée. L'à venir en fera de même. Cette histoire, c'est une sorte de bras d'honneur à ceux qui m'ont mal connu, n'ont estimé bon de voir que le côté pile du personnage, la valeur qu'il s'attribuait, ses masques, au travers de ses rengaines qui en devenaient ennuyeuses. C'est aussi un clin d'oeil à ceux qui ont décidé de rester, malgré tout. C'est aussi une main tendue à ceux qui voudrait revenir à moi, découvrir ce qu'il y avait vraiment d'enfui, devenir un peu plus curieux.

Cette histoire, c'est celle de ma résurection, de ma remontée au grand jour, de ma petite bouffée d'air. Et bon Dieu que c'est bon.

04.10.2005

David

DAVID


Notre première rencontre,le jour déifié de mon existence terrestre, doit bien remonter à une dizaine d’année, au minimum, si j’avais la possibilité de me remémorer mes les toutes premières années de mon enfance, sans doute s’y trouverait-il déjà. L’indifférence totale, non pas que je le repoussai, je ne el voyais pas. D’ailleurs c’était encore cette époque où, haut comme trois pommes, j’avais pour compagnie préférée mon entière personne. Aucune conscience des autres, aucun intérêt, je me morfondais dans une solitude dont j’ignorai jusqu’à l’existence, j’en souffrais, parfois. Vinrent les deux dernières années de l’école primaire, les premières taquineries gentilles et puériles, mes premiers éclats de rires avec une personne de mon âge. Je pense bien ne pas m’en être rendu compte tout ce temps, d’ailleurs il est fort peu possible que cela pût être le cas, la conscience de toute chose, principalement de celles sui peuvent tenir de l’ordre du passé, n’arrivant que dans des périodes bien éloignée de l’époque infantile.

Mes souvenirs les plus intacts remontent à l’année de sixième. Tout nous séparait, nous ne passions pas notre temps l’un avec l’autre. Lui, le cancre qui fait tout pour emmerder les profs, sans méchanceté simplement avec malice. Moi, le garçonnet transparent, toujours les meilleurs résultats de la classe, petit mouton docile. C’est sans doute à cette table d’école, assis l’un à côté de l’autre, à recopier une poésie de Desnos, du moins à tenter de lire le tableau noir, la femme vieille et chevrotante s’agitant, empêchant tout recopiage potable. Première complicité, d’une simplicité étonnante, premiers rires. Puis pour achever mon énumération temporelle, les deux dernières années de collège. Il était bien la seule personne qui se soit intéressée à ce que je pouvais être, derrière ces affreuses lunettes et cette timidité presque honteuse. Alors que lui, ah lui, une merveilleuse confiance en lui, charriant quiconque osait le contredire. De ce temps je garde nos premières discussions, chacune, indirectement, visant à nous connaître. Il me fit découvrir sa musique, ses envies, il m’offrait son amitié, d’un lien que nul ne peut comprendre, mais qui existe, mon éternel fil d’Arianne.

Début des années lycées, bifurcation de notre chemin. Je pensais ne revoir personne de mon ancien collège, lieu de tous les supplices et de l’ignorance humain. Deux ans plus tard, il est toujours à mes côtés, et moi aux siens, peut-être, je n’en sais trop rien.

Il a trouvé l’Amour, celui avec un grand A. Après tout ce que nous avions vécu ensemble, car il y en a eu de bons moments, je ne l’avais jamais vu aussi rayonnant, empli de bon. Eve, que j’avais appris à connaître un peu plus tard, et David, formait le couple, celui que j’appréciais, celui qui ne me faisait pas vomir lorsque je le voyais. J’avais là une réelle appréciation de ce que pouvait être l’homme de bien.

Il en avait de ces qualités, des futilités que je méprise ordinairement, mais il fait preuve de tant de naturel, de pudeur aussi, quoique l’on eut pu en dire. J’apprenais sans cesse à ses côtés, le genre de choses que l’on n’apprend pas dans les livres, la vie.


Je ne souhaite continuer d’ériger une statue de mots et d’éloges, qui ne seraient en mesure d’éxprimer ma gratitude, non ma reconnaissance, mon amitié, mon amour, que sais-je. La seule personne dont je n’ai jamais eu à souffrir, la seule pour laquelle je donnerai ma vie. Après ces quelques paragraphes bancals et maladroit, je finirai pas une citation de Montaigne, qui devrait résumer le tout à merveille, sans mots superflus, mais avec toute la précision du monde.

“Parce que c’était lui, parce que c’était moi”


P.S: voilà nouvelle qui m'a inspiré celle-ci, ou du moins m'a motivée à l'écrire, en sorte de réponse, bon c'est bien mieux écrit, mais je ne fais pas dans la coucurrence :) "Eve"