12.01.2007

Des petites choses: le "café-pourri"

L'un des éléments récurrents de mon quotidien se situe à quelques centaines de mètres de chez moi, au coin de sa rue à lui. L'on s'y rend le temps d'un café, de quelques billards et de plusieurs cigarettes. Les soirs de semaine, comme ce jeudi, cela me permet de soulager quelque peu ma conscience et de vider mon sac. Les dimanches soirs, c'est devenu une habitude d'aller Au Bar Frescaty, autrement dit "chez la vieille".
Je ne crois pas qu'il existe une seule personne me connaissant, et que je n'aurai pas réussi à l'y traîner. Si l'on me connaît, ce bistrot-pourri-du-coin-de-la-rue, est incontournable.

En général, l'heure de rendez-vous est fixée à son domicile aux environs de 20h, plus ou moins, le quart d'heure minimum de retard étant déjà compris. J'ai la fabuleuse habitude de ne jamais arriver à l'heure à mes rendez-vous, et ce quel que soit le moyen de locomotion, surtout en voiture en y réfléchissant bien. Après l'avoir entendu pester contre ma fâcheuse manie, je suggère que l'on y aille, avant qu'il ne soit trop tard. Et bien souvent, il l'est, trop tard.

Avant de tourner le coin de la rue, l'on peut déjà apercevoir à travers les vitraux épais la lumière blanche et aseptisée. La devanture est simple, presque rustique. Une grande baie vitrée aux armatures brunes, et dont la porte de droite s'ouvre sans grincer. L'enseigne affiche fièrement le nom du bar "Bar Frescaty", sponsorisé par Kronembourg. Le tempo est donné. Dès lors que l'on entre, l'on sait que l'on court à notre perte. Le carrelage, vieux et complètement démodé, s'étale en une mosaïque géante de minuscules carreaux blancs, parmi lesquels se trouvent de rares couleurs. L'on remarque aisément que ce n'est pas la poussière qui manque, et que la guirlande clignotante de loupiotes rouges n'a pas vraiment sa place, surtout lorsque l'on est en Avril.
C'est bien souvent le bar qui est occupé, par les habitués, ceux qui viennent là tous les soirs, pour décompresser, ou fuir leur femme, aussi. En général, la patronne nous accueille avec ce qui paraît être un sourire et, après qu'on lui a fait la bise, nous dit "deux petits cafés, c'est ça?". Mais ça, c'est la situation des bons jours. Les mauvais, à peine avons-nous franchis que l'on peut entendre, avant même un simple "bonsoir", et sur un ton discordant de vieille femme "ah, j'ai pu de café hein". Il faut alors commander autre chose, un demi de bière fadasse histoire de souiller le corps d'un tel liquide, ou un arcahïque Vittel-menthe, si ce n'est un diabolo "parfum surprise" comme osais-je demander l'autre jour.Il est évident que l'on a notre table attitrée, pourrait-on dire. Table est au demeurant un euphémisme, si 'lon considère avec attention cette planche au vernis qui flanche. Mais pas bancale, pas de ça chez nous.

Divers éléments contribuent à faire de ce vieux bistrot un endroit quasi-mystique. En premier lieu, il fournit un billard, sur lequel il est agréable de jouer. Et ceci s'affirme après avoir testé pas mal de tables dans les cafés de Metz et ses alentours, qui souvent n'offrent pas un jeu de cette qualité, et au prix de deux euros, qui plus est. Alors un café-pourri avec un billard à un euro, je vous le dis moi, pendant les périodes de famine, c'est la bienvenue. De ce fait, l'on pourrait aisément penser que ce qui est attirant dans ce lieu malfamé, n'est que son jeu de cannes et de billes, agréable et peu coûteux, sauf lorsque l'on prend l'habitude d'en faire une paire de partie par personne, comprendre quatre, voire beaucoup plus, lorsqu'aucun des deux, si têtus qu'ils sont (surtout votre serviteur, bien évidemment), ne veut rester sur une égalité.
Mais c'est aussi le charisme pittoresque de la serveuse et des autres clients, bien rares il faut l'avouer, qui fait le charme de ce trou (à la relecture immédiate de cette phrase, je me rends compte qu'elle peut être mal interpretée, pas grave, cela passera pour un jeu de mots du feu de dieu). L'on retrouve toujours les mêmes pochards, qui se connaissent entre eux, s'offrent des verres, s'en doivent, mais jamais ne se mettent sur la gueule. Chacun se racontent ses fêtes et se souhaitent les meilleurs voeux. L'on retrouve même une galette des Rois. La vieille nous en propose une part, c'est une intention presque touchante. Et puis, à trois autour du bar, un client, et de l'autre côté, la seule femme du bistrot et son compagnon, une montagne humaine, attendent avec impatience "qui c'est que c'est donc qui aura la fève." Le client, évidemment. Cela fait marcher les affaires, hein. La petit vieille est aux anges, elle seule peut être la reine, elle seule. Cocasse, mais effrayant, je vous le dis.
Effrayant, d'autant plus lorsque l'on la voit s'énerver, lorsque l'on joue au billard et que l'un de nous fait sortir, avec perte et presque fracas, l'une ou l'autre des billes. "Mais vous allez finir apr tuer quelqu'un". Comme si une boule de billard derrière la caboche pouvait blesser quelqu'un? Je reste sceptique, je dirai que cela pourrai tuer même, suffirait-il seulement de viser juste.

Il arrive parfois que la brave dame nous fasse comprendre qu'elle en a marre, qu'elle aimerait bien nous voir partir histoire de finir sa splendide journée devant la télé. Sinon, elle tenterait presque de nous retenir, en nous parlant de choses qui sont souvent totalement sans intérêt. L'on fait marcher sa boutique, après tout.

"Allez ciao messieurs, à la prochaine!"

Commentaires

Sympa ce texte, oui .

Ecrit par : ... | 15.03.2008

Joli texte ! est-ce que tu as déjà édité ?

Ecrit par : jane | 13.04.2008

Négatif, sinon, je ne serai pas à m'exercer encore et encore par ici et me consacrerai tout entier à tous ces projets débutés et oubliés.
A une époque, j'avais essayé de publier un recueil de poésie. J'ai vite eu la flemme de faire montre d'ambition-poudre aux yeux.

Ecrit par : Mike B. | 13.04.2008

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