14.05.2008

Escarmouches

Il n'y a pas de concurrence à l'extérieur. Le seul ennemi à abattre n'est autre que soi-même. Il faut anéantir le reflet et en tester les limites. Vas-y frappe, ouais, frappe, encore, bordel, frappe. Mais cogne plus fort putain! Il faut avoir sa peau jusqu'à en dépasser le point de non-retour.

Rien ne vaut les acharnements nocturnes, sans spectateurs.

13.05.2008

Viviers

L'on pourrait comparer l'ivresse à la masturbation.
Commencer de s'inquiéter lorsque la première sera aussi quotidienne que la seconde.

Dans les deux cas, la nécessité d'isolement et d'esprit repu reste le même.

03.05.2008

Prêt-relais

Alors l'on sera juste bon à s'excuser et à couvrir de vertiges la dernière procession. On regrettera ce que l'on n'a pas eu le temps de dire, ce que l'on a tu au profit des incessantes foutreries de pleine rue. Au dernier jour il nous faudra rendre des comptes comme jamais, et toutes nos erreurs apparaîtront comme éternelles et inévitables. Ce sont de nos fourberies dont nous aurons à nous défaire, celles qui collent aux doigts comme des bonbons volés.


Avez-vous appris votre leçon? Reconnaissez-vous toujours la proximité de la fin, imminente, improbable? Pas la vôtre mais celle de ceux qui toussent et tombent. Continuez de demander sans cesse -requêtes, ordres, supplications désopilantes- ou offrez-vous tout entier pour la seule grâce d'être là.

En définitive, il n'y a rien à comprendre, les règles du jeu étaient pourtant évidentes depuis le début. Je me fais seppuku chaque fois que je m'endors.

20.03.2008

Calvities

Il ne faudrait certainement pas dire que chaque parole prononcée n'est qu'une étape manipulatoire. Combien de fois nous arrive-t-il, dans nos rapports aux autres, de mentir même légèrement, ou de dissimuler. Beaucoup vantent les méritent de l'omission de vérité, supposée préférable au recours du mensonge.

Il faut cependant bien se dire que la certitude de la sincérité est impossible. Il en va de même quant à la possibilité de savoir les pensées réelles d'interlocuteurs. Je ne dis pas par là qu'il faille considérer chaque conversation comme un jeu durant lequel chaque participant se fout de la gueule de l'autre. Seulement, entre ce que l'on veut dire et les moyens dont nous disposons, il y a un gouffre. C'est depuis mes dernières années de thérapie, il y a de cela trois ou quatre ans, que je n'accorde que peu de crédit aux dires extérieurs. Et bien souvent, encore moins aux miens. Non pas que j'aie été victime de quelconque trahison ou mensonge. Le fait est qu'il fallait souvent se planquer face à la thérapeute, pour ne pas trop se révéler. En quelques sortes, une manière d'être en sécurité. Cela m'a permis dans la plupart des cas d'envisager mes rapports aux autres avec un détachement presque indéfectible. Cependant, ce manque de crédit et de confiance accordés m'a une fois fait plonger tête la première en plein désastre. Pour autant je ne m'étendrai pas là-dessus. En quelques sortes, cela me gêne d'avancer que tout rapport à la personne n'est que légères manoeuvres dans le but de parvenir à des fins quelconques. Pourtant, je ne peux m'empêcher de penser qu'il puisse en être autrement. Mettons que j'aurai tendance à accorder un crédit plus important à la correspondance, légèrement plus à une conversation en direct. La palme est remportée par les élans de passions et colères. Dans ces cas-là, les flux de paroles proviennent directement de la source, sans filtre. Il en va de même pour toute personne dans un état second.

Cela m'amène à la notion de crédit et de "permission d'agir" que j'évoquais dernièrement. L'on mentionne souvent le pacte autobiographique qui peut lier un auteur à son public. Cela n'empêche pourtant pas les défauts de véracité et j'aurai tendance à avancer qu'un auteur qui prend l'habitude de se mettre en scène à travers un double littéraire, non pas pour parler de lui, mais pour simplement dire ce qu'il doit dire, apparaîtrait comme plus naturel. Je pense par exemple à ce cher Bukowski ou à l'un de ses inspirateurs, John Fante.
De ce fait, une autre étape m'apparaît nécessaire dans la processus d'affranchissement de toutes barrières en vue de créer. Il est évident que ce lieu virtuel me permet de m'exprimer sans contraintes, ainsi que d'aiguiser mon sens de la phrase. Et puis, cela passe le temps. Cependant, je me posai cette nuit la question de l'auto-censure, en songeant surtout au fait que certaines personnes me connaissant en café et en tabac, et ayant à me supporter de manière toute réelle (tout de même, la plupart d'entre vous sont des veinards, rendez-en vous compte, de ce à quoi vous échappez), me lisaient peut-être régulièrement. Ce n'est pas la question de ce que j'évoque, que ce soit la souffrance ou l'enthousiasme, ou ce genre de petites choses. Mais plutôt les choses que je suis susceptible de cacher. Je pourrai par exemple évoquer un bouton sur le menton que je viens de percer, le fait que je n'ai jamais possédé le corps d'une femme, ou même des souvenirs d'enfance assez explosifs. Je ne le fais pourtant pas. La question n'est pas de savoir pourquoi. Je choisis ce dont je veux parler. Mais cela m'intéresse de savoir exactement ce dont je ne parle pas et il me semble instructif d'être capable d'exprimer n'importe quoi, et ce avec régularité. Ainsi, je vous propose un petit jeu, auquel vous êtes libres de participer ou non. Posez-moi n'importe quelle question, pourvu que celles-ci n'aient pas de rapport avec des types de pensée ou d'idéologie. Epanchez seulement une hypothétique curiosité. Soit je répondrai à toutes, soit je choisirai par intérêt ou par un procédé totalement arbitraire. Ce que j'écris est souvent exactement ce que je pense. Du moins, il me semble être au maximum vrai et sincère. Si jamais vous décidez de jouer, sachez cependant qu'il y a des limites au voyeurisme de la curiosité, et que je puis à tout moment décider de rompre le contrat, de changer les règles du jeu ou de mettre fin à la récréation. Je suis le propriétaire des lieux, je décide.

15.03.2008

Naucores

Voudriez-vous être le miroir des pâles reflets du Soleil dans les mers de l'ignorance impropre? Souhaitez-vous que l'on décrive chaque petite futilité qui encombre votre gorge comme les miasmes d'une mucoviscidose cérébrale. Les projets des empires personnels seront réduits à néant le jour de notre mort. Que l'on s'en souvienne. Combien de temps encore les affres de la bêtise auront à polluer l'essentiel de l'être? De joies orgueilleuses nous construirons nos illusions les plus tenaces. Jusqu'au déclin de l'amer couchant. Jusqu'à l'ultime explosion de tout espoir, la sérénité même d'évoquer l'âge d'or pré-natal. Pensiez-vous connaître les vérités intraduisibles jusqu'à ce que les vers du doutes viennent s'insinuer, serpents flottant dans les soupes de formol, afin de mordre le cervelet mis en veilleuse pour y insuffler le venin de l'erreur?

Les croix portées sur les chemins de traverse ne sont d'aucune utilité si elles n'apportent aucun enseignement, si elles ne servent pas d'écriteaux au parchemin du lendemain. C'est lorsqu'ils sommeillent que leur compagnie est la plus agréable. Les cure-dents qui leurs servent de mots d'esprits sont au moins enfouis dans le non-envisageable, l'incompatibilité des possibles. Les esclaves de la pointeuse ne valent pas mieux que ceux à qui l'on donne le pain béni. Les religieux sont les fascistes du pardon. Dans une utopie encore incertaine, chacun se préoccuperait de fuir le statique intérieur au profit de la maturation pré-dégénérescence. La plupart d'entre eux sont déjà morts, projetés dans les décors extérieurs dont ils ne sont que des acteurs minables, simples machineries rouillées qu'une étiquette délavée satisfait pleinement. Dans l'utopique comédie humaine, chacun considérerait son être - son germe, son essence même inestimable - comme un monde en parfaite corrélation avec d'autres entités, toutes parfaitement identiques, recherchant les mêmes gratifications de savoir-exister. A ceci près que seules des affinités électives, du domaine de l'incompréhensible ou de l'explicable en partie, les sépareraient ou les réuniraient.
A cela l'on préfère punir et assassiner sauvagement le potentiel humain. Certains affirmeraient que cela ne tient qu'à l'absence d'une culture effarante. Ceux-là même sont enfermés dans leurs privilèges sournois, profondément enfouis à coups d'éthique absurde. Tout est fini d'avance, et les exhalaisons d'humeurs vaniteuses signeront définitivement l'arrêt de mort du savoir-vivre.

13.03.2008

Magnétisme

Seul face au miroir qui répond: tu perds ton temps, pourquoi continuer de penser à cette idiote? L'absurdité comme un câble électrique qui empêche tout mouvement de se répéter. Inlassable tapis roulant vers le seuil des funérariums. Jusqu'au moment où s'écrouler d'épuisement sera le seul échappatoire, cocktail définitif des condamnations à perpétuité. La lucidité s'est barrée à toutes épreuves, en courant loin derrière au bord de l'autoroute. Inconstance de l'état second dans lequel jette la fatigue. Je me rapproche du fin fond de moi-même, faute de trouver une quelconque bouée de noyade, ou borne d'incendie qui ressusciterait l'explosion. Ou faudrait-il contrarier le processus de désintégration automatique, faire disparaître cette lumière au profit de l'apaisement. Et alors quoi?

12.03.2008

Scrinium

J'aime entendre le tintement des glaçons contre les parois du verre en cristal. Plusieurs bouteilles sont sorties du bahut et je me demande, après le rituel du Martini, ce que je vais bien pouvoir me servir. Il semble que le mardi soir, sans que j'en sache la raison, soit devenu le moment privilégié pour prendre quelques verres. A tâtons j'irai vers l'ivresse. Qu'elle soit juste suffisante pour atténuer ce sentiment de douleur et d'impuissance. Chaque nuit, pour contrecarrer le manque de sommeil, il faut des exutoires. Les dernières nocturnes ont été prolifiques. J'écris, je griffonne, hurle, chuchote, danse avec les mots tandis que les pensées partent s'écraser contre les méandres du plafond de la chambre, en chamaille avec la fumée de mes cigarettes. Le processus se veut plus franc. Je ne cherche plus en vain à affronter les pages infinies d'un traitement de texte, de celles qui me terrorisent et me perturbent honteusement. Abandonné aussi le stylo à bille qui me sert d'ordinaire à gribouiller de la prose. Les pages de blocs de correspondance qui se tournent et l'encre noire et nette de la plume sont devenues les plus fécondes. Par curiosité, je me suis plongé dans le livre de mythologie antique d'Edith Hamilton, comme si je n'avais pas pu faire cela il y a un an en arrière, au moment où cette matière était relativement importante dans mon cursus scolaire. Il y a réellement des fois où je me trouve quelque peu déroutant. Les notes mythologiques s'entrecroisent de vers poétiques, et de monceaux de proses. Non pas que ce que j'écrive soit bien meilleur qu'auparavant, ni même que la quantité, bien que peu à peu grandissante, soit extraordinaire. Simplement, j'ai l'impression de viser plus juste, sans hésitation. Cela ne soulage en rien la souffrance qui pourrait surgir de nulle part, ou ce sentiment de vide que pourrait provoquer une maïeutique difficile. Simplement que je prends un plaisir presque charnel à griffonner. Depuis toujours le plaisir était là, mais là, il est tout autre, comme si une sorte d'ivresse s'y mêlait. Comme si la seule solution était là.

10.03.2008

Parlophone

Il ne faudrait pas encore tomber dans le piège que tend le manque de discernement, en connivence avec l'étourderie. Ou l'inexplicable. Avant de partir, je regardai une dernière fois son corps, et me demandai: "N'es-tu donc guère plus qu'un corps-objet?". Je savais bien que non et le caractère inexplicable de cet attrait me dévaliserait presque de tout raisonnement. Les sensations, bon dieu, les sensations, dit-il au vent qui fait claquer les arbres.

24.02.2008

Payable en une fois

L'immortalité dont je me targuais auparavant n'était guère plus que cela: saisir l'instant. Et la manière importe peu, d'ailleurs. Voilà ce qu'il m'était difficile d'exprimer et de voir précisément, à travers mes quêtes d'absolus et d'infinis que je brandissait en étendards permanents. Il n'y a de ces choses que dans l'instant, cela, je n'en démordrai jamais. Jamais. Ce qui m'importe le plus n'est certainement pas la prétention d'avoir compris ou aperçu ce dont ils n'ont pas conscience. L'absolu est finalement au creux de ma main, et prôner, que dis-je, gueuler son assouvissement ne vaut rien face à la saveur de la seconde, sans préméditation, sans finalité.

Cela m'est revenu tout à l'heure, alors que mon café était bouillant et que la fumée de ma cigarette se cognait au bureau, sans pouvoir m'échapper. Il n'y a aucune finalité, et l'on ne laissera aucune trace sur cette foutue terre. Les seules traces que l'on ne laissera jamais seront celles qui perdureront dans la mémoire de ceux que l'on a connus, aimés ou détestés. Pour les créateurs, si rares puissent-ils être, ces empreintes de poussières s'effaceront et réapparaîtront à mesure que l'on prêtera attention à eux. La seule chose à faire est de passer le temps en attendant la mort. A quoi bon construire toute une vie qui nous échappera en quelques secondes. Prendre garde cependant à rejeter rapidement la formule du à quoi bon, car voilà ce qui entraînerait l'état le plus végétatif. Le plus important reste de rendre le quotidien le plus vivable possible et de pouvoir se dire "bon dieu de bordel de merde, je suis content d'être là". Beaucoup aiment à souffrir grâce aux autres. Le petit copain n'est-il pas en train de sauter sa voisine? Est-ce qu'elle m'aime encore comme au premier jour? C'est drôle, n'est-ce pas? Et je suis bien d'accord. Et toutes ces prétentions, mon dieu, toutes ces prétentions. Cependant, rien qu'en avançant cela, je suis aussi prétentieux. Mais je l'admets, et préfère encore ne souffrir qu'avec moi-même. Peut-être que je partagerai quelques moments avec ce qu'il me semblera être l'âme soeur, ou je ne sais quelle autre connerie. En tous les cas, je ne perdrai pas de vue le fait que cela se terminera un jour ou l'autre et que, dans ma boîte en chêne, il n'y aura que ce qu'il reste de mon corps.

Le truc étant de savoir si l'on fait semblant ou non.

De ce fait, je m'en vais prendre exil dans ma cave, y fumer un cigare dont la fumée risquerait de polluer l'appartement pour un bon moment. En compagnie d'un bouquin et de musique, bien évidemment.

16.02.2008

Les furibonderies naines

Puisque je ne parvenais pas à aligner deux lignes correctes et que la bête informatique m'agaçait pour des broutilles, les nerfs lâchaient furieusement. Si vous pensez qu'une souris Apple n'est pas démontable, détrompez-vous. Saisissez-la et claquez la un bon coup contre le bureau. Et voilà, résultat impeccable, vous la retrouverez gisante sur le bois, appelant à l'aide, en trois morceaux.
De même, s'il vous arrive, dans l'intimité et en l'absence de toute personne, de frapper du poing sur la table ou d'envoyer valdinguer n'importe quoi, juste histoire de soulager, prenez garde. Prenez garde tout d'abord à l'objet victime de votre courroux: n'est-il pas trop risqué de lui faire subir quelques agacements impétueux et n'allez vous pas regrettez, si vous vous en prenez à lui sans fioritures. Ensuite, ne laissez pas traîner vos pattes partout. J'ai souvenir d'un ancien modem qui m'avait terriblement mis en rogne. Finalement, après l'avoir débranché calmement, l'avoir posé sur la paume gauche, mis quelques beignes pour enfin le jeter contre le mur, le résultat était sans appel: la tête de lit en garde de maigres stigmates, et je m'étais légèrement ouvert une ou deux phalanges. La machine infernale, elle, n'avait rien, bien évidemment. Et comme disait l'autre: "le bois ne peut pas riposter."

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