24.04.2008
Film: Old boy

Réalisé par Park Chan-Wook (Corée du Sud)
Sorti en 2004
Old Boy, avec Sympathy for Mr Vengeance et Lady Vengeance, constitue une trilogie autour d'une thématique sur la vengeance.
Tout commence sur l'arrestation bénigne d' Oh Dae-Su pour ivresse sur la voie publique alors qu'il téléphonait à sa famille d'une cabine publique avant de rentrer pour fêterr l'anniversaire de sa fille. Après que son ami d'enfance, Joo-hwan, a persuadé la police de le laisser partir, il est kidnappé par un inconnu se cachant le visage à l'aide d'un parapluie et sera retenu prisonnier durant quinze ans. Alternant phases de désespoir et de rage, cette période d'isolement durant laquelle seule la télévision constitue un lien vers l'extérieur va rénover la personnalité du personnage pour en faire une sorte de vengeur masqué dont le but est de trouver la raison de son enfermement. Une fois libre, le périple n'en est pas moins terminé. Oh Dae-Su a maintenant cinq jours pour retrouver une partie de son passé, assouvir sa vengeance et expier l'absurdité de fautes apparemment anodines.
Ce scénario hallucinant met en abîme la cruauté, où la vengeance en concède le mobile, alors que l'argent et l'amour ne sont plus que de simples exutoires, amenant à l'équilibre et à l'aboutissement des machinations. Les personnages se recherchent les uns les autres dans l'inconstance de rapports de force qui sont pour le spectateur difficiles à déterminer.
L'intrigue, dont le fil directeur se tend à travers la recherche de la mémoire, est soutenue par un flashback déroutant que vit le spectateur dans le même temps où le personnage principal apprend les raisons de sa longue séquestration dont a découlé sa métamorphose. Le désir de vengeance dérive peu à peu vers les thèmes du mensonge et de l'inceste,en une apothéose insoutenable d'un point de vue moral.
Old Boy, ne serait-ce que grâce à son scénario tordu et halluciné, inflige donc au spectateur de sérieuses claques, et remet ern cause tout ce que l'on avait pu voir jusqu'à maitenant, aussi bien quant aux thèmes évoqués qu'au principe de vengeance à assouvir. Le tout est supplanté par une réalisation époustouflante alternant le rythme vivace de combats sans règles à la douceur de l'enfermement et des amours qui se détruisent. La cruauté est déclinée aussi bien de façon morale que physique, à travers par exemple quelques scènes de torture que l'on n'aurait aucun mal à qualifier de sadiques, et qui auraient tendance, si l'on n'y prenait garde, à passer pour l'essentiel du film. Il n'y a aucun pudeur à montrer quoi que ce soit, et ce sans exagération ou exhibitionnisme, et le dédoublement final propose à chacun sa propre double postulation, entre le passé et ses conséquences, et l'à venir d'une personne interchangeable.
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12.04.2008
Film: Nirvana
Réalisé par Gabriele Salvatores
Sorti en Mai 1997
Le bourdonnement d'une voix enregistrée au premier plan laisse place à une course à travers des nuages noirs. Les premières séquences annoncent l'essentiel du film. Quelques jours avant Noël 2005, Jimi Dini, concepteur de jeux vidéos dont la femme est partie récemment, doit livrer sa dernière création. Un virus informatique affecte cependant le héros du jeu, Solo, et lui donne une conscience. Pour tout effacer, Jimi doit s'infiltrer dans la banque de données de son employeur, Okosama Starr.
L'ensemble du film joue à merveille sur deux tableaux: le réel et le virtuel. La transposition des deux univers et le rythme vif du film lui donnent une dimension poétique accentuée à divers moments par des récitations, courts extraits d'une angoisse et d'une langueur peu artificielles. L'intrigue ne manque pas de rebondissements et ne laisse pas au spectateur le temps de sortir la tête hors de ces marais informatiques.
La poésie du film est indéniable, de même que l'intérêt des questions qu'il pose quant à la véracité de l'existence. Alors que Solo, le héros de jeu condamné à revivre sans cesse les mêmes événements apprend difficilement à accepter le fait que tout ce qui l'entoure n'est qu'illusion, Jimi doit quant à lui s'immerger directement entre les parallèles virtuels pour y effacer, en quelques sortes, ses propres données.
L'intégralité du film tient la route, tant par ses airs de frontières de fin du monde que son lyrisme de poésie de l'Electrique. La confusion entre les mondes est telle qu'elle assomme parfois et entraîne les yeux à suivre le cours des câbles qui se dénouent, au fil des rencontre, de l'amour perdu à la trace, de la recherche de soi grâce à un double informatique. L'on regrettera simplement le futurisme exagéré, surtout en prenant en compte le fait que le contexte se situe dans les premières années 00, plus cinq après l'extinction de l'homme.
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17.10.2007
Film: Joyeuses Funérailles
Sorti le 19 septembre 2007
Réalisé par Frank Oz
Peut-on rire de tout, à n'importe quelle occasion, même au nez de la Mort? Des décennies, avec l'ascension du cinéma et de l'humour mis en art, que la question se pose. L'on en convient, certains sujets ne se traitent en rien avec légèreté ou détachement grossier. Mais Dame Faucheuse, fatalité ou simple visite, icône du pessimisme ou juste dernière franche rigolade, qu'en est-il? Qu'elle soit soudaine, ire divine ou ruminée, digérée depuis longtemps, le résultat demeure le même: devant l'adversité, à défaut de fuir, autant se marrer un bon coup.
Voilà le ton pris dès les premières images: un cercueil schématisé se déplaçant sur une carte, dernière ballade d'une dépouille mortelle dont on ne saura, dans l'ensemble du film, finalement rien. Tout se tient autour de la traditionnelle réunion de famille à l'occasion d'un enterrement. La veuve du défunt, ses fils, leurs compagnes et leurs amis, tous tentent de se tenir à carreau pour la petite sauterie, ce qui est sans compter sur le dragueur invétéré de la famille, sur un mystérieux nain qui menace de révéler un grand secret sur le patriarche décédé, ou encore sur le principal élément perturbateur, l'ingestion d'une bonne quantité de LSD par le compagnon d'une des nièces.
Ce mélange nous offre une sacrée comédie, tous comptes faits peu dramatique où le rire et le cynisme s'exercent à merveille aux dépens de la mort. Le ton n'est jamais grave et c'est jusqu'aux détracteurs de l'homosexualité qui sont pris à parti, sommairement et avec diplomatie. La réalisation n'est pas des plus marquantes, mais l'on peut signaler l'excellent jeu des acteurs, plus particulièrement celle de Peter Dinklage que l'on peut enfin découvrir en dehors de la série télévisée Nip/Tuck.
Reste que l'ensemble tient très bien la route, avec un scénario, bien qu'il semble banal à première vue n'en demeure pas moins original et plaisant à suivre. Et surtout, remercions le grand invité de la fête, qui fait oublier le fait que la fin d'une vie puisse paraître odieuse et injuste pour ceux qui restent: le rire.
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21.06.2007
Film: Une jeunesse chinoise
Sorti le 18 avril 2007
Réalise par Lou Ye
Yu Yong, jeune étudiante chinoise, quitte son village natal, ainsi que son père et son petit ami, pour entreprendre des études à Pékin. Elle y fait la connaissance de Zhou Wei, avec qui sa relation sera des plus instables, sur fond de manifestations étudiantes, Place Tien'anmen, en 1989.
L'intrigue, quand bien même elle serait claire et fixe, se démène avec quelques difficultés, et l'on perd aisément le rythme avec des personnages qui apparaîssent et disparaîssent, se haïssent, se réconcilient, et caetera. La fascination que suscite l'ensemble du film ne tient donc pas en un scénario foutrement passionnant. Des histoires d'amours foireuses, l'on en a déjà vues, sans doutes pas plus prenantes mais où l'empathie et la compassion sont mieux assimilables. De plus, le synopsis annonçait deux êtres hors du temps et des rouages politiques de l'époque. Et, il faut bien le dire, le phénomène des manifestations étudiantes est bien peu présent, si ce n'est en accéléré et en fin de film. Celui-ci se voulait, plus ou moins, engagé; il ne présente que des faits, sans rien de plus. Parlons aussi de l'accélération du scénario. Dans les vingt dernières minutes, l'on assiste à un bombardements de séquences dont les liens ne sont pas forcément évidents, et ne visant qu'à présenter les différents personnages à travers les 90'. L'on admettra que ce défilement est intéressant, étant plutôt représentatif de ce que sont les relations dans la "vraie vie", entendons par là toutes ces vicissitudes plus drôles les unes que les autres, entre détachements, attachements forcés, retrouvailles, pertes d'énergie. Mais nous balancer cela, avec en guise d'en-tête une date et un lieu, et provoquer chez le spectateur une frustration détonante, déçu qu'untel ne couche pas avec unetelle, ou qu'une autre préfère une relation simpliste avec monsieur lambda, non, décidément, c'en est trop.
Alors quoi? L'on frôle le potager? Négatif, car si l'on est habitué aux intrigues un peu bancales voire pas forcément très accessibles du cinéma asiatique, rien ne nous aura préparés à de telles scènes et dialogues. L'histoire de la jeune fille qui quitte la province pour aller étudier prend un autre tournant lors de la première scène charnelle, de l'érotisme à l'état pur, avec peu de moyen, présentant le couple dans un champ, sans confort, entre crainte et désir. Et d'autres scènes vont ainsi se succéder, toujours plus réalistes, ni fleurs-bleues, ni vulgaires. Les prises de vue sont saisissantes et donneraient au spectateur l'impression d'être un sale petit voyeur. Mais après tout, dans le cas présent, c'est ce qu'il est et toute la magie du film tient en son caractère réaliste et frappant de pureté. L'interprétation de Hao Lei, tiraillée entre haine et amour, est tout bonnement magistrale. Au fur et à mesure, le film dépeint avec minutie les frasques incessantes des relations sentimentales, simples ou complexes, possibles ou non, évitées ou préméditées dans le simple but de trouver le repos. Le couple principal patauge dans une relation d'amour-haine, envoûtante et déchirante, où les souffrances se provoquent avec audace et le bord du gouffre toujours plus prêt, pour dériver sur une intéressante réflexion sur le sentiment dit "amoureux". Et comment ne pas être surpris par ce court échange de paroles, sans fond sonore (en passant, l'une des spécialités du cinéma asiatique: absence de fond sonore, des scènes figées, et des dialogues minimalistes mais directs), entamée par la jeune femme, on ne peut plus sérieuse:
"Il faut que l'on se quitte.
-Pourquoi?
-Je ne peux plus me passer de toi."
Finalement, ce film vaut le coup d'oeil, en tant qu'habile pêle-mêle de sentiments contradictoires, d'attachements irrésolubles sur fond de dynamite étudiante et où, pour une fois, le couple central se donne corps et âme à l'image, offrant une relation fusionnelle et pleine de déchirements, pouvant se résumer à ces quelques vers baudelairiens:
Ces robes folles sont l'emblème
De ton esprit bariolé ;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t'aime !
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24.03.2007
Film: Grains de sable
Réalisé par Ryosuké Hashiguchi
Sorti en 1997
Les premiers plans se succèdent avec lenteur, prêts à nous saisir délicatement pour nous placer face à nous-mêmes, devant le reflet de nos désirs et de nos craintes. Des bribes de conversations dans un vestiaire, la chute d'un corps en même temps qu'un récipient de craie tangue, et les amours douces-amères débutent.
Ito, jeune adolescent discret, est amoureux de son meilleur ami Yoshida. Il ne lui avoue pas jusqu'au jour où Aihara bouleverse leurs existences.
Il est inutile d'en dire plus sur l'intrigue qui, à partir du seul constat de l'homosexualité d'Ito, n'avance que très peu. Le rythme est lent, mais l'on ne baîlle pas un seul instant. Les amourettes recluses échouent sur une plage en pleine nuit sous les bribes d'un silence venteux. Le secret? Nous mettre face à ces instants de malaise où les mots, quand bien même l'on est parvenu à les trouver, ne peuvent franchir les lèvres. L'action se fige souvent pour nous remettre en situation. L'histoire, en soi, n'a pa une grande importance, mais elle instaure la loi du silence, en tant que souffrance pour celui qui ne parvient à s'exprimer, ou bien en conversations intimes des êtres qui se sont trouvés.
La réalisation laisse parfois pantois, tant elle semble lente, presque figée, pour plonger le spectateur au coeur de non-dits les plus enfouis, lui remettre en boucle ses instants où il n'a su parler, ou durant lesquels il n'y avait rien à dire, juste à vivre. A dire vrai, l'on ne veut pas savoir le dénouement (je doute d'ailleurs qu'il y en ait vraiment un, mais ça, sera à vous de voir), tout ce que l'on souhaite, c'est que ça se termine, cette sorte de malaise agréable. On hallète, devant des plans bloqués sur deux visages, ou sur une silhouette tournant le dos à l'autre, celle-ci tentant désespérément de s'approprier les paroles justes, les plus précises et les plus utiles, et celles qu'il serait le plus facile de prononcer.
Cela ne va pas s'en dire, l'ensemble est, encore une fois, très lent, mais instaure une sorte de contemplation à laquelle il est difficile de résister. Une plume délicate qui flotte sur des pavés, fait trébucher et rebondir, en un seul souffle, voilà.
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26.02.2007
Film: Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça!
Réalisé par Pedro Almodovar
Sorti en 1984
Une comédie noire présentée par Amphetamine Comédie. Gloria vit avec son mari, sa belle-mère, et ses deux fils dans un appartement de 40 mètres carrés. Le salaire du chef de famille, chauffeur de taxi, n'étant pas suffisant, elle travaille en tant que femme de ménage dans un club de Kendo.
Jusque là, tout se passe bien et l'on s'attend à suivre les tribulations d'un couple qui tente tant bien que mal de joindre les deux bouts. Quelques clichés sont là et devraient nous prêter à sourire: le mari est un machiste effronté qui pense avoir tous les droits lorsqu'il rentre au domicile le soir, suite à une journée de dur labeur; sa mère, une vieille radine qui garde en trésor quelques madeleines, des médicaments effervescents et des bouteilles d'eau pétillante; l'aîné des deux garçons vend de la drogue pour avoir un peu d'argent de poche; le cadet, fan de Kiss, vit une routine d'enfant. Il y aussi la voisine, Cristal, prostituée expérimentée et seule confidente de la mère de famille débordée, laquelle se prive de tout, mais ne cède pas, shootée aux anti-dépresseurs.
Et rien, strictement rien, n'est drôle. Les bouleversements tombent les uns après les autres. Saisissant, le film nous présente petit à petit les personnages plus en détails. Le père vérifie que son aîné à le même don que lui, celui d'imiter une écriture à la perfection, capacité qui lui a servi afin de rendre service à une amie écrivaine, imitant l'écriture du Führer, tendant ainsi à faire croire à la découverte de ses mémoires. Cristal, la voisine, se plaint de ne pouvoir séduire Miguel, le cadet, qui préfère coucher avec les pères de ses camarades de classe. D'ailleurs, il apparaît tout à fait normal qu'il ailler vivre chez le dentiste, Gloria ne pouvant régler les notes de frais. La grand-mère est bornée, bien décidée à vouloir revoir un jour son village, et décide d'adopter un lézard. Toni, le dealer, fait tranquillement ses petits trafics. Tout semble parfaitement normal, alors que l'on nous montre des êtres déchirés entre fantasmes et réalité.
Le film prend une autre tournure lorsque la pharmacienne refuse de fournir à Gloria ses amphétamines. Une autre tournure, encore plus grave, presque absurde, mais pourtant belle et bien là. L'on se perd totalement, impossible pour le spectateur de se rendre compte de ce qu'il se passe, et l'on sent que le réalisateur prend plaisir à nous tourmenter d'avantage, à travers des scènes qui s'enchaînent, se figent, et où plusieurs destins se croisent, aucun n'étant plus important qu'un autre, notamment celui d'un couple d'écrivains alcooliques, tentés par l'idée d'écrire d'autres mémoires du Führer, et déçus lorsqu'ils apprennent qu'Antonio, le mari de Gloria, ne pourra en imiter l'écriture.
Le dernier plan, sur une musique festive, nous montre à reculons les immenses et innombrables blocs de béton dans lesquels vivent ces familles, à Madrid, au bord des autoroutes. L'ensemble de la nature humaine est congédiée.
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24.02.2007
Film: Smoking / No Smoking
Réalisé par Alain Resnais.
Sorti en 1993.
Deux acteurs, huit personnages, mis en scène dans un petit village du Yorkshire.
Personnages féminins (interprétés par Sabine Azéma): Célia Teasdale, Sylvie Bell, Irene Pridworthy, Rowena Coombes, Josephine Hamilton.
Personnages masculins (interprétés par Pierre Arditi): Toby Teasdale, Miles Coombes, Lionel Hepplewick, Joe Hepplewick.
Smoking / No smoking, deux longs métrages (environ 2h25 chacun), qui mêlent et emmêlent les destins des huit personnages. Les couples se font et se défont, de façon improbable, avec humour et gravité, selon ce que chacun aurait pu dire. Les deux scénarios divergent de façon conséquente à la toute première scène, selon que Célia Teasdale, décide ou non de fumer une cigarette.
No Smoking: Comme l'indique le titre, Célia Teasdale résiste à la tentation d'allumer une cigarette. L'ensemble du film tournera autour d'elle et de Miles Coombes. Pour situer rapidement: Célia est mariée à Toby, directeur de l'école municipale, alcoolique et odieux à souhaits. Le meilleur ami de celui-ci, Miles Coombes, l'aide à préserver sa place au sein de l'établissement scolaire et tente de le sermonner quant à sa consommation d'alcool et son mariage qui fout le camp. De son côté, sa relation avec Rowenna n'est pas non plus au beau fixe, celle-ci le trompant avec tous les membres du club de squash. Célia et Miles s'accordent parfaitement, et tombent dans les bras l'un de l'autre. Evidemment, bien que l'on n'en comprenne pas du tout la cause, leur relation est impossible. La suite du film décline les autres différentes relations possibles de Miles, celles-ci virant toutes au drame, quoiqu'il dise.
Smoking: Dans cette alternative, Célia, que l'on voit presque constamment une cigarette à la main, jette son dévolu sur Lionel Hepplewick, le jardinier, qui sera lui-même courtisé par la servante, Sylvie. Quelques soient les dialogues alternatifs, les relations de Célia sont de cuisants échecs, et le scénario insistera surtout sur le couple Lionel/Sylvie. Toby, le directeur alcoolique, est beaucoup plus présent que dans l'autre film et Miles se signifie par son absence, mises à part quelques apparitions, sans grande importance.
Cela va sans dire, il faut s'accrocher. Cependant, Alain Resnais a adopté un schéma des plus pratiques:
Scène initiale -> 5 secondes plus tard -> 5 jours plus tard -> 5 semaines plus tard -> 5 ans plus tard.
Les scénarios se suivent normalement et, lorsqu'une parole alternative est possible, un retour en arrière est effectué et l'on peut alors suivre le déroulement nouveau. Par film, l'on compte il me semble 6 fins différentes, c'est dire le nombre de "Ou bien...Il / Elle aurait pu dire". L'on ne risque que très peu d'être perdu, bien que l'on puisse noter une ou deux incohérences. Les deux films peuvent être vus séparément, sans ordre précis. L'on remarquera que quelques personnages n'apparaissent que très peu, tel que Joe Hepplewick ou Josephine Hamilton. Dans No Smoking, l'on a bien du mal à réaliser que c'est Miles qui se fait sans cesse entuber, alors que Rowena, sa femme, s'en tire toujours à bon compte. Dans Smoking, la situation est grosso modo la même pour Célia, mais qui risque en plus de cela un cancer du poumon, à l'allure où elle pompe, ce ne serait pas étonnant.
Du point de vue de spectateur, l'on devine facilement quels seraient les couples qui potentiellement tiendraient le plus la route:
Célia Teasdale <-> Miles Coombes
Sylvie Bell <-> Toby Teasdale
Rowena Coombes <-> Lionel Hepplewick
Voilà qui offrirait encore bien des destins différents, mais moins bancaux.
La réalisation garde un côté théâtral, les deux films étant d'ailleurs l'adaptation d'une série de 8 pièces intitulée Intimate Exchanges d'Alan Ayckbourn. Chaque scène est tournée en plein air, et le grotesque des situations est renforcé par les costumes et les maquillages.
De ces deux films, l'on pourrait aisément tirer la conclusion fataliste que certaines personnes, quoiqu'elles fassent, gardent les bons rôles de laissés-pour-compte. Ce serait trop facile. Non, ce qu'il vaut mieux retenir, c'est cette intéressante réflexion sur le temps, le fait que tout peut changer d'une simple parole, qu'il faut savoir oser, aussi, parfois. Un subtil mélange de personnalités ordinaires mais toujours typées, jusqu'au hors-normes, et qui nous montre la place presque exaspérante du hasard (ou du destin, appelez cela comme vous le souhaitez), l'inutilité des regrets. Evidemment, l'on reste sceptique face au fait qu'une simple parole différente puisse changer le cours de toute une vie, mais cela ne serait encore pas des plus étonnants. Ce que l'on a vraiment du mal à croire, c'est que tout change grâce ou à cause d'une malheureuse cigarette. Ca devrait me faire réfléchir, me direz-vous.
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15.02.2007
Film: Coeurs perdus en Atlantide
1960. La déception est immense pour Bobby Garfield, qui n'a pas eu la bicyclette de ses rêves pour son onzième anniversaire. Après avoir écouté l'habituel refrain de sa mère, quant au fait que son père, mort depuis plusieurs années, les a laissés sans le sou mais avec les dettes, il s'en retourne rejoindre ses deux amis, Sully-John et la jeune Carol Gerber. Arrive alors Ted Brautigan, vieil homme d'aspect banal, n'ayant pour bagages qu'une valise cartonnée et deux sacs en papier. Se noue une amitié entre l'enfant et le sage, ce dernier initiant son protégé aux livres, et à la vie, tout en lui confiant la tâche de surveiller constamment les alentours, des "hommes de l'ombre" étant à sa recherche.
Je me déplace entre les rayons de la médiathèque. A dire vrai, je ne sais pas exactement quels films emprunter, en ayant déjà une bonne tripotée à voir. En fouillant, je tombe sur Les Affranchis, et mon bon ami me montre No Smoking, dont le synopsis a l'air des plus alléchants. Très bien, je peux encore en emprunter un. Au pire des cas, si je n'ai pas le temps de les voir dans la semaine, j'ai toujours la possibilité de les compresser sur le disque dur, et de les mettre de côté pour plus tard. Enfin, je me retrouve nez à nez avec le boîtier du film dont il est question ici. Beaucoup de réserve, je l'avouerai. Premièrement, les films tirés de l'oeuvre de Stephen King, on les connaît: ambiance glauque à souhaits et, à force, cela tourne un peu en rond. Evidemment, je ne parle pas là du Shining de Kubrick, mais allez donc voir le téléfilm sorti en 1991, et vous m'en direz des nouvelles. Et puis, l'amitié entre un vieux et un bambin, l'on a déjà vu cela un peu partout, et l'on sait à quoi s'attendre: le vieux chnoque raconte la belle histoire de la vie, et le morveux écoute, fasciné. L'on sait d'avance que le vieux va devoir partir, dans un hospice, ou terrassé par un infarctus, et que l'une personne ou une autre de l'entourage du marmot va supposer qu'il y a aiguille sous roche. Mais bon, Anthony Hopkins en tête de casting, en général, c'est une valeur sûre.
Et vous vous en doutez bien, le film fut une immense et agréable surprise. Bien sûr, l'on retrouve les archétypes du vieil homme et du marmot sus-cités, mais l'ensemble du film est fascinant, voire déstabilisant. Les dialogues sont des plus convenables, porteurs de sens et plausibles. Les trois gamains sont attachants, et m'ont même permis de revoir, l'espace de quelques instants, des souvenirs d'enfance dont je n'avais plus connaissance, c'est pour dire. Il est vrai qu'une ou deux scènes laissent perplexe quant à la tangibilité de l'intrigue. Mais dans l'ensemble, l'on est facilement happé, que ce soit par un dialogue intriguant, par le bruit d'une batte de base-ball sur un corps de fillette, ou par une scène de tendresse pure. Une fois encore, Anthony Hopkins joue le rôle de l'érudit, serein et posé. Un acteur fascinant, tout est dans son regard. Et avec une clope entre les doigts, cela en rajoute encore. Les trois gamins n'en font pas trop, et la mère du petit Bobby, interprétée par Hope Davis, qui m'était jusque là inconnue au bataillon, a tout simplement un corps sublime et harmonieux, coiffée et habillée typiquement années 60, dont l'on a plaisir à retrouver l'ambiance: jolies bagnoles, les bars enfumés des bas quartiers, et le rock'n'roll.
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20.01.2007
Film: Cashback
Réalisé par Sean Ellis
Une scène de rupture, banale, au ralenti. L'on est dès le début projeté dans l'esprit de Ben Willis, étudiant en Beaux-Arts, et qui fait face à la fin de sa première vraie liaison. En gros plan, Suzy, plutôt fulminante, lançant un chapelet de paroles qu'ils ne nous est pas donné de connaître. Depuis cela, l'insomnie a belle prise et les semaines de nuits blanches s'enchaînent. Remarquant qu'il dispose de huit heures supplémentaires par jour, Ben décide de faire fructifier son temps et se fait embaucher au supermarché du coin. Il y fera la connaissance de personnages farfelus dont il apprendra différentes manières de tromper l'ennui. Il y a le patron, qui gère son supermarché comme une équipe de football, le karatéka en herbe, deux employés copaines comme cochons et touristes professionnels et la mystérieuse Sharon qui fait tout pour ne pas connaître l'heure, colle un morceau de scotch sur sa montre pour ne pas affronter la lente course de la trotteuse. Ben lui, est incapable de tromper l'ennui, de faire en sorte que les minutes s'écoulent au plus vite. Oui mais, il est en mesure de figer le temps, et de le faire revenir à la normale d'un simple craquement de doigts.
Le film nous fait part d'une réflexion à propos du temps des plus intéressantes: l'on ne peut ni le ralentir, ni l'accélerer, encore moins retourner dans le passé et le modifier. Mais l'on peut s'arrêter. L'on est saisi de voir ce qu'il est possible de faire de toutes ces heures offertes par l'insomnie, à travers scènes figées en une nourriture visuelle des plus consistantes, lorsque l'étudiant s'arrête et s'empare de ce qu'il voit, pour le dessiner.
En parallèle, s'agence la question de l'amour. En cela, la jolie caissière est la clef des insomnies de Ben. Il va alors tenter de l'emmener avec lui, dans cette fuite hors du temps, pour finir sur une dernière scène des plus somptueuses, deux personnes s'enlaçant, arrêtant ensemble le temps, sous une nuit de neige dont les flocons sont suspendus, donnant, donnant.
En soi, voilà qui est original, et vachement bien dit. Il suffit d'arrêter le temps, à deux. La notion de temps, relativement flinguée depuis des années déjà, est l'une des choses qui m'inspire le plus. Mais effectivement, je ne retombe jamais sur mes pattes, et fait du Temps un singulier ennemi. Alors en cela, le concept d'"arrêter le temps", je trouve cela valable. De plus, "Cashback" est l'un des rares films qui s'engage dans une vision relativement pointue de l'horloge, sans devenir sans queue ni tête, ni trop fantasque, pour finir sur une morale qui tient la route.
Récemment, je m'étais trouvé complètement dérouté en sortant de la projection de The Fountain, qui m'avait laissé une impression de perte totale, mêlant passé/présent/futur, et débouchant sur la morale bien connue du "on est pas immortel, on ne peut pas agir sur le sort et le temps, et caetera. Le film m'avait laissé bouche bée, totalement stuépéfait, mais perdu.
En ce vendredi soir, la salle était des plus vides. A dix, plus ou moins, nous restons jusqu'à la fin du générique. Les lumières se rallument, je noue mon écharpe et m'extirpe du siège rouge. Quelques rangées devant, un homme, la cinquantaine peut-être, fait de même. Par trois fois il me tient la porte, tandis que je souris faiblement en murmurant un merci gêné. Dehors, l'air est délicieusement frais, les rues bruyantes, et la fine pluie bénéfique.
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30.12.2006
Film: Vol au-dessus d'un nid de coucou
Réalisé par Milos Forman
Sorti en 1975.
Jack Nicholson joue ici Randle Patrick McMurphy, un prisonnier hospitalisé en service psychiatrique pour une évaluation psychologique. On le soupçonne en effet de simuler la folie pour se soustraire au travail carcéral. Mais c'est sans compter sur l'infirmière en chef Miss Mildred Ratched, qui dirige son service avec rigueur et efficacité. McMurphy va s'efforcer de rompre la routine qui sévit dans le service en s'en prenant à sa nouvelle ennemie.
L'intrigue se soustrait très facilement au film. En effet, l'on assiste que peu à l'histoire du loubard qui se fait passer pour fou, afin d'échapper aux corvées. Folie et sentiments s'emmêlent pour donner le vertige. L'on est peu à peu perdu dans cette réalité lointaine, dans un lieu coupé de tout, où le chant des oiseaux est remplacé par les pleurs d'un adulte peureux, par le bégaiement d'un adolescent tenté par le suicide d'amour ou par la verve des discours d'un homme marié paranoïaque.
Le fil se déroule peu à peu, nous laissant sans cesse dans le brouillard: McMurphy simule-t-il toujours la folie? Joue-t-il si bien ce mélodrame afin de rester tranquillement à pénarder au milieu des malades et des infirmiers noirs, se permet-il ces débordements justement parce qu'il se trouve en un lieu où cela est (potentiellement) permis ou bien glisse-t-il peu à peu dans les draps de la perte de conscience?
Mais cette question ne devient au fur et à mesure qu'une question subsidiaire. En effet comment ne pas échapper à toutes ces scènes, qui constituent la majorité du film, où il n'est plus question de l'intrigue principale mais de purs et directs tableaux présentant l'ambiance foldingue des hôpitaux psychiatriques.
Ce sont des défoulements de sentiments qui ont lieu. Comment ne rien ressentir devant l'image du bus jaune, plein de ces hommes alliénés, tout heureux de partir en vadrouille à bord d'un bateau de pêche. Peut-on rester froid devant un Nicholson qui joue les commentateurs de matches de base-ball, enveloppant avec lui toute sa troupe, qui saute littéralement de joie sincère lorsqu'un point est marqué. Chaque personnage nous émeut, l'on a envie de connaître ces rebuts de la société, ces dépressifs dont plus personne ne veut, ces hommes peureux et affectueusement meurtris, qui préfèrent demeurer enfermés alors qu'ils ont la possibilité de retrouver la vie civile.
L'on suivra avec attention les relations qui se nouent peu à peu entre McMurphy et les autres pensionnaires, et tout particulièrement le Grand Chef, un Indien bâti comme une montagne, et dont l'on sait qu'il est sourd-muet, mais pour combien de temps.
N'oublions certainement pas le jeu de Nicholson, qui repose principalement sur son faciès, mêlant jeu de sourcils et grands sourires, qui feront cinq ans plus tard fureur dans le Shining de Kubrick. Nicholson est phénoménal, intégrant parfaitement la peau de l'ex-taulard devenant taré.
Et puis, certains plans nous laissent tout simplement bouche bée: l'écureuil qui se ballade dans les barbelés, le retour du bateau de pêche avec à son bord cette dizaine de grands enfants, à l'attitude de conquérants des autorités, brandissant leurs gros poissons comme trophés d'une liberté rattrapée. La scène finale finit de nous poignarder, tout en douceur, devant ce trou béant dans le mur, des montants de fenêtres pendants dans le vide, inondés sous des cris de joie, juste avant de nous montrer un indien qui s'échappe vers la félicité, sur une musique moitié hindoue moitié psychédélique.
D'ailleurs, l'on remarquera les absences de fonds sonores, qui donnent au film un air de réel documentaire, permettant ainsi une critique acerbe et bien habile des traitements psychiatriques de l'époque, tant au niveau de la sévérité des infirmières qu'à la barbarie des traitements aux électrochocs, que Paulo Coelho montrera à nu dans son roman Véronika décide de mourir, publié en 2000.
L'on se permettra de refouler quelques débuts de larmes, à diverses séquences, tant elles sont pleines d'émotions, tant elles vous assènent un doux mais sévère coup de poing à l'estomac, vous obligeant à ressentir, mais de bon gré, peine et sympathie à l'égard de tous ces hommes mis à l'écart. L'ensemble du film mêle gravité, humour, tristesse et colère, pour plonger au plus profond d'un monde paradisiaque, illusoire et réel, où la pudeur commune n 'a plus sa place, tout comme la sournoise monstruosité humaine. Au final, où est la réalité?
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