25.10.2009
≠6. Sommeil brun
D'ordinaire, je pensais avant de m'endormir à tout ce qui avait été défait d'avance, aux échecs, aux chances que j'avais peut-être pu laisser passer. D'ordinaire, je pensais aussi que ce n'était finalement pas une bonne idée de délaisser mes études pour la quatrième année de suite, question de persévérance. Peut-être que j'avais bel et bien foiré quelque chose par le passé, quelque chose de déterminant et d'irréversible à tout jamais. Je songeais aux bons moments que ne seraient peut-être plus les mêmes, aux bouteilles avalées qui auraient dû être les dernières. Des fois, je pensais à Bukowski qui écrivait le ventre vide, et me disais aussitôt que j'avais dû louper le coche.
Moins souvent, je me demandais comment faisaient les autres pour envisager l'avenir avec autant de certitudes. Contrairement à ce que disent certains, nous ne sommes pas une génération à envier. Les leçons des guerres passées ne seront bientôt plus qu'un prétexte à de nouvelles. Une partie d'entre nous s'enrichira sur le compte de ses supposés confrères, et chacun à notre tour nous tondrons la pelouse pour préserver un maigre espace vital, un endroit où l'on ne se planquera pas mais où il restera encore un peu d'air. Quelque chose à nous. Sans cesse, ma seule hypothèse, ou parade, consiste à penser que tout ceci est merdique, qu'il y a bien moyen de tirer son épingle du jeu, en dehors des études, des heures tirées au boulot, de la révision de la bagnole à faire tous les deux ans.
J'avais avalé mes derniers Veratran sans plus une seule gorgée de vin, samedi soir au cours d'un repas dans l'une des salles de l'hôtel Mercure. Comme tout le monde, j'avais mangé mes crevettes panées à la main, m'évitant ainsi d'en rendre une volante. La nuit dernière, plus aucune considération sur le passé ne m'effleurait. Ça viendrait bien à un moment ou un autre, il suffisait simplement de ne pas trop le vouloir, de s'acharner un tantinet et surtout, de se laisser aller. Bien sûr, plus vite ça viendrait et mieux ce serait, et le fait de reculer l'horloge d'une heure me laisse croire à un éventuel sursis supplémentaire. L'un dans l'autre, je me demande si tous ces doutes ne valent pas le coup d'être racontés à un moment ou un autre.
Je sombre dans le sommeil. A la barre, il n'y a que moi, et je ne suis même pas capitaine du navire. Heureusement, aucun de mes ongles ne me survit. Je suis un point de non-retour perpétuel.
15:20 Publié dans Chroniques personnifiées | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : littérature, écriture, écrits, poèmes, poésie, deathpoe |
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Commentaires
Louper le coche, rien de grave à cela. Plus grave est d'attendre le suivant sans rien faire entre deux. Allez ! Allez ! Balancez vous aussi !
Ecrit par : Lephauste | 25.10.2009
Alors autant faire entre deux, et faire avec. On va balancer, enfin c'est ce qu'on verra.
Ecrit par : Mike B. | 25.10.2009
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