26.11.2009
≠7. Prisme-miroir
Alors juste en rentrant j'ai balancé trois Efferalgans dans une tasse avec un minimum d'eau. J'ai allumé une clope et la lumière du salon, vidé mes poches sur le bureau, comme d'habitude. Après je suis allé dans la salle à manger, me suis envoyé directement dans le gosier la mignonnette de cognac qui traînait. J'ai enlevé mon caban, ma chemise, commencé à tourner en rond en tirant sur ma cigarette sans l'apprécier vraiment. J'ai ouvert le bahut, sorti un verre à liqueur, y ai versé de la mirabelle maison. Un, deux, puis un troisième.
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25.10.2009
≠6. Sommeil brun
D'ordinaire, je pensais avant de m'endormir à tout ce qui avait été défait d'avance, aux échecs, aux chances que j'avais peut-être pu laisser passer. D'ordinaire, je pensais aussi que ce n'était finalement pas une bonne idée de délaisser mes études pour la quatrième année de suite, question de persévérance. Peut-être que j'avais bel et bien foiré quelque chose par le passé, quelque chose de déterminant et d'irréversible à tout jamais. Je songeais aux bons moments que ne seraient peut-être plus les mêmes, aux bouteilles avalées qui auraient dû être les dernières. Des fois, je pensais à Bukowski qui écrivait le ventre vide, et me disais aussitôt que j'avais dû louper le coche.
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19.10.2009
≠5. Du temps à la route
C'est simple, je revenais du centre-ville, vite dépassé par la fatigue et le temps qui ne souhaite pas s'arrêter une seule seconde. Les gens klaxonnaient et auraient été prêts à s'entre-tuer si cela ne comportait aucun risque pénal. La semaine débutait à peine, et la plupart avait déjà les boules de revenir sans cesse du même boulot emmerdant, de se retrouver bloquer dans un embouteillage, tout ça pour retrouver leur femme et ses plaintes quotidiennes. Peut-être qu'aujourd'hui, après la chaudière et la machine à laver, ce serait la cafetière qui ne fonctionnerait plus. Ou bien la télévision, ce qui serait bien dommage puisqu'il n'y aurait ainsi pas de sujet de discussion possible jusqu'à l'heure du coucher.
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18.10.2009
≠4. Voix de rédemption
Je rajoute de l'eau dans le café trop chaud sans apercevoir un seul chat. Je lui dis "Si, je suis alcoolique, il y a encore deux semaines, je me tapais quatre ou cinq verres de whisky tous les soirs." J'allume une clope, bois une gorgée de café. Depuis plusieurs jours, je tourne au café et à l'écriture, et je prends mon pied comme jamais.
Cette légèreté nouvelle est considérable. Le jour ne signifie plus seulement la longue attente du premier verre. Bien sûr, par certains moments, j'aurai tué pour un verre de whisky, glacé juste comme il faut, ou ne serait-ce qu'une gorgée, qui vous tapisse le gosier de feu et vous fait se convulser les méninges. Moins d'angoisse auto-proclamée, et surtout, plus de cette culpabilité du "demain, je m'y mets".
"Et les cours?" Je n'y suis pas allé depuis deux semaines, je règle d'abord mon alcoolisme, je me remets en forme, intellectuellement parlant. Et puis, j'essaie de pondre un roman pour un prix littéraire. Peu importe le résultat, parvenir à torcher ça avant l'échéance serait déjà pas mal.
"De toutes manières, ça restera ma priorité. J'ai pas envie de trop me prendre la tête sur des questions d'études et d'avenir professionnelle. Ça roulera comme ça devra rouler. A la limite, je jetterai l'éponge quand au moins cinq personnes me diront que ce que je fais c'est de la merde, et que je ferai mieux d'arrêter. C'est partout la même chose, il faut s'accrocher, persévérer, ne pas lâcher le morceau. Et surtout, ne pas être trop sûr de soi. A partir du moment où tu es trop prétentieux, tu es fini d'avance."
Systématiquement, procéder étapes par étapes. Qu'une seule personne y croit ou non n'a pas d'importance. Philippe, vous aviez raison, je n'écris que pour moi seul. La plume et le ciseau, exactement!
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17.10.2009
≠3. Santé de comptoir
Les patrons de bar sont une source intarissable d'informations. En l'occurrence, je cherchais avant hier une pharmacie encore ouverte aux alentours de 19h45. Peine perdue d'avance, et c'est peu de le dire. J'étais passé devant toutes celles du quartier, et avait été même prêt à aller au centre ville, avec l'espoir que certaines seraient encore ouvertes, manière de montrer un peu de compassion à l'égard de ceux qui rentrent à peine du boulot dans la soirée. Rien, il n'y avait pas une seule croix verte qui clignotait à l'horizon, pas une seule vitrine de dealer illuminée par de faramineuses promotions sur les somnifères et la morphine.
Tout ce qu'il me restait alors à faire était d'aller prendre un café au bistrot pourri du coin. Vous voyez, le genre de rade où les seuls clients sont des habitués ou des touristes qui ont vu de la lumière, et c'est tout à faire le genre de lieu qui fait partie intégrante du paysage du quartier.
"Salut Danièle,
-Salut ça va, un demi comme d'habitude?
-Non un café merci.
-Ah d'accord, y'a pas de problèmes."
Entre nous, encore heureux que ça ne posait aucun problème. Non pas que je sois un fervent adepte de la devise du client-roi, mais tout de même, on est encore dans un pays libre, et ne me demandez pas jusque quand, au lieu de ça, votez malin. Bref, je m'installe à une table vide, ce qui n'était d'ailleurs pas compliqué à trouver.
"Dis voir, tu saurais pas à quelle heure elle ferme la pharmacie d'à côté?
-19h30 non? Je sais que le matin elle ouvre en même temps que moi, comme le bureau de tabac et la boulangerie.
-D'accord.
-Pourquoi c'est urgent, qu'est-ce que t'as, la crève, la grippe?
-Non, me faudrait juste de la codéine.
-Ah bon pourquoi, t'as mal quelque part?"
"Forcément", voilà ce que j'aurais pu répondre, car à moins d'être un camé de première, ou de fournir tous les lycées en manque d'herbe, je ne vois pas quel intérêt j'aurai m'envoyer cette merde. Quoique le côté défonce est plaisant, j'en conviens. Me voilà donc à raconter ma petite histoire pas fabuleuse pour deux sous, l'opération du dos, le risque de se retrouver dans une chaise montée sur roulettes à vingt ans, Et puis je me suis arrêté, histoire de ne pas en rajouter, histoire de ne pas passer pour une victime. Sans compter son air de victime qui avait fini de me dissuader de continuer. Du coup, les anecdotes sur les nuits de baise intense qui se soldent par des douleurs à mourir éveillé attendront.
"Sinon, tu peux aller chez Serrier, rue de Pont-à-Mousson. Eux sont ouverts jusqu'à 21h, du lundi au samedi."
Si ça ce n'est pas un renseignement utile, je ne sais pas ce qui l'est, alors. J'avale ma tasse de café remplie à moitié, par soucis de rentabilité sans doutes, paie, charge une clope entre les lèvres, dis au-revoir et tutti quanti.
20h et quelques, ce n'est pas les heures de pointes mais il n'y en a pas moins quantité de connards qui rentrent du turbin, pressés et hargneux, prêts à vous emboutir pour vous faire avancer plus vite si vous ne roulez pas au minimum à 60km/h. Après un enchaînement de rues larges comme une anorexique en voie de rémission et des déviations à n'en plus finir, je tombe finalement sur la pharmacie en question. Elle est là, avec sa devanture tellement lumineuse que ça en ferait une enseigne parfaite à accrocher aux portes du paradis. La providence me sourit, je trouve une place à proximité. Je sors de la voiture en évitant d'y perdre une portière au passage et traverse la route, portefeuille et ordonnance en main. Aller à la pharmacie, c'est comme passer commande chez son dealer ou aller acheter des clopes, la paperasse en plus.
A l'intérieur, on se croirait dans une grande surface spécialisée dans le commerce du médicaments, en gros, au détail, en promotion. Il faut prendre un ticket et attendre son tour, en stationnant nulle-part. Il faut juste chercher sa place dans un paradis aseptisé.
Enfin, les indicateurs rouges indiquent que c'est mon tour. J'arrive au comptoir libre, mon ticket de boucherie bien en main, tends l'ordonnance et la carte verte. La jeune femme pianote sur son clavier des termes qu'elle seule doit comprendre.
Le fait le plus marquant, outre celui que ces dealers soient ouvert jusque 21h, est le réseau de tuyauteries qui semble avoir été creusé dans les murs. Des bruits étranges en surgissent, courses folles de rats sur des luges, asphyxiés dans des prisons de plastique. A l'arrivée, derrière un comptoir plus long que celui d'un bar, une coupole où se précipitent les boîtes de médicaments tout juste commandées. Ce n'est pas aussi rapide que le passage d'un billet d'une main à une autre en échange d'une pochette d'herbe, mais l'efficacité n'en reste pas moins remarquable. Aux alentours, les gens qui sortent du boulot attendent leur tour comme tout le monde, gardant en main leur précieux tickets, guettant la moindre occasion de gruger une place ou deux. Mes boîtes d'Efferalgan codéiné arrivent, et l'une d'elle se sert même de la coupole d'atterrissage en guise de tremplin pour aller s'écraser au sol, façon attentat suicide à la voiture piégée.
"Alors voilà, un comprimé par prise, un deuxième à une heure d'intervalle si les douleurs persistent, jeune homme.
-Oui oui je sais.
-Vous connaissez?
-Oui, ça fait des années que j'en prends.
-Des années?
-Bah, oui."
A ce moment, elle m'avait regardé comme si j'étais un camé qui se prenait quotidiennement des shoots de codéine, histoire de planer, sans aucun risque de se faire embarquer au moindre contrôle de flic. D'autant que la codéine à cet avantage de ne pas vous abrutir comme l'alcool, et permet une lucidité et une liberté de mouvements dont vous prive souvent l'herbe. N'oublions pas que c'est avant tout à usage thérapeutique, pigé?
"Par contre, nous n'avons plus de Veratran, il est en commande. Vous en avez encore?
-Non, c'est la deuxième fois que j'en prends."
J'aurai pu ajouter que je n'avais pas une pharmacie à domicile, et que tout ça perdait nettement de son efficacité.
"C'est urgent, vous en avez vraiment besoin?"
L'ultime question. Là encore, j'aurai pu lui demander si elle avait vraiment besoin de manger puisque, à bien y regarder, on aurait pu apercevoir un ou deux bourrelets en-dessous de sa blouse, mais c'est principalement le genre de situations dans lesquelles il convient de se taire, et de ne pas faire de vagues.
"Tenez, je vous fait un ticket de retrait, passez le cherche demain. On devrait le recevoir dans la matinée, mais l'après-midi, c'est plus sûr."
Je repassai donc le lendemain soir à travers le même dédale de petites rues en sens unique que la veille. Manque de pot, aucune place correcte pour se garer à proximité de la pharmacie, et les gens qui rentraient du boulot à cette heure-ci étaient encore plus furax que la veille. Aucune pitié, ils ne vous laisseraient le temps d'épier le bord de la route seulement si eux-mêmes faisaient de même. Après trois allers-retours, en guettant à chaque fois comme un malade le trottoir juste devant la pharmacie, je me poste finalement sur un trottoir, devant un magasin qui a baissé son rideau de fer depuis belle lurette. Une tape bien franche sur les feux de détresse et je sors de la voiture. Après quelques mètres au pas de courses, l'illumination: verrouiller les portes, ce serait peut-être mieux. Je vérifie que mon papier est toujours dans la poche arrière de mon pantalon et file au pas de course vers la croix verte. En plus de bloquer le trottoir avec son 4x4, une mère de famille tape la causette pendant que je manque de trébucher sur son clébard. Une fois à l'intérieur, je cherche désespérément une hôtesse d'accueil sensée se trouver là. C'est ce qu'on m'avait dit: "au pire, s'il y a du monde, donnez votre ticket à la demoiselle qui se trouve à l'entrée, ça vous évitera d'attendre pour rien." D'accord, autrement dit, je l'ai dans l'os. Une nouvelle fois la même procédure: prendre un ticket de boucherie, et poiroter en fixant le panneau indicateur. On appelle mon numéro, je m'avance avant qu'une vieille ne me gruge, prétextant qu'elle avait le numéro précédent. Si j'avais le pouvoir, je ferai passer une loi pour que les retraités ne fassent leurs courses qu'aux moments de la journée où les braves gens dans mon genre travaillent. Ça éviterait les embouteillages à la sortie des grandes surfaces, par exemple. Normalement, c'est l'heure de mon premier verre, mais comme cela fait plusieurs jours que je me passe de whisky, j'encaisse sans broncher. Comme s'il y avait une autre solution. D'ailleurs, je crois que ça se saurait. Les lieux sont de plus en plus bruyants, un néon clignote juste au-dessus de moi et demande à être changé d'urgence. D'un autre point de vue, je suis certain que ça me donnerait l'impression d'avoir une auréole-clignotante. D'un autre point de vue, je suis même sûr que ça me ferait rire. Mais le fait est que je suis mal garé, qu'il y a du monde et de l'agitation dans tous les sens. Déjà j'imagine un flic passant par là et arborant sur plus beau sourire pendant qu'il rédige sa contredanse. Enfin, c'est à mon tour, la pharmacienne, une autre que la veille, prend mon ticket et file dans un dédale de couloirs souterrains. Du moins, c'est ce que j'imagine. J'attends plusieurs minutes, imaginant avec plus de netteté la prune qui virevolte dans le vent, bien coincée sous l'essui-glaces. Pour patienter, je ronge mes ongles en regardant tout autour. Là, je vais finir par avoir l'air d'un camé, alors je stoppe les machines, m'accoude au comptoir, l'air du gars qui adore attendre dans une pharmacie. Elle revient, bientôt libre.
"Nous ne l'avons pas reçu dans le dosage prescrit, vous pouvez attendre demain?
-Ecoutez, je ne dors presque plus depuis des nuits, donc si vous avez autre chose, je prends.
-Ce que je peux faire, c'est vous donnez le dosage au-dessus, mais pensez bien à le couper en deux, parce que sinon...
-Oui je comprends. Donc, une moitié une heure avant le coucher, c'est bien ça?
-Exactement Monsieur.
-Merci bien, au-revoir, bonne soirée.
-A vous aussi, Monsieur."
Vous aurez remarqué que dans certaines boutiques on vous donne du "monsieur" comme si vous étiez le plus important des clients. Je fourre la boîte de médicaments dans une poche et allume une clope sitôt sorti de la pharmacie, histoire de me remettre de mes émotions. Le 4x4 est toujours là et m'empêche de voir si la tire est toujours à sa place. Dans un excès de paranoïa, je songe au fait que la fourrière aurait largement eu le temps de l'embarquer.
Voilà, je vois les clignotants fidèles au poste, bouée de sauvetage dans la folie de la rue. Je me dirige tranquillement vers eux, évite une voiture qui monte furieusement sur le trottoir et tourne la tête. Par hasard, mon regard croise un panneau accroché à un mur, auquel ma voiture tourne le dos:
"Parking exclusivement réservé à la clientèle de la pharmacie."
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08.10.2009
≠2. Réveil-café
Les mecs qui se lèvent à six heures du matin ont peur et ont soif. Regardez, ils veulent de l'argent et clament haut et fort qu'il n'y a pas plus méritant que d'être réveillé avant le soleil pour aller bosser. Et avant de clamser, ils clameront encore, c'est tout ce qu'il leur restera à faire. Il n'y aura plus de lendemain déjà programmé à attendre. Générique de fin, merci de rembobiner la cassette VHS avant de la rendre.
Je passerai ma vie à faire des grasses matinées si je le pouvais. Entre autre, ça m'évitera d'avoir le bide bousillé dès le matin, et de me vider deux fois avant de partir pour la fac buissonnière, le café du centre-ville d'où je vois passer les gens avec leur sourire figé et leur peau soignée. Mes problèmes gastriques ne regardent que moi et me font simplement espérer que la machine n'est pas rouillée. Peut-être est-ce simplement dû aux litres de café et de whisky ingurgités sans problèmes, sans aucune culpabilité tenace. Ce qui me bouffe le cerveau depuis tant de temps doit avoir dans l'idée de s'attaquer au reste, de me faire morfler chaque fois que je me lèverai trop tôt. Alors je ne fais que des suppositions, puisqu'aller voir un médecin autrement que pour quémander une ordonnance de codéine relèverait de l'exploit personnel. Ou encore, qu'il me dise que j'ai attrapé un microbe intestinal serait le comble de l'ironie. C'est ce qui a eu mon frère, sans qu'on lui laisse la moindre chance. A quelques temps près, ça fait vingt-et-un ans qu'il est rayé de la carte. Je ne suis jamais foutu de me rappeler la date, et ça ne m'intéresse pas.
Les mots n'auront d'intérêt que lorsqu'ils éveilleront un soupçon de vie dans les yeux de quelqu'un, à défaut de lire des chiffres, du rouge, des notes de service. Il y a fort à parier que je ne laisserai jamais une seule empreinte, si infime soit-elle, sur n'importe quelle route boueuse. Tout ce qui servirait à me justifier serait de dire "Au moins, j'ai essayé. Tant pis.". Mes prétendues ambitions littéraires ne servent qu'à excuser mon dégoût du travail et de la pointeuse, d'autant que boire et baiser jusqu'au milieu de la nuit ne permettent pas d'être frais et dispo le lendemain à six heures tapantes. Un jour on m'a dit que personne ne se souviendrait de moi. Rien d'autre qu'un pari de plus à prendre, mais c'est certainement vrai. Qu'importe.
Qu'importe puisque je dois avoir assez de monnaie sur moi pour prendre un dernier café. Dehors, cette connasse regarde les vitrines. Elle s'est peut-être même levée à six heures. Et dans quel but? Regarder une putain de vitrine pleine de traces de doigts, en mouillant sa culotte à force de penser aux prochains soldes. Les lumière du magasins s'allument, rien ne va plus. Très bien, une armée de mannequins nus va prendre possession du monde.
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03.10.2009
≠1. Imprudences
Mon quotidien, c'est faire entendre raison à cette bande de cons, leurs faire croire que je n'ai pas tout à fait tord, et que le plaisir d'un orgasme peut bien couvrir un découvert. Même boire d'un trait un dernier verre ne me fait plus sourire. On rigole jaune, on ne rit plus, on ne pleure pas, on n'a jamais vraiment crié.
J'ai la respiration bruyante d'une fin de soirée habituelle. Trop de tabac, trop d'alcool, pas assez de vide dans le crâne pour éviter d'en prendre conscience. Je pense aux dernières occasions que j'ai eues de trembler vraiment. Là, je partais sans même m'enfiler une dernière gorgée de whisky, comme je le fais toujours, en me regardant droit dans les yeux droit dans le miroir le faux-semblant, presque pour me mettre au défi d'arrêter, ou de recommencer. Je pense à chaque orgasme, à la pointe de curiosité avant le premier rail de speedball, à cette nuit du dernier hiver où j'ai fait quelques bornes sur le verglas. La dernière fois où j'ai su ce qu'était la peur et où j'ai pris conscience qu'on ne contrôlerait jamais rien.
Finalement, tu passes rapidement devant le miroir en te disant que demain sera le déclic exceptionnel, que les lignes apparaîtront comme par enchantement sur la page infinie de l'écran, sans avoir à effacer plusieurs fois une phrase avant qu'elle soit correcte. Juste cracher le feu, comme ça vient, comme l'éjaculation buccale et les cris éteints.
Dans dix ans tu seras au chômage ou dans un bureau étroit, tiède et mal éclairé. Tu auras des poignées d'amour et du bide et tu attendras la mort en regardant la télévision, en matant le corps de filles que tu ne baiseras jamais. Un ciné, une bonne bouffe et un ticket de loterie pour une chance que tu ne saisiras pas. Et tout roulera. Tu auras choisi ta femme, ta bagnole, peut-être même ton appartement. Et tout roulera comme sur de stupides billes rectangulaires.
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