samedi, 14 avril 2007

James Douglas Morrison: An American Prayer

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Le 8 décembre 1970, à l'occasion de son vingt-septième anniversaire, Jim Morrison enregistre dans les studios de Village Recorder, situé dans West L.A, la lecture de quelques uns de ses poèmes. En 1977, un ingénieur du son d'Elektra Records utilise cet enregistrement ainsi qu'un autre datant de 1969, pour réaliser, avec la complicité malsaine des autres membres du groupe, un hommage posthume.

L'on connaît la puissance des images poétiques de Morrison, son sens de la cadence et la souplesse de ses sens. Ce qui frappe avant tout, c'est la diction, certaine et précise, du poète. Sa voix semble venir de nulle part, fascine et laisse difficilement réintérer les appartements terrestres.
L'album, si l'on peut l'appeler ainsi, se compose de cin actes: Awake, To Come Of Age, The Poet's Dreams, World On Fire et An American Prayer.

Le ton de la diction, fantomatique mais époustouflante, rappelle celui des imprécations lancées au début de The Soft parade. Il n'y a rien à dire de plus quant à la qualité des textes et l'énergie diffusée par Morrison.
Cependant, l'on peut incriminer les Doors survivants d'avoir recycler ces travaux. Mis à part quelques textes chantonnés a cappella, la poésie sèche de Morrison ( poésie écrite dans le but d'être plutôt déclamée, à la manière des rhapsodes grecs, que lue) ne s'accorde que rarement à l'accompagnement musical ajouté a postériori. Il arrive même que quelques passages vocaux soient étouffés par une mélodie trop envahissante.

Ce disque est cependant à écouter avec attention, car il permet de retrouver le caractère grandiose de la poésie de Morrison, bien qu'il semble se revêtir d'un aspect de raccolage, au point d'être surnommé par Paul Rothschild, l'ancien producteur des Doors, comme un "viol de Jim Morrison".

Extrait de Awake

"Is everybody in?
Is everybody in?
Is everybody in?
The ceremony is about to begin.
WAKE UP!
You can't remember where it was
Has this dream stopped?
(...)
Can we resolve the past,
Lurking jaws, joints of time?"

jeudi, 08 février 2007

Variétés

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Il est maintenant temps d'évoquer rapidement qelques groupes que j'affectionne, les écoutant plus ou moins souvent mais que je n'évoque ici quasiment jamais, ne me remuant pas les tripes avec une pelleteuse Caterpillar. Groupes pas forcément connus du grand public, et plutôt classifiés dans une gigantissime catégorie grossièrement appelée "métal". Après, je pourrai bien sûr m'amuser à rechercher à quels sous-catégories ils appartiennent, mais je n'ai pas spécialement QUE cela à faire, mes anges. Alors l'on va aller au plus direct, et je vous le promet, croix de bois, croix de fer, que jamais je n'ai porté de mitaines ou collé des lentilles blanches derrière mes jolies binocles. Pas si rebelle que cela, voyez-vous.

*Malédiction: groupe de heavy métal français. Les guitares sont attrayantes, la batterie suffisament présente, mais juste ce qu'il faut, et l'on appréciera la voix "haut perchée". Cependant, les paroles ne dansent que sur un seul pied. Jugez-en par quelques titres: Condamnés,Justice Assassine, Esclave du vice, et caetera et caetera. En bref, répétitif, et cela ne vole pas très haut, mais paroles et musiques collent ensemble, et c'est l'essentiel. De plus, sur l'album Condamnés, l'on trouve le poème baudelairien L'Horloge, mis en musique, et même plutôt bien réussi.

*Furia: que je qualifierai vite fait de black symphonique. L'album Un lac de larmes et de sang a le mérite d'être écrit sous la forme d'une épopée. Encore une fois, cela est à ras des pâquerettes, ou des chrysanthèmes et roses noires, selon, mais la "recherche" dans les paroles offre de l'originalité. De plus, la vivacité et les variations de rythme de la batterie, ajoutés à des riffs convenables en font un groupe qui s'écoute sans trop rechigner, avec même un certain plaisir, je vous l'assure. Quelques orchestrations bien placées ne sont pas non plus de trop. Le tout tient la route.

Exemple de paroles, extraites de "Mémoires d'outre-tombe":
[Harès :] Tu es pourtant, le seul passage entre ici et la grande Tour de
Marbre, l’issue me permettant de partir, la clé de la liberté !
Il me faut retourner dans le vrai monde, il le faut !
Harès continuant sa progression, sentit une main se poser sur son épaule.
Surpris, il se retourne et découvre une femme qui malgré l’altération des
ses tissus, laissait supposer de son vivant, une réelle beauté.
Oriana Je fus une de tes victimes, une fille à qui l’avenir souriait. Mais
lorsque nos chemins se croisèrent, tu me tuas froidement.
[Harès :] Tu es là, me rappelant le tort que j’ai causé dans mon existence. Tu
es là m’aidant à trouver le sens.
[Le Lac :] Détrompes toi ! Elle est là pour te faire comprendre, qu’il n’y a
rien ici qui t’aidera à mener cette recherche.
[Harès :] Je persiste à croire, que là se trouve la solution, le chemin qui me
mènera aux gardiens de la grande Tour.
[Oriana :] Toi mort parmi les vivants, notre tombeau est tien, ta place est
ici parmi nous...
[Le Lac :] Ta réponse se trouve dans cet être que tu es, tu ne vois que d’un
seul œil...


*Misanthrope, encore un groupe français, mais qui sort réellement du lot de par des paroles pas trop mal écrites, et surtout très bien référencées, d'un point de vue historique, visant plutôt le XVIII°. Les textes sont compréhensibles, sans trop tendre l'oreille. Le tout tourne réellement très bien, et l'ambiance au plein milieu des batailles révolutionnaires est vraiment plaisante. Le chanteur varie très bien le timbre sa voix, sans jamais tomber dans le grognement de porc. Tous les albums se valent. En bref, excellent groupe.

*The C.N.K, autrement dit The Count Nosferatu Kommando, plus ou moins classifié en tant qu'électro-métal. De la musique à l'état brute, martiale, et qui veut montrer du doigt les vices de notre société moderne, sans pour autant prôner les guerres ou traîner derrière elle une quelconque idéologie politique. Les paroles sont percutantes à souhaits, tout comme la batterie électronique. L'ensemble est mixé avec justesse. De plus, ce n'est autre que Hreidmarr, l'ex-leader d'Anorexia Nervosa, qui gueule ses paroles avec rage et énergie. Un groupe grandiose, en somme, avec des paroles réfléchies et intelligentes. Un seul album a été produit, intitulé "Ultraviolence über alles"(dont la pochette sert 'illustration à l'article), en hommage au film culte de Kubrick, Orange Mécanique, dont l'on peut même entendre une réplique sur le morceaux Love Game Over. Certains ont eu la bêtise de confondre ce groupe avec le mouvement NS, très en vogue dans le courant black des débuts. A noter qu'un deuxième album est en préparation, avec un line-up fixe, la formation se dénommant cette fois-ci Cosa Nostra Klub. Mais, pour plus de détails, et des pistes en libre écoute,ici-même.

Voilà qui est fait, mes loulous. Des choses à redire quant à mon incompétence, ou même des suggestions? N'hésitez-pas. Ma bonté me perdra.

mardi, 30 janvier 2007

The Doors, longue vue: Partie VI

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1971: L.A Woman

Fin janvier 1971, le procès Manson, célèbre gourou hippie qui amena ses fidèles aux meurtres en séries et aux suicides collectifs, s'achève sur une condamnation à perpétuité du cinglé. Le procès de Morrison, quant à lui, patinera en battages médiatiques et affaires troubles. Le chanteur est fiché par le FBI, poursuivi par les médias, par ses compagnes d'un soir qui lui téléphonent pour lui signaler son avortement, par de jeunes travelots qui menacent de le faire chanter en divulguant ses pérégrinations dans les quartiers homos de L.A. Pour couronner le tout, le producteur des Doors, Paul Rothchild, décide de les quitter. C'est alors que le groupe décide de changer considérablement leur façon de travailler, et s'installent dans leurs propres bureaux, où ils y aménagent des studios artisanaux, pour y enregistrer un dernier album. Précisons que des musiciens supplémentaires se sont ajoutés au groupe, ce qui offre à l'album un regain d'énergie. Morrison n'adresse plus la paroles à ses trois partenaires, sa relation avec Pam connaît des hauts et des bas. Mais il endosse parfaitement la peau du vieux chanteur de blues, pour offrir l'album le plus réussi depuis Strange Days, en regard de l'intégralité du disque.

L'album commence par The Changeling, titre très rythmé, où Morrison y grogne une nouvelle injonction, afin de tourner définitivement la page et montrer qu'il est devenu autre:

"I live uptown, I live downtown
(...)Yeah, I'm leaving town on the midnight train,
gonna see me change.
"

Been down so long, blues rauque et mystérieux, présente une requête, une demande d'aide, tant il paraît dur de sortir du gouffre:

"Well, I been down so very damn long
That it looks like up to me.
Yeah, why don't one of you people
Come on and set me free?"


Ces deux morceaux introduisent l'album et préparent l'auditoire à ne pas être surpris des changements dans la personnalité musicale et poétique du groupe. Mais il n'en reste pas moins que c'est surtout Morrison qui s'exprime à travers ces blues, comme un vieux cheval décidé à reprendre le galop.
Les titres comme Love her madly ou Crawling King Snake, les seuls écrits par Krieger pour cet album, manquent d'énergie et sont relativement minimalistes.
Cars hiss by my window pleure la solitude des clients de motel, sur un rythme très doux, sans être larmoyant, et à la fin duquel Morrison fait une imitation vocale d'une trille d'harmonica, après des paroles sombres, presque prophétiques en regard de ce qui se passera quelques mois plus tard:

"A cold girl will kill you
in a darkened room.


L.A Woman, morceaux central de l'album, présente les tribulations de Morrison dans la ville de Los Angeles, à travers la description d'une ville lumière, où les femmes ne sont peut-être rien que des anges de plus, pour enchaîner sur la description d'une boîte de strip-tease: "Motel money murder madness, let's change the mood from glad to sadness.
Puis l'on découvre Mr. Mojo Risin', étrange anagramme de Jim Morrison, et qui présente la dernière incarnation du chanteur, introduite par The Changeling. Le morceaux est tout bonnement splendide, Morrison y braille son besoin d'amour par des cris d'ivrogne cynique, pour achever le morceaux sur des hurlements de triomphe et de joie désespérée.

L'America, morceaux qui semble inabouti, présente l'Amérique sous la forme d'une foire étrange, accueillant les étrangers perdus. Hyacinth house exprime le besoin de renouveau dans la vie amoureuse:
"I need a brand new friend who doesn't trouble me
Il est tout aussi troublant d'y voir certains présages:

"I see the bathroom is clear,
I think that somebody's near,
I'm sure that someone is following me.

Why did you throw the Jack of Hearts away?
It was the only card in the deck that I had left to play.


The WASP (Texas radio and the big beat) défie la stabilité religieuse de l'Amérique, à travers des cadences vives mêlées à des images beatniks déroutantes:
"Out here we is stoned-immaculate!
(...)I'll tell you about the hopeless night,
the wanderin' the Western dream
tell you about the maiden with wrought iron soul."


Enfin, Riders on the Storm fut le testament de Morrison. Morceau à la mélodie venue d'ailleurs, Morrison y témoigne de la fragilité de la vie humaine, mets en garde les auditeurs contre son alter-ego, le tueur de l'autoroute. Mais il s'agit aussi d'un appel explicite à l'amour tendre d'une femme:

"There's a killer on the road, his brain is squirming like a toad.

C'est à la fin de l'enregistrement de ce morceau, mélancolique et fascinant, que Morrison annonce à ses compagnons qu'il quitte le groupe. En mars, il quitte Los Angeles pour aller s'installer à Paris. Il y recherche l'anonymat et la tranquilité, pour se consacrer tout entier à son écriture. Des mois durant, il se promènera dans Paris, gribouillant ses carnets à longueur de temps. Peu de personnes s'inquiétaient de son état de santé, alors qu'il prédisait sa fin depuis plusieurs mois déjà. Un voyage à travers la France, jusqu'à Marrakech et retour à Paris. Il fume deux paquets de cigarettes par jour, et augmente ses excès de table et de boisson.
Le 3 juillet 1971, il est retrouvé inanimé dans sa baignoire, vraisemblablement terrassé par une crise cardiaque, malgré les nombreuses hypothèses.

Jim Morrison et sa compagne, à Paris.

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"Forgive me Father for I know
what I do.
I want to hear the last Poem
of the last Poet."


Jim Morrison, la veille de sa mort.

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lundi, 29 janvier 2007

The Doors, longue vue: Partie V

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1970: Morrison Hotel

Début 1970, Morrison travaille plus que jamais à sa poésie et publia, à compte d'auteur An American Prayer. Curieusement, bien qu'il n'était plus que l'ombre de lui-même, il semblait s'être assagi, plus doux, moins tourmenté. Il recommence de prendre soin de son apparence et s'intéresse avec plus de sérieux au mixage du nouvel album.
Pour anecdote, la pochette de Morrison Hotel est issue d'une séance de photo au centre ville de Los Angeles. Arrivés à l'hôtel éponyme, le groupe et leur photographe s'en voient refuser l'entrée mais, profitant de ce que le réceptionniste fut appelé ailleurs, le groupe se jeta à l'intérieur afin de poser pour leur photographe, à travers la vitre. Un hôtel miteux, à 2$50 la chambre, l'on peut dire que les Doors avaient touché le fond. Mais leur nouveau disque, bien que Bill Siddons, leur manager, dise qu'il a donné le coup de grâce au quatuor, est de meilleure qualité que le précédent, puisant principalement à la source du rhythm & blues, au son duquel les quatre musiciens avaient été élevés.

Sur la face A de l'album, l'on trouve une suite de six morceaux, intitulée Hard Rock Café, et commençant sur Roadhouse blues, chanson en hommage au routier, au motard, à ceux qui prennent constamment la route et dont le seul refuge est l'arrière-salle dun bar. La prestation de Morrison est stupéfiante, rappelle les débuts. Puis vient Waiting for the sun, sorte de ballade psychédélique écartée de l'album du même nom, très douce et envoûtante, dont l'on remarque très bien qu'elle fut écrite à l'époque des deux premiers albums, et où le thème de la fuite à deux prend un nouveau goût, sucré et enviable au reste: "Can't you feel it now that spring has come, that it's time to live in the scattered sun?". Le morceau fini sur un simple énoncé, rendant très bien le caractère absurde de l'existence: "This is the strangest life I've ever known."
You make me real est une magnifique "déclaration d'amour", sans doutes écrite pour Pam. Morrison y avoue qu'il a réellement besoin de sa compagne, qu'elle seule le rend "réel". Un morceau à écouter en boucle, par certaines périodes, tant il est énergique et spontané: "Really need you, baby, God knows I Do. (...) You make me real. Only you have that appeal."
Peace Frog est le fruit d'un hasard bienveillant, Paul Rotchild ayant posé sur la composition sans paroles de Krieger un texte trouvé dans l'un des carnets tenus par Jim à l'époque, avec pour en-tête "Histoires d'avortements", référence aux nombreuses petites amies de Morrison et dont les histoires se sont terminées au fond d'une cuvette. Mais l'on n'imagine mal cette référence sordide en sé référant aux paroles du morceaux. Ce que l'on y trouve, c'est une grenouille venue délivrer toutes les villes de leur misère, voire aider le poète à supporter ces visions cauchemardesques: " She came just about the break of day. She came, then she drove away, sunlight in her hair."
Blue Sunday est une parodie du chanteur de charme, sur des paroles très brèves, chantée suavement. Ship of fools, morceau de jazz rock, se veut dénonciateur de l'orgueil démesuré de la race humaine, obstinée à détruire au point d'aller envahir la Lune.

La deuxième face du disque commence par une chanson de marins, Land ho !, sur un rythme festif, composée par Krieger. Puis vient The Spy, l'un des meilleurs morceaux de l'album, où le poète se désigne comme un espion dans l'antre de l'amour et où sont évoquées les peurs secrètes, sur un blues mystérieux. Chanson magnifique, langoureuse, dont l'on se débarasse difficilement une fois qu'elle est ancrée dans les tréfonds crâniens:
"I'm a spy in the house of love.
(...) I know your deepest secret fear.
.
Morceau qui précède à merveille Queen of the Highway, l'un des plus réussis de la dernière période des Doors, évoquant avec tendresse l'histoire de deux enfants du pays, qui se retrouvent après avoir traversé la "Grande Route".

"He was a monster black dressed in leather ;
she was a princess, queen of the highway.


Indian summer n'a rien de réellement particulier. Chanson très courte, tranquille et flemmarde, qui fait office de déclaration simple et sincère. Maggie M'Gill est un très bon morceaux de blues, à la ligne de basse effectuée par un musicien extérieur, présentant cette petite demoiselle qui fuit la maison pour aller dans une ville où les gens savent s'amuser. C'est particulièrement sur ce morceaux que l'on remarque les changements dans le timbre de voix de Morrison, enrouée par le tabac et l'alcool, mais aussi plus mûre et certaine. Le morceaux termine l'album par la péroraison d'un ivrogne, conclusion nécessaire pour comprendre le tournant musical qu'emprunte le groupe, et plus particulièrement Morrison, bien décidé à faire du blues et à ne montrer de lui que son image de poète:
"Well, I'm an old blues-man
and I think that you understand.
I've been singin' the blues
ever since the world began."


En tous les cas, le retour annoncé dans l'incantation qui terminait The Soft Parade est bel et bien là, Morrison fait un bon prodigieux, délaissant de façon plus ou moins illusoire et éphémère ses vieux démons, pour renaître sous une autre peau.

Photo prise en décembre 1970
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dimanche, 28 janvier 2007

The Doors, longue vue: Partie IV

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1969: The Soft Parade

L'on pourrait dire que c'est là l'album le moins réussi du quatuor, plus que jamais sous la pression des médias et d'Elektra, leur maison de production. Tout comme dans Waiting for the sun, l'on ne trouve aucune structure et le disque enchaîne des morceaux pop-rock, sans grande originalité musicale.

1969 est l'année des plus gros débordements de Morrison, tant dans sa vie personnelle (mésentente immense avec le reste du groupe, consommation excessive et régulière d'alcool) qu'en concert (par exemple, à Miami, en mars 69). Le Roi Lézard a perdu sa silhouette d'éphèbe grec et apparaît négligé au yeux de son entourage, avec ses longs cheveux et sa barbe, vêtu simplement d'un Jean et d'un vieux T-Shirt, lorsqu'il ne porte pas son fameux pantalon de cuir des semaines durant. Le travail d'enregistrement ne l'intéresse que très peu, aussi s'investit-il dans son travail poétique et nourrit-il quelques projets cinématographiques. Il est improbable de le trouver à l'heure et à jeûn à une répétition et il étonne les rares fois où il apparaît lavé et rasé de frais. Le serpent a mué, une extraordinaire métamorphose a eu lieu, Morrison délaissant son rôle de rockstar, pour devenir un "old bluesman". Pour preuve, la photographie utilisée pour l'album est antérieure à son enregistrement, Elektra refusant de montrer Morrison détérioré à ce point. Sans aucuns doutes l'année la plus sombre du groupe: les trois musiciens rejettent leur frontman, celui-ci en venant à décider qu'il faut, sur la tracklist de l'album, distinguer chaque auteur des morceaux, ne voulant être assimilé aux compos peu satisfaisantes de Krieger, pourtant l'auteur du succès Light my fire. La relation entre Pam et Jim devient des plus bouillonantes, chacun cocufiant l'autre avec zèle, la jeune rousse tentant en vain de décider Morrison à quitter le groupe pour se consacrer entièrement à la poésie. Tout cela nous offre un album peu convaincant, mais qui sera encore une fois un immense succès commercial.

Photographie prise lors du concert à Miami, à la suite duquel un procès fut attenté à Morrison pour, entre autres, "simulation de masturbation"

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Jim Morrison et Pamela Courson
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La plupart des morceaux acquièrent une sonorité blues prometteuse, mais restent dans la lignée d'un rock populaire, comme pouvaient en produire les Stones. Les morceaux comme Shaman's blues, Do it, Easy ride et running blue sont relativement brefs et se ressemblent, dans l'ambiance qu'ils instaurent, et par la facilité presque déconcertante des paroles, souvent écrites par Krieger.
Tell all the People, Touch me, Wishful Sinful et Wild Child ont une réelle identité blues, languissantes et entraînantes à la fois. Elles demeurent encore les chansons les plus sympathiques de l'album, sans être grandioses.

L'on sent très bien le manque d'investissement de Morrison sur l'intégralité de l'album. Il n'a écrit les paroles d'à peine la moitié du disque, paroles qui ont beaucoup perdu en valeur poétique, n'ayant plus qu'une fonction "populaire".
Mais il reste un morceau ultime.

Dans l'enregistrement fait par les Doors en 1969, pour la CBS, l'on voit Morrison barbu, la brioche pendante, épuisé et tourmenté. Il chante la plupart des morceaux du nouvel album, terne, le regard vide. Lorsque le présentateur l'interviewe, il marmonne, se cachant derrière ses lunettes de soleil et la fumée opaque de son cigare. Et vient le réveil, un regain d'énergie pour entamer The Soft Parade, morceaux qui conclut la prestation vidéo, et l'album. Une composition incroyable, porteuse d'images poétiques puissantes, à travers laquelle Morrison se décline intégralement. L'ensemble de ce long poème traduit les ressentis de son auteur, ses peurs et ses regrets, ses attentes. Il commence par une sorte d'invocation, lançée à la manière des prophètes urbains, criée, exultant toute sa sentimentalité: "You cannot petition the Lord with prayer!"

Puis vient l'invitation au calme, au retour à la ralité avec laquelle le poète n'a plus aucun lien:
"Can you find me soft asylum?
I can't make it anymore;
The man is at the door"


Puis, sur quatre couplets se dresse un tableau délirant, chaotique mais posé, peignant divers personnages, des envies, une réalité hallucinante, lancinante, comme une longue prière scandée par des gens qui s'amusent. Morrison y évoque les "collines à succès" qui sont faites pour durer et invite à pénétrer cet endroit pour le protéger. L'on peut très bien voir là la métaphore de sa carrière avec les Doors: il s'y sent épuisé et honteux, mais veut préserver l'énergie qui faisait vivre le groupe à ses débuts ("What got us this far, to this mild Equator?"), jusqu'à ce qu'il avoue que tout est dépassé, il est trop tard, pour faire machine arrière, et inclut dans ce triste constat sa relation avec Pam:

"But it's getting harder
Too late, baby!
callin' on the dogs.
Shoot a few animals left out in the yard,
but it's gettin'
much higher
(...)
We were so alone
Better bring your gun."


Sur l'enregistrement vidéo, Morrison s'anime avec l'énergie d'un vieillard, pourtant si jeune et vivant, et chantant son espoir, calquant son poème sur la musique de ses compagnons d'infortunes, et sur des contorsions de statue brisée.
Pour finir l'album dans un vent majestueux, à la manière des deux premiers disques, il jette son espoir dans une incantation splendide, cérémonieuse, cruciale:

"When all else fails, we can whip the horses' eyes
and make them sleep and cry.


Jim Morrison, en Juillet 1969

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mardi, 23 janvier 2007

The Doors, longue vue: Partie III

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1968: Waiting For The Sun

La réalisation de ce troisième album fut totalement différente de celle des deux premiers. En effet, alors que ces derniers étaient composés de morceaux qui avaient vu le jour au fur et à mesure des concerts, pour être sans cesse pauffinés et aboutis, ceux de ce qui serait néanmoins un troisième opus, se sont vus composés lors de longues et laborieuses séances d'enregistrement. Le groupe aurait voulu travailler avec méthode? Certainement pas. Mais lorsqu'un contrat vous lie et qu'il faut produire six albums en quatre ans, on le fait. La qualité de l'album s'en ressent: l'on ne retrouve plus l'unité, cette sorte de puzzle dont chaque morceaux est une pièce. De même, l'unité du quatuor se perdait peu à peu. L'album n'a pas d'intégrité propre, les morceaux s'agencent de façon désordonnée. C'est à cette époque que les premières tensions commencent d'apparaître au sein du groupe, tensions principalement dûes au comportement excessif de Morrison et au fait que le groupe doive créer pour faire du blé. Autre chose, les trois musiciens refusaient d'inclure dans l'album le long poème The Celebration of the Lizard, auquel Morrison consacrait temps et énergie. La poème, mis en musique dans son intégralité, ne donnait que des résultats décevants, les musiciens ne servant plus que de simples supports à la poésie de leur leader, bien loin de la symbiose que l'on remarque dans les deux premiers albums, entre les images poétiques des paroles et la musique qui les nourrit, et les transporte.

La plupart des chansons du disque ne sont que de "simples" chansons d'amours, populaires, telles que Hello I love you, Love Street, Summer's almost gone, celle-ci se détachant néanmoins des autres de par sa mélodie envoutante et la voix langoureuse de Morrison, Yes the rivers knows, We could be so good together et Wintertime love. Bien sûr, cela reste de bons morceaux, mais plus réellement originaux, dont l'on se lasserait presque si leur mélodie n'était pas si entraînante.
Deux morceaux apportent une touche de nouveauté à l'album: My wild love, scandée à la manière d'un rituel chamanique, sur un rythme de percussions indiennes, accompagnées de voix en transe, d'un autre monde. Et Spanish caravan, originale de par ses sonorités espagnoles, bien évidemment.

Néanmoins, l'on trouve sur cet album trois des morceaux les plus mythiques du groupe. Tout d'abord, Not to touch the earth, extrait de la Célébration du Lézard, le seul qui semblait être réellement enregistrable, une sorte de lot de consolation pour Morrison. Cette piste regorge de toute la poésie dont Morrison était capable, offrant une atmosphère presque oppressante, pour déboucher sur une libération des plus ultimes:

"Wait!
There's been a slaughter here.
(...)
Moon, moon, moon,
I will get you
Soon!
Soon!
Soon!
I am the Lizard King
I can do anything.
"

L'enregistrement complet du long poème est disponible en bonus track, dans le coffret The Doors of perception, récemment sorti à l'occasion du quarantième anniversaire du premier album. En soi, il est vrai que cela reste de l'expérimental. Envoutant, bien sûr, mais la musique semble ne pas toujours accompagner les vers, comme si elle n'était capable d'en supporter autant, de se mettre à niveau. En concert, lors d'improvisations poétiques, Morrison récitait souvent des fragments de la Célébration, en murmures ou à pleine voix, se projetant lui-même à travers sa poésie. Grandiose, et déchirant.

The unknown soldier, est une chanson pacifiste, évoquant la tombe du soldat inconnu, invitant à attendre la fin de la guerre. En milieu de morceau est mimée une exécution, "Company halt! Presents arms.". En concert avait lieu à ce moment un sketch des plus simples: Densmore exécutait un roulement de tambour tonitruant, Manzareck se tenait debout, dos au public, levant le poing, tandis que Krieger visait Morrison de sa guitare. Au signal de l'organiste, le chanteur, jusque-là les yeux fermés et les mains dans le dos, s'effondre à terre suite au coup de fusil sonore de Krieger. Puis il se relève, reprend le morceaux, et chante d'une voix enjouée, souriant de sa gueule d'ange, et écoulant ses paroles du plus profond de ses tripes. Le morceau se termine par une grande nouvelle "The war is over", et un humble salut. La chanson était des plus appréciée, et particulièrement ce sketch. Certains biograhes du groupe vont même jusqu'à dire que c'est grâce aux Doors que la guerre du Viêt Nam a pris fin. L'on comprend aisément l'engouement de Morrison pour cette cause: son père, qu'il détestait, était amiral sur l'un des premiers portes-avions chargés d'apporter la destruction dans les villages Viet. La popularité du morceaux fut sans doutes l'une des causes du fichier dressé par le FBI sur Morrison, black listed.

Enfin, Five to one, autre chanson d'amour, précisant que tout est possible, même à cinq contre un. En concert, ce morceau sert souvent d'introduction, en medley avec Loves hides et Backdoor man.

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lundi, 22 janvier 2007

The Doors, longue vue: Partie II

medium_557.jpg1967: Strange Days

Le second album, sorti neuf mois après seulement, s'inscrit dans la continuité du premier, et chacun des morceaux s'est vu paufiné sur scène, à l'époque des concerts réguliers dans les bars de Sunset Strip. Le premier, Strange Days, évoque cette période étrange, qui enveloppe deux individus, un groupe d'amis, où les joies sont amputées. Comme c'était le cas pour le premier album, la première chanson se veut être une introduction, un pacte avec l'auditoire: " seuls, corp surs égarés, souvenirs abusés, comme nous passons du jour à une étrange nuit de pierre".
You're lost little girl, Love me two times, Unhappy girl, entament profondément le thème de l'amour bizarre, avec amertume, débouchant sur des regrets habituels, des tons musicaux proches, comme un seul et unique morceau. Puis vient Horse Latitudes, un poème de jeunesse de Morisson, particulièrement oppressant, où l'on y noient des chevaux. La diction de Morisson, presque religieuse, s'accompagne de cris et d'un piano saccadé: "Their stiff green gallop, and heads bob up / poise / delicate / pause / Consent". L'on en ressort difficilement en bon état, l'esprit est tourmenté, juste avant de trouver le repos grâce à Moonlight drive, narrant la ballade d'un couple au clair de lune et de nouveau, la fuite, de la ville, du quotidien.
People are strange est un morceau grandiose, aux paroles courtes, reprenant délicieusement la solitude du gars étrange, à qui tout le monde semble bizarre, le tout sur une musique des plus enjouée, où l'on s'imagine danser en ronde sur des rues pavées.
My eyes have seen you et I can't see your face in my mind se font face, en un contraste entre la vision d'un visage angélique et celle de celui que l'on ne peut regarder sincèrement.
Enfin vient When the music's over, composition d'une dizaine de minutes, et qui clôture l'album. C'est un morceaux aux images poétiques intenses, mélangeant amertuem, cris de souffrance, visions extra-lucides et un passage langoureux, presque marmonné, que certains qualifient d'"écologique":
Qu'ont-ils fait à la terre?
Qu'ont-ils fait à notre soeur si pure?
Ils l'ont dévastée, pillée, éventrée, déchirée,
percée de couteaux au flanc de l'aube.


L'album se termine sur une incantation musicale, louant la musique elle-même, et mettant un point final, de la même manière qu'à la fin du premier album:
"Music is your only friend until the end,
until the end, until the end.

The Doors, longue vue: Partie I

Entre 1967 et 1971, les Doors ont sorti 6 albums, que l'on peut classer selon trois périodes, toutes bien distinctes. Passant du rock psychédélique au blues, ces six albums sont intéressants, d'un point de vue musical bien sûr, mais aussi et surtout en regard de la manière dont s'offre Morrison à travers sa façon de chanter, et ses paroles, qui retracent sa vie intérieure, et son évolution.

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1967: The doors

Le premier album se compose de onze morceaux, qui s'imbriquent les uns aux autre dans une continuité parfaite.
La première chanson Break on through est une invitation à pénétrer de l'autre côté, afin de laisser derrière soi les traumatismes quotidiens, et parvenir à aller au-delà, plus loin. Soul Kitchen exprime les causes de ces besoin de voir derrière la porte mêlant évocations de désirs, d'impossibilités, de regrets. Elle est avant tout un hymne à la femme et à ce qu'elle représente, malgré les souffrances qu'elle peut causer, elle demeure d'une importance capitale.
Crystal ship, très mélancolique reprend le thème de la fuite, sur un bateau imaginaire, en compagnie de la muse, avant que tout ne soit trop tard. La voix de Morrison y est langoureuse, presque mystique. Après Twentieth century fox, seule chanson qui ne rentre pas vraiment dans l'unité du disque, Alabama Song est reprise d'un passage de Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, opéra moderne de Kurt Weil, et dont les paroles sont quelque peu adaptées. Et vient une grande composition Light my fire de sept minutes, le deuxième plus long de l'album. C'est cette chanson, composée par Robby Krieger, le guitariste, qui assurera le succès au groupe. Une chanson simple, facile à retenir, évocatrice et aux timbres psychédéliques, dûs à l'organiste, Ray Manzareck, qui trouve sa place avec tact et y est particulièrement présent. Backdoor man semble être un sursaut de Morrison, qui y explique qu'il est un homme "qui passe par derrière", prévenant l'auditoire masculin qu'il entrera dans la maisons des filles, par la porte de la cuisine, pour piquer leurs petites amies. En concert, la chanson se voulait provocatrice, et plus qu'évocatrice. I looked at you est l'introduction à la dernière "partie" de l'album, évoquant la fille qui a été vue, qui ensorcelle.
End of the night et Take it as it comes sont des appels à prendre la fuite, ensemble, sans se préoccuper du reste ou de ce qu'il pourrait arriver, la première étant une invitation plus mélancolique, presque cérémoniale ( "pars en voyage au minuit éclatant"), alors que la seconde est beaucoup plus souriante et enjouée.
Enfin, vient le morceau qui tombe à point nommé pour clôturer l'album: The End. Il devait à la base raconter l'histoire simple d'une rupture délicate, mais c'est en concert que se sont intégrées la plupart des paroles, au fur et à mesure. Le début de la chanson évoque un constat, la prévention d'un homme ennuyé à ses amis, disant que la fin est sa seule amie. La première moitié du morceaux se concentre sur ce thème, jusqu'à la phrase "The killer awoke before dawn qui marque le début d'un court poème, pour déboucher sur le passage Œdipien, célébrissime, où Morrison déclare à son père qu'il veut le tuer, et à sa mère, la baiser. Il reprend ensuite son invitation à la fille, lui demandant de partir avec lui: "Come on, baby, take a chance with us, and meet me at the back of the blue bus.... Après cette phrase, chaque musicien se lance dans un passage psychédélique, exalté et puissant, empli d'émotions qui s'entrechoquent. En concert, c'est à ce moment que Morrison entame ses fameuses danses chamaniques, murmurant dans son micro et criant. Les trois derniers vers du mroceaux sont particulièrement pessimistes et douloureux: "La fin du rire et des doux mensonges, la fin des nuits où nous avons voulu mourir, voici la fin.

lundi, 15 janvier 2007

Grover Washington Jr.: Winelight

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Cela faisait un bon moment que je n'avais plus fait une aussi heureuse découverte musicale, au niveau du jazz du moins. Irrémédiablement, le jazz a toujours le don de m'attirer vers des sensations que l'on ressent souvent, peu importe l'occasion, et sur lesquelles l'on ne parvient pas forcément à mettre le doigt. Cette musique les réveille, aussi enfouies puisse-t-elles être, les attire à la surface, jusqu'à un frottement de peau, un doigt sur les lèvre qui invite à un léger flottement, à la sensation de douce chaleur. Jusqu'à maintenant, ceux qui m'ont le plus touché demeurent Django Reinhardt,en particulier les morceaux Tears,Les yeux noirs et Vendredi 13, capables de déposer toutes les émotions sur un tapis volant et de nous entraîner avec elles, ou que l'on soit. Je n'oublie pas non plus Anouar Brahem, un jazz oriental à l'opposé de celui de Reinhardt, mais qui a tout autant le don de transporter, de donner des états de pureté singulière.
En dehors de cela, aucun autre ne m'a réellement à ce point séduit. Bien sûr, il reste les classiques, Armstrong, Parker et Miles Davis, ou Glenn Miller, qui sont des génies du jazz, tout autant poignant.

Et là, une révélation, l'album Winelight de Grover Washington, sorti en 1980. C'est un jazz moderne, limpide et jovial, teinté de petites gouttes de mélancolie, pas bien persistantes. J'ai toujours les mêmes sensations en l'écoutant, qui font me sentir magnifiquement vivant. Tout l'espace du café rouge/orangé est embrumé, chacun communie d'un seul esprit. Au dehors, la pluie battante pousse les badauds venir se réfugie ici, là où les instants de vie se font purs mais déchaînés.
Un morceaux qui me saisit plus que les autres, bien que les paroles me paraîssent un peu "fleur bleue" voire naïves: Just the two of us. Grover y pose sa voix, sucrée et rassurante, ainsi que des envolées de saxo qui nous attire en dehors de nous-même, dans une sorte d'Eden universel.

Magnifique, et vivant, donc. L'on ne peut s'empêcher de monter le son, jusqu'à ce que les notes ricochent, avec un peu d'amertume, sur les murs, jusqu'à m'envelopper de douceur, comme le compagnon de celui qui attend le retour de l'hiver.

"Just the two of us"

I see the crystal raindrops fall
And see the beauty of it all
Is when the sun comes shining through
To make those rainbows in my mind
When I think of you some time
And I want to spend some time with you
Just the two of us
We can make it if we try
Just the two of us
Just the two of us
Building castles in the sky
Just the two of us
You and I
(..)
I hear the crystal raindrops fall
On the window down the hall
And it becomes the morning dew

dimanche, 25 décembre 2005

Anorexia Nervosa: Apocalypse d'un Eden musical

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Dans ces jours passés, parmi les choses qui affectaient grandement mon humeur et m'avaient conduit au fond du gouffre, outre le fait que j'ai pu déchoir ma famille, que ma bien aimée, et le tabac disons-le, me manquaient,j'ai appris mardi, par l'intermédiaire du site officiel, que RMS Hreidmarr décidait de quitter Anorexia Nervosa. Certains trouveront cela ridicule de se sentir tant "affectés" (oui gardons tout de même les guillemets quoique cela ne m'étonnâsse pas qu'ils soient de trop), eh bien, je les emmerde.

Pour ceux qui depuis longtemps s'intéressent à ce groupe, ils connaîtront déjà leur biographie, leurs albums. Anorexia Nervosa, c'est trois albums principaux: Drudenhaus-New Obscurantis Order-Redemption Process, sans oublier un dernier EP et une démo. Anorexia Nervosa, c'est toute la monstruosité musicale dont sont capables des musiciens acharnés, charismatiques et somme toute ô combien talentueux.
Anorexia Nervosa, c'est la rage, la puissance et la limpidité de Nilcas Vant, à la batterie. C'est aussi le jeu rapide et ensorceleur de Maître Stefan Bayle, à la guitare, les orchestrations richissimes et époustouflantes de Neb Xort, au clavier, sans oublier Pier Couquet. Mais c'est aussi et surtout, RMS Hreidmarr, un dieu s'il pût en être, dont le charisme et la voix n'en ont fini de subjuguer tout ce qui s'est fait et se fera jusqu'à présent, un chanteur époustouflant, en plus d'être un parolier hors-normes.

Chaque album d'Anorexia possède sa structuration propre et reste indépendant du reste de l'oeuvre. Quoique l'on peut tou de même considérer une suite logique, en plus de la suite chronologique des albums. Chaque album est somptueux, on y trouve tout le talent du groupe, des innovations, des paroles qui ne perdent rien de leur splendeur, et parfois quelques reprises, interprétes avec le plus grand plaisir par ces artistes hors du commun.

Ainsi les regrets affluent, non pas à cause de la décision du chanteur, après tout, tout doit avoir une fin, peut-être leur niveau n'aurait-il plus été le même s'ils avaient joué à contre coeur. J'ai eu l'immense plaisir de les voir sur scène, au Metal Therapy, l'an dernier. tout simplement dantesque, et je pèse mes mots. Nilcas martèles ses peaux, Stefan sort des riffs du fond de ses tripes et Hreidmarr ensorcele la foule. Son aura haineuse et redemptrice englobe la masse grouillante, plus rien n'existe, sinon eux. La capacité de faire réagir tout un public entier, à l'unisson, à la manière d'un Freddie Mercury capable d'enflammer tout un stade à lui seul. Je me souviens encore des acclamations à la fin de Stabat Mater Dolorosa, Hreidmarr excitant le public, tous à gueuler à pleine voix, une seule et même clameur "New Obscurantis Order". C'est adns ce genre de moments que le coeur palipite comme jamais, que les veines affluent, saillantes. Pour dire, dans cette atmosphère grandiose et sans équivoque, Anorexia parviendrait presque à me faire rejoindre les rangs des communistes, imaginez-vous.

Ainsi Hreidmarr a-t-il peut-être trouvé sa Rédemption autrepart qu'au sein d'Anorexia Nervosa. Somme toute il restera un grand et fabuleux artiste, qui aura accompli des choses encore jamais égalées, et qui resteront à tout jamais gravées dans mon coeur. La musique d'Anorexia résonne chaque jour pour moi comme une litanie, plusieurs heures de suite sans que jamais je ne m'en lasse. Leur musique tonnera à jamais en l'Eglise de la Redemption.

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