05.11.2009

Confessions en pleine nuit

La nuit, c'est la solitude qui marque le coup. Le silence de la pièce est seulement troublé par la respiration du réfrigérateur, et je tente de glisser silencieusement mes doigts sur le clavier pour ne pas la réveiller. Même le chat s'est décidé à dormir, et ne joue plus avec n'importe quel bout de papier froissé. Ça, c'est précisément le genre de vacarme étouffé qui peut vous empêcher de dormir, celui du chat confronté à un boule de papier inerte. Et cela lui donne l'air d'être un incroyable chasseur.

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15.09.2009

Note dinformation

Je bois pour oublier que je n'ai pas d'avenir. Pour oublier que je suis en vie et ce que je ne serai jamais. Je titube dans l'escalier qui rétrécit et me rends compte que la prochaine seconde sera peut-être déterminante. Ou la suivante. A mon âge, certains rêvent d'une maison splendide, d'un travail méritant, de la femme et du chien qui vont avec.
Bien entendu, je ne m'imagine pas révolutionner le monde en racontant ces quelques sornettes. Ce sont des faits, et rien de plus que cela. Voir les mots se former un à un sur l'écran est une sensation pour le moins satisfaisantes, presque orgasmique. Il suffirait de ne pas avoir à regretter sans cesse le passé pour que le quotidien se révèle à la hauteur des attentes jamais formulées. Mais je suppose que c'est déjà trop demander. Ce ne sont que des faits, et rien de plus que cela.

03.09.2009

Vieillesse express

La liberté d'expression implique-t-elle le devoir de s'exprimer?
Ca me ferait marrer qu'on réponde à cette question, et puis, au bout de quelques minutes, ça ne m'intéresserait plus.

Il y a trois ans j'étais aux portes de la majorité. Jeune, insolent, sûr de moi, presque improbable. Et puis j'ai connu la fatigue, la sensation de trahison, la frustration, la mort, les insomnies. De façon plus récente, la sérénité, l'amour inconditionnel, les tapis roulants qui avancent toujours vers un lendemain presque sûr.
Toujours est-il que je vais prendre deux ans dans les dents. Cette impression me fait sourire: je suis vieux, j'ai le double de mon âge terrestre. Ce n'est rien, je m'y suis habitué, et cela a quelques avantages.

Non, cette sensation de vieillesse tient surtout de ces projections nouvelles dans l'avenir. Il faudrait brûler toutes les pages de calendrier. Comme tout le monde, je vais faire les courses, j'attends ma fiche de paie, je surveille mon compte à découvert. Je commence même à regarder les vitrines d'agences immobilières.
Voilà, on y est. Où est l'instant, le pur instant, la fuite entre deux secondes? Je passe mon temps à déployer tous les efforts possibles pour revenir dans cette unique réalité: le présent.

Alors, en contrepartie, j'écris, je baise et je bois. Non pas qu'il n'y ait que ça dans ma vie, mais ça me fait me sentir jeune. Je suis un vieillard qui recherche les débris de ses vingt ans.

Maintenant nous pouvons rire.

03.06.2009

Discours pessimiste

Les glaçons qui se battent et le plancher qui grince. En un sens, ce serait exactement comme attendre sur le bas-côté d'une autoroute lancée à pleine allure. Poiroter peinard avant que la Grande Faucheuse ne vienne relever les compteurs. Un verre à la main, je suis mon propre confident à distance. Silence radio, je n'ai rien à dire pour ma défense. Je ne tiens même pas à envisager la possibilité de me tromper. Pourtant en un sens, ma jeunesse a en grande partie foutu le camp.
J'ai beau être présentement plein d'une vigueur éblouissante, je sais déjà que je me lèverai demain matin toujours dans ce même lit, que j'attendrai l'heure du repas en fumant mes trois clopes et en m'envoyant une cafetière de café, que j'irai accomplir mon boulot stupide. Et ainsi va la vie, crevez jeunesses La routine que j'ai tant pris soin à fuir durant tant d'année ne va pas tarder à me plaquer au sol pour me foutre les menottes. Et moi j'attends béatement, dans une gêne presque religieuse. Je ne peux parler à personne, car il n'y a que moi qui puisse régler bon nombre de conflits intérieurs.

Il y a sur mon étagère quelques figures de légende, de ceux qui ont su s'absoudre de tant de règles, de tant d'horaires à la noix qu'ils sont parvenus à laisser leur empreinte sur l'Histoire. Et ce tout bonnement parce qu'il leurs a fallu à un moment ou un autre se délester des poids communs à tout à chacun.

J'aimerai savoir le nombre de personnes qui se lèvent le matin en ayant qu'une seule envie: foutre le feu à leur maison et à leur identité tout entière, et ainsi pouvoir envisager autre chose que le paiement des amendes forfaitaires et la baise du vendredi soir. Au fond de moi, j'aspire encore à ce que cela ne soit que foutaises, qu'il y ait un déclic possible ne se soustrayant qu'à une attente encore peu probable. Qu'on se plaigne de moi, je cohabite encore parfaitement avec mes démons.

Discours réaliste

En allant récupérer la voiture après le travail, un vers trottait dans ma tête et me harcelait. "Aux enfants / qui ont rencontré l'injustice / au milieu d'un puzzle en plein soleil." A chaque pas cela s'intensifiait et cela devenait déterminant de m'en débarrasser d'une manière ou d'une autre, comme d'une faute d'orthographe, une erreur que l'on tente de ne plus reproduire.
L'opportunité de me retourner était insaisissable. Être au bord du gouffre, constamment à deux doigts de tout perdre, et toujours s'en tirer de justesse, il n'y a rien de meilleur. Vous vous sentez ainsi d'une liberté inébranlable, les possibilités se dégagent soudainement et vous ne pourrez rien laisser pour vous ralentir. Les obstacles sont à détruire ou à laisser derrière soi.

J'aime les défis, ils sont comme une course avec un inconnu dans la nuit messine. Il y a une semaine à peine, je me souviens de cet enfoiré qui me dépassait sur l'artère principale, devant piler net à chaque feu rouge. D'un coup tout s'affole et, dans la mesure du possible, je l'avais eu. Cette fois-ci, j'avais eu plus de couilles qu'un autre.
Être prêt à se sacrifier entièrement nourrit d'une manière considérable la sensibilité. Sans m'y attendre, je nettoie mon cerveau à coups d'alcool, jusqu'à m'élancer au plus profond de chaque son, de chaque couleur. De chaque seconde. "Au défi, alors, tu peux en avaler un de plus?"

03.05.2009

Minute claire

Je me suis dit à ce moment-là que j'étais la pire des merdes, en la voyant l'autre soir totalement effondrée, alors que je n'avais que quelques mots à lui offrir, mais certainement pas assez pour la remettre d'aplomb. Aucune promesse disant que tout irait bien, aucune certitude, et mon seul geste de survie était encore une fois d'allumer une clope. Je peux me regarder dans la glace et me dire qu'il y a une quantité de potentiel gâché dans les excès. Me dire aussi que si je perds tout du jour au lendemain, ce ne pourra être que de ma faute. De toutes manières, on ne peut s'en prendre qu'à soi-même, uniquement.

L'autre jour la kinésiologue se trouvait sur les hauteurs d'un petit patelin, là où il n'y a que du soleil et des oiseaux, sans aucune pollution, fuite en dehors de la ville, extra-matérielle. Voilà tout ce que j'avais trouvé pour réduire à néant mes démons, ou tout au moins les pointer du doigt en leur ricanant au nez, avant de leur promettre que j'allais leurs casser les dents. Aller voir quelqu'un qui me paraissait d'avance être une sorcière vaudou. Simplement en me touchant, elle est capable de dire que je suis rempli à ras-bord, d'angoisses et d'addictions. "Je sens bien que vous ne vous supportez plus comme vous êtes, vous en avez marre de tout ça, l'alcool, la codéine."

Genre, on ne pourrait pas s'en douter. Comme si ça m'amusait de devoir fuir son regard à chaque fois que je sors une bouteille de whisky à peine achetée. Et toujours je trouve une excuse. "Ca ne va pas trop en ce moment. Promis après celle-là j'arrête. Oh mais c'est juste comme ça. De toutes manières je fais ce que je veux."
Au lieu d'admettre tout bonnement que je ne suis devenu qu'un pauvre alcoolique, à vingt ans. Je me servais un autre verre en n'oubliant rien, seulement l'angoisse qui s'endormait sous les glaçons, bien en-dessous des cendres des cigarettes enchaînées. Et je repense à toutes ces fois où elle m'a supplié de lui parler, de lui dire ce qu'il n'allait pas. Incapable. J'étais incapable d'exprimer mes tourbillons à la seule personne qui devait savoir. Se terrer dans le silence en étant persuadé qu'il n'y a aucun problème.

Au fond, je m'en veux. Cette culpabilité qui me faisait jadis défaut est en train de resserrer ses doigts sur mes paupières. Si je pouvais remonter le temps d'une année, je pense que je lui dirais de s'enfuir, de me fuir, car pour rien au monde elle ne mériterait d'avoir à subir mes sautes d'humeurs, mon alcoolisme et mes sarcasmes, ma violence parfois. Je lui affirmerai qu'elle vaut bien mieux que tout ça. Il me faudrait alors me priver des mois les plus fabuleux, simples et sincères de mon existence, mais elle aurait au moins échappé à tout ça. Jusqu'à cet enfoiré de première qui me disait cet après-midi "Tu trouves pas que t'y vas un peu fort?"

Et puis je me sens transformé depuis mon passage chez la kinésiologue. Le whisky a beaucoup moins d'attrait, et tout m'apparaît plus clairement, dépoussiéré, comme si j'avais enlevé la buée qui recouvrait le miroir. Alors je n'ai plus qu'une idée fixe, une dernière obsession qui sera le revirement que l'on attendait tant: mettre fin à tout ça et lui rendre les honneurs et les précieuses secondes qui lui sont dus. Il en va d'une promesse tenue d'avance.

06.04.2009

Avancée terrestre

Sur le balcon, un cigare entre les dents, je profite du seul moment de la journée où le soleil ne se fait pas angoisse étouffante. Un vulgaire soda pour accompagnement, cela n'a pas d'importance pourvu que les cendres ne s'invitent pas entre les touches du clavier. Les beaux temps font leur apparition est déjà les terrasses des cafés sont pleines, et déjà je transpire en attendant la nuit, qui me vole mes excès et mes sursauts sans sommeil.

J'erre en m'affolant entre les pigeons et les voitures, tentant de me débattre en vain contre un avenir qui m'échappe, trop flou pour s'avancer avec certitude. Décider tout d'un coup d'une voie professionnelle m'emmerde profondément, m'angoisse. Si j'étais capable d'écrire toute une nuit entière, peut-être qu'effectivement je pourrai faire de cette secousse une activité à temps plein. Mais ce n'est pas le cas et ni le temps ni le temps ne sont certains.
Un pigeon s'envole et compte rejoindre l'horizon avec une aile froissée. Comble de l'ironie.

A cette période, je souffrais sans délices il y a deux ans. L'an passé je n'en finissais plus de découvrir les joies simples du quotidien.

Vérifiant qu'il n'y a personne en bas avant de jeter le mégot de mon cigare par-dessus la balustrade, je ferme les yeux en songeant à toutes les improbabilités de demain.

28.02.2009

Minute au rabais

J'affiche de lamentables statistiques tandis que mon radio-réveil n'en finit plus de clignotant, affichant une rangée de zéros. Ce serait un coup du sort que je ne m'en étonnerais même pas, alors qu'il me faudrait simplement penser à rétablir le cours normal des choses, rétablir l'heure d'une volonté quasi divine.

C'est réglé, je me contrarie à entendre mes propres souvenirs en échos au fantastique des autres. Je vide mon whisky d'un trait (une exécution sommaire, en fait) et me prépare à continuer au goulot. Cela ne m'étonne même pas et je n'ai nullement besoin de quelconque prétexte. Parfois, je me rate au détour de chaque seconde, et j'explore les plafonds jusqu'à m'en brûler les doigts aux néons calfeutrés. J'admire ce que certains appellent le bon temps car je ne connais que la continuité, un espèce de goût amer indissoluble de ce qui devrait être la satisfaction totale. Mes regrets sont périmés depuis longtemps, alors je les arrose de whisky.

Je me contiens pour ne pas me mettre à gueuler auprès de l'automobiliste de devant, un sale enfoiré qui a cru se foutre de ma gueule en me doublant et qui n'est même pas foutu de passer à l'orange. Par le silence, je serai alors l'imposteur que j'ai toujours rêvé d'être. A mesure que la ligne continue défile, tendue comme un shoot de codéine, je réalise que j'ai moi-même, par le passé, foutu en l'air trop de temps. Quelle que soit la situation, l'on ne peut s'en prendre qu'à soi-même. Jetant toute l'énergie dont je dispose de tous les côtés, il m'est impossible de savoir ce que je fais exactement. Mais je le fais. J'aurai au moins essayé. Bordel, j'aurai au moins essayé.

27.01.2009

Gobelet à dés

Je suis assis à la première rangée du petit amphi et vois un classeur qui se casse la gueule à deux pas. Dans les quinze secondes qui suivent, personne ne semble vouloir se bouger pour le ramasser. Et en l'occurrence, ça commence à sérieusement polluer mon espace vital, que je tente au maximum de préserver ces derniers temps. Alors je me lève et ramasse ce foutu bordel, qui dégueule de feuilles de cours. Je suppose que c'est ce qu'on appelle le zèle et l'organisation, alors que je n'ai besoin que d'un bloc de correspondance et d'une plume. Je le tends à l'idiote qui vient de se lever. Il est clair que son cerveau agit à retardement et je ne lui jette même pas un regard.

En un sens, je ne sais pas si savoir combien de temps dure l'attente est vraiment bénéfique, mais ne pas avoir de montre sous les yeux peut se révéler tout aussi angoissant. Une fois que le premier mec nous libère, je file vers la sortie m'en griller une, plus rapide que le vent. Ou presque. De retour à ma place (je penserai un jour à y inscrire mon numéro de matricule social, pour la postérité), je tente de me préparer mentalement à la prochaine heure et demie de cours. Enfin quoi, un peu de tranquillité dans cette connerie d'espace-temps qui me désespère toujours plus, et voilà que cette connasse vient me remercier pour un acte héroïque terminé depuis belle lurette. Génial, création d'un fan-club et tout le tralala, et il faudrait lui annoncer que je n'en ai strictement rien à carrer qu'elle vienne me remercier ou non. Alors je me contente de murmurer un "pas de quoi" et voilà qu'elle se met dans l'idée de passer entre la table et le mur pour rejoindre sa place. Ce qui est, même pour la reine des anorexiques, physiquement impossible. Si j'arrive à mettre les gens aussi mal à l'aise, ou au moins à les troubler, c'est déjà une maigre victoire.
N'empêche, ça se termine comme partout: tu fermes ta gueule et tu es poli, en attendant que ça se passe.

La place que j'ai choisie est purement stratégique, d'autant que je suis le seul con à être à la première rangée. Grande nouvelle, je me range au côté des petits soldats de plastique fondu, et ce simple fait suffirait à me faire sortir les cotillons et à aller poser des bombes dans les maternités. Le second mec nous libère, je pose les armes et me fait la belle. A l'extérieur, je tire à pile ou face pour savoir si j'irai au dernier cours de l'après-midi. Face, perdu. De toutes manières, je n'ai pas le choix, je n'ai plus de clopes. Et je n'ai même pas besoin de chercher pour savoir qu'il n'y a pas de buraliste avant au moins quatre-cents mètres, soit à l'extérieur du site universitaire.

Voilà, je ris toujours le dernier.
Bien que me venger sur la clope pour combler le manque me file l'intestin au bord des lèvres.

Lance-flammes

Et aller jusqu'à crever d'impuissance face à soi-même en essayant d'étouffer le bruit des os qui craquent sous les draps défaits. Il faut que tout parte en flammes, et je me vois encore hier matin, en cours, à me demander ce que je pouvais bien foutre là. La semaine précédente, je regrettais le shoot de codéine trop important de la nuit passée. Et les temps s'envolent comme des migrations sans retour.

Avoir pu gérer quelques différentes situations m'amènent à croire que je puis avoir un contrôle parfait sur mon quotidien. L'organisation distinctive du jour n'est qu'une question d'ennui. Je ne me sens vivant que dans les excès en tous genres, et il semble que cela ne soit guère plus qu'une tradition familiale. Alors je déteste les yeux des rôdeurs du bus et préfère ricaner en voyant le chauffeur insulter les autres automobilistes. Voilà du vrai, de l'explosif, du sensationnel. Quelque chose de remarquable et qui ne manquerait pas d'être oublié aussitôt vu. Il est tout aussi facile de bousiller les écrans à coups de pompes, comme les anciens coups de poing dans les murs. Que tout crève ou implose de l'intérieur, une détonation sur la tempe qui revêt l'uniforme des morts-nés.

Alors que je cherche le sommeil et m'ennuie profondément, me vient l'hypothèse que les excès et dépendances auxquels je n'échappe jamais bien longtemps ne sont que prétextes à une prise de contrôle illusoire et éphémère.

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