dimanche, 04 mai 2008
Au petit théâtre des cruautés (2)
(En intense gestation)
« Votre bêtise n’a de pareille que l’affligeante élégance avec laquelle ces animaux se grattent le poil à la recherche de nourriture et de poux, et se torchent le cul à l’herbe la plus basse. Ils conchient volontiers la naissance d’une conscience intelligible.
-Va voir te faire mettre, connasse.
-Voilà bien ce que je disais, beau musclé et simple ordurier.
-N’est-ce pas que tu adore avaler le foutre de tes gendres ?
-Tout comme vous en seriez avide pour teindre votre matière grise et en tirer de la gomme à mâcher. Celle-là même que vous ruminez naseaux gonflants et gueule grande ouverte.
-Je parie que ton mari adore te foutre sur la gueule. Je ferai la même chose à sa place.
-Car vous n’êtes qu’un chien autoproclamé parfaitement enfanté par des géniteurs dont vous puisez toutes les valeurs infécondes. »
[Aussitôt le mendiant revit l’image de sa mère le jour où il avait claqué la porte du domicile familial. Se rendant compte à quel point il l’avait faite souffrir gratuitement, il s’agrippe à l’avis mortuaire, froissé au fond de sa poche, comme en signe d’excuses. C’est ce moment que choisit la vieille femme, à qui il avait demandé l’heure, pour lui cracher dessus.]
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vendredi, 18 avril 2008
Au petit théâtre des cruautés (1)
[Un homme et une femme allongés côte à côte, à demi-nus et les jambes enlacées. Les draps défaits ne signifient guère plus que le fait qu'ils viennent de se mettre au lit et que la chaleur à être entièrement recouverts est insupportable. Au moment où il l'embrasse dans le cou, la femme tourne la tête et le repousse.]
« Qu'est-ce qui ne va pas?
-Rien.
-Tu boudes?
-Non. Ca va. Laisse-moi tranquille.
-Si, quelque chose ne va pas. Je te connais, à force, espèce d'idiote.
-Peut-être que si tu étais moins cruel, et que tu me traitais mieux...
-Bordel, qu'est-ce qu'il faut pas entendre! Cruel? Ca t'apprendras à te foutre de ma gueule et à m'humilier régulièrement.
-Mais je n'exagère pas, moi.»
[Elle se lève et s'assied au bord du lit, détache ses cheveux et réajuste ses sous-vêtements. Quant à lui, il la contourne sans un regard pour prendre le cendrier posé sur la table de nuit. Allongé, serein, il s'allume une cigarette et en regarde la fumée s'écraser contre le plafond, où gigote une toile d'araignée qui se traîne de long en large, sur toute l'étendue de la pièce.]
«Je t'ai trompé.
-D'accord.
-Tu ne m'as pas écoutée. Je viens de te dire que je t'avais trompé, plusieurs fois même.
-Et alors? Dis-moi, que veux-tu que je te réponde?
-Je sais pas, réagis un peu bon sang!
-Ah ouais?
-Oui, si je t'avais dit qu'il n'y avait plus de pain, l'effet aurait été le même.
-Comment ça, plus de pain?
-Mais merde, réagis! Je t'ai trompé, et avec plusieurs types. Quant à toi, tu conduis et baises comme un vieillard.
-...
-J'attends.
-Très bien. Alors tu veux quoi?! Que je te dise que tu n'es qu'une putain, en détachant bien chaque syllabe. Tu n'es qu'une Pu-Tain, voilà, juste une Pu-Tain. Ca te va comme ça?
-Vas-y défoule-toi, te gêne pas. Je regrette pas ce que j'ai fait de toutes façons.
-Très bien, ouais. Alors j'espère que tu t'étoufferas avec leur sexe au fond de la gorge.
-Jaloux? Il fallait y penser plus tôt.
-Allez, viens. Viens, ouvre grand ta bouche qu'elle me serve de cendrier.»
[Silence de quelques minutes.]
«Maintenant je sais pourquoi je te déteste depuis tant de temps.
-Et moi pour quelles raisons je ne peux m'empêcher de t'aimer.»
[Elle se lève sans un mot et va à la salle-de-bain. Il prend le cendrier et le jette contre le mur. Les cendres et les mégots s'éparpillent sur le sol. Un courant d'air passe et étale encore un peu plus les débris.]
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